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21 février 2024

D'or et de jungle, roman de Jean-Christophe Rufin

 

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Jean-Christophe Rufin se fait plaisir …

Il surfe une nouvelle fois sur son fantastique talent de conteur, pimenté de piques d’humour dans la description des personnages, pour nous livrer un roman d’anticipation (à peine ...) très réaliste.

Naturellement, tous les éléments de cette intrigue sont plausibles … et la mécanique de ce coup d’état vendu clés en mains une affaire bien rodée, jusqu’ici récemment utilisée avec succès dans certains pays à l'état déliquescent facilement subvertis par une puissance ouvertement déstabilisatrice de l'Occident et neocolonisatrice bien connue.

Cependant, malgré tout le savoir-faire de l’auteur et le style « bande dessinée » qui préside à l’enchaînement des chapitres, je n’ai pas adhéré à cette thèse farfelue. C’est le profil du professeur qui m’a fait basculer : une « chimère » où j'ai cru reconnaître tour à tour Michel Serres, Régis Debray et Bob Denard, avec en prime une moumoute instable …

Bien entendu, ce roman délivre un message : comment la manipulation des médias à coup de fake news corrompt une opinion publique totalement ignorante de l'Histoire, comment nos systèmes d’information sont terriblement dépendants de l’informatique et ultra vulnérables, comment jouer des peurs et des haines entre groupes ethniques et/ou religieux, comment la prise de pouvoir par une équipe résolue et bien équipée (et bien financée) est facile - hier en Amérique latine, aujourd’hui en Afrique – plus rapide et bien moins onéreuse qu’une attaque conventionnelle, même baptisée « opération militaire spéciale ». Encore que l’histoire fourmille d'exemples de fiascos spectaculaires.

Et je me demande ce que le sultan de Bruneï – qui est mon contemporain – pense de cette mise en lumière de son micro-état … à moins qu’il n’en espère une manière d’encourager le tourisme.

Cette fois, en tous cas, et malgré son art indéniable de la narration, j’ai été déçue du dernier ouvrage de Jean-Christophe Rufin. Mais après tout, pourquoi se donner du mal puisqu’il a atteint le graal de tout écrivain : l’Académie !

 

D’or et de jungle, roman de Jean-Christophe Rufin – de L’Académie française – édité chez Calmann Lévy, 443 p., 22,50


20 février 2024

Comte de Rambuteau, mémoires

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Toujours passionnée de l’histoire de ma ville et de ses transformations au cours des deux derniers siècles, admiratrice de l’œuvre du baron Haussmann, j’ai acheté ce petit bouquin pour découvrir l’apport de son prédécesseur, le préfet de la Seine et comte de Rambuteau (1781 - 1869).

Curieuse initiative que de rééditer les mémoires de ce grand commis de l’Etat, publié la première fois en 1905 par son petit-fils ?pas tant que ça !

Ces mémoires illustrent la trajectoire efficace d’un homme de devoir, d’engagement et de fidélité envers la Patrie, au-delà des vicissitudes politiques. Un grand fonctionnaire.

Pour le jeune Claude-Philibert, héritier d’une famille de noblesse provinciale catholique né en 1781, ne serait-ce que survivre à son époque tient déjà de la performance.

Une famille aristocrate qui échappe de peu à la Terreur, mais qui dispose d’un réseau d’alliances, forte de ses ancêtres au service du pouvoir. Une famille qui n'émigre pas à la suite des Bourbons ... et est appréciée par la population locale.

Le jeune Claude-Philibert est ainsi rapidement attaché au service de Napoléon comme chambellan, assite en admirateur attentif aux séances du Conseil d’Etat auxquelles l’empereur participe souvent – c’est un peu son ENA, lui qui a été reçu aux épreuves d’entrée à Polytechnique – apprend son métier de haut fonctionnaire et surtout d’administrateur garant vigilant des finances publiques.

 

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La lecture de ses aventures, parfois haletantes lorsqu’il doit assumer la retraite de l’armée d’Italie au milieu des neiges de l’hiver alpin, montre à quel point les pouvoirs des préfets étaient étendus y compris sur les troupes. Sa carrière survivra à sa fidélité à l'empereur durant les Cent jours ... mais il accueille avec joie la Restauration.

Royaliste, il sert avant toute chose l’Etat de droit. Elu député de Saône-et-Loire en 1827, libéral, il signe l’Adresse des 221 députés libéraux contre le ministère Polignac.

Il se fait renvoyer sur ses terres par Charles X en 1830 pendant douze ans qui seront mis à profit pour expérimenter avec succès leur reboisement, revient auprès de Louis-Philippe qui le nomme Préfet de la Seine de 1833 à 1848.

Ses mémoires se lisent très facilement dans cette nouvelle édition largement « augmentée » par Sandrine Filipetti avec une masse de notes de bas de page – qui de temps à autres en occupent la majeure partie - un véritable Who’s Who de cette époque particulièrement compliquée.

Car dès que Rambuteau cite l’une de ses connaissances, on peut y lire sa biographie – ou pas ! – immédiatement accolée. Un vrai répertoire des rues de Paris et de l’histoire politique de la période …

Très modeste, Rambuteau a remisé en fin de récit son action décisive en faveur de la Ville de Paris et en particulier ses initiatives – toujours respectueuses des deniers publics – en faveur des plus démunis : hôpitaux, enfants trouvés, salles d’asile (écoles maternelles), lieux d’incarcération, assainissement, construction de lieux de culte, construction de trottoirs, éclairage.

Son action a permis à son successeur, qui disposa de moyens et de procédures financières plus efficaces – de réaliser les percées qui font de la capitale la ville que nous admirons.

Claude-Philibert de Rambuteau fut un grand serviteur de l’Etat.

Il est curieux, tout de même, qu'aucune promotion de l'ENA - devenue INSP - ne porte le nom de Rambuteau, alors qu'une d'elles (1968 - 1970) à laquelle mon époux Claude appartenait, porte le nom de Robespierre !

 

Comte de Rambuteau, mémoires, présenté et annoté par Sandrine Filipetti, édité au Mercure de France, collection « Le temps retrouvé », 456 p., 12€

19 février 2024

Blanche Derousse, aquarelliste-copiste de Van Gogh à Orsay

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Juste quelques petites salles situées après les impressionistes au 5ème étage du musée d'Orsay.

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La fantastique exposition des dernières toiles de Van Gogh est terminée, mais il en reste le reflet ... Quelques petits formats étrangement ressemblants.

Blanche Derousse (1875 - 1911) était la nièce de la gouvernante du Docteur Gachet à Auvers sur Oise.

 

 

Elle avait été invitée à suivre les leçons de peinture - aquarelle, huile, gravure - données par le collectionneur et peintre aussi à ses heures, en même temps à son fils.

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Une des techniques d'apprentissage classique pour les aspirants artistes est la copie des maïtres.

Le Docteur Gachet pouvait confier à ses élèves sa prodigieuse collection : outre les très nombreux tableaux de Van Gogh, il possédait aussi une trentaine de Cézanne, 13 Pissaro, 2 Renoir, 1 Monet, 1 Sisley.

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Sans doute se proposait-il d'éditer un ouvrage sur Van Gogh, illustré de petits formats de ses possessions.

Ce qui explique l'étrangeté de ces superbes mini-copies réalisées par son élève.

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On peut juger de la parfaite facture de cette jeune artiste en comparant la copie au tableau d'origine exposé sur le même niveau du musée (les deux fillettes), au milieu des chefs d'oeuvre de cette fin de siècle...

 

 

 

Blanche Derousse au musée d'Orsay, 5ème étage, jusqu'au 10 mars.

18 février 2024

Les vies rêvées de la baronne d'Oettingen, roman de Thomas Snégaroff

 

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Voici la biographie romancée d’une des figures de l'éclosion de l’art moderne, une femme fantasque et riche de maints talents et pourtant, aujourd’hui, totalement oubliée.

Thomas Snégaroff excelle dans l’art de se glisser dans la peau de personnages hors normes et de nous en faire ressentir les émois comme les tristesses.

Cette sublime rousse (et russe !), sut s’exprimer de plusieurs manières sous autant de pseudonymes – comme Romain Gary/Emile Ajar plus près de nous.

Elle a traversé la folle aventure des artistes de Montparnasse, tour à tour découvreuse, inspiratrice, amoureuse, mécène, peintre, poète, écrivaine de langue française, animatrice de la revue littéraire et artistique fondée par Guillaume Apollinaire Les Soirées de Paris …

 

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la baronne

Modigliani en a fait le portrait, elle soutenait Max Jacob et le Douanier Rousseau, fréquentait Picasso; les Delaunay et toute la bohème de Montparnasse.

Mécène jusqu’à ce que la révolution bolchevique la prive de tout revenu, beauté fracassante et provocatrice en sa folle jeunesse, malade – sans doute bipolaire - et démunie en ses derniers jours, telle fut Hélène, née Elena Miontchinska dans une famille aisée d’Ukraine en 1885, mariée quelques mois à un vieux baron qui lui laissa son titre, venue avec son frère/cousin/amant Serge Férat à Paris pour faire éclater ses multiples talents.

Une occasion de découvrir des artistes pourtant rarement cités de cette période extraordinairement féconde qui fait rupture avec l’art de la Belle époque, entre effervescence de l’exposition universelle de 1900 et après-guerre : cubisme, dada, futurisme, surréalisme …

 

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A travers la succession de ses conquêtes amoureuses se révèle une cohorte d’artistes rarement cités : Serge Férat, Ardengo Soffici, Henri-Pierre Roché (qui se souvient du merveilleux film de François Truffaut Jules et Jim ?), Rémy de Gourmont, Archipenko, Léopold Survage, Marie Laurencin, Irène Lagut …

Tout ce monde interconnecté qui gravite dans un territoire restreint : la Ruche, la Closerie des Lilas, le haut de la rue Saint Jacques où se trouve l’imprimerie d’art dirigée par Dimitri Snégaroff, l’arrière-grand-père de l’auteur, le carrefour Vavin et ses bistrots, le boulevard Raspail (229 et 278).

 

 

 

Léonard Pieux, poète, Roch Grey, romancier, François Angiboult, peintre … ces trois identités masculines ne font qu’éclairer la vie foisonnante d’une femme : Hélène d’Oettingen.

Nicolas Snégaroff nous fait revivre cette fantastique période de l’art en éclosion.

 

Les vies rêvées de la baronne d’Oettingen, roman par Thomas Snégaroff, publié chez Albin Michel. 248p., 19,90€

17 février 2024

Retour du bréviaire de Charles V à la BnF

 

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Je suis très fière d’avoir participé à l’acquisition – dans une très faible mesure et parmi 2900 autres donataires – du bréviaire de Charles V entreprise par la Bibliothèque nationale de France.

Je viens d’en recevoir de sa part une lettre de remerciement qui m’a fait énormément plaisir.

 

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C’est un manuscrit liturgique - un livre de prières - à l’usage de la Sainte Chapelle de Paris, qui fut réalisé après 1347 et avant 1380 puisqu’il est mentionné dans l‘inventaire du défunt roi qu’on surnommait "le sage" et qui régna de 1364 à 1380.

L’ouvrage comporte 243 miniatures attribuées à Jean Le Noir. Il provient de la bibliothèque du château d’Anet, de la collection de Tanguy du Châtel, mort en 1477, grand écuyer de France.

Il fut dans la suite des siècles vendu à un collectionneur britannique avant d’être mis à la vente pour revenir dans notre patrimoine, grâce au financement de plusieurs mécènes et à l’appel aux dons du public qui ont représenté 513 000 € sur le total de 1,6 million d’euros nécessaires à cette acquisition.

 

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Un retour au bercail d'un chef d'oeuvre qui rejoint 84 autres manuscrits de Charles V qui constituent le cœur historique de la Bibliothèque de France.

Et maintenant, il faut attendre l'occasion d'une exposition pour admirer l'objet et, dans cette attente, il sera numérisé pour être mis en ligne sur Gallica !

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16 février 2024

Qui après nous vivrez, roman d'anticipation d'Hervé Le Corre

 

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Hervé Le Corre, 68 ans, sait bien qu’il ne verra pas les temps qu’il nous décrit cependant avec une précision diabolique dans son dernier opus.

Il s’adresse donc aux jeunes générations, celles « Qui après nous vivrez », la référence à François Villon est explicite.

Un de ses meilleurs romans, parmi les plus noirs qu’il ait écrit, j'y retrouve le souffle de Dans l'ombre du brasier.

Une dystopie, certes, mais la mise sous nos yeux - qui refusons de voir - de situations pourtant déjà vécues par nos contemporains revenus à l’état sauvage, de scènes de guerre telles qu’elles se déroulent en ce moment.

Cela se passe entre 2050 à 2150, autrement dit : demain. Le réchauffement climatique est à son apogée, des vagues successives de pandémies ont décimé les populations du monde entier, les étendues boisées des Landes de Gascogne ne sont plus que décombres fumants, des petits groupes d’individus fuient les exactions de commandos armés qui pillent et violent toute présence humaine sur leur passage - prémonition du carnage du 7 octobre ?

Des seigneurs de guerre exercent leur cruelle férule sous prétexte de principes religieux syncrétiques mais toujours asservissant les femmes leurs désirs bestiaux. Nous voilà propulsés sous les décombres de Berlin ou Hambourg en mai 1945, en Haïti, au Darfour, au Congo, au Niger, à Kherson, parmi les réfugiés de Gaza sous leurs tentes gorgées d'eau …

Au cœur de cet enfer que n’aurait pas même imaginé Dante, une dynastie matrilinéaire de survivantes : Rébecca, Alice, Nour, Clara … Elles fuient, mais où ?

Périodiquement attaquées, submergées par des bandes de « routiers » comme au Moyen-Âge. Ce sont elles, ces femmes, qui transmettent la vie et les vestiges du monde d’avant, leurs hommes sont faibles, absents, blessés comme Marceau, Martin, Gabriel. Léo, peut-être, le tout jeune héros, s’en tirera-il ?

Une seule catastrophe manque à ce tableau cataclysmique : l’agression nucléaire – comme dans Malevil (1972) de Robert Merle. La guerre est venue de l’Est en 2035-36 puis une gigantesque cyberattaque a fait s'effondrer le système numérique de la planète. Les survivants errent et reviennent à la technique de survie des chasseurs-cueilleurs, par petits groupes, tentent cà et là de reconstruire une communauté pétrie d’esprit des Lumières, comme dans L’année du lion de Don Meyer (2016) …

Pas vraiment un livre pour vous redonner le moral, mais surtout un exercice de style époustouflant, un récit d’un réalisme qui dépasse toute représentation cinématographique, des personnages dont l’humanité laisse sourdre un espoir ténu en la sauvegarde du genre humain, même après autant de catastrophes.

Moi non plus, je ne verrai pas cette effondrement de notre monde d’aveugles. Ouf !

 

Qui après nous vivrez, roman d’Hervé Le Corre, édité chez Rivages/Noir, 394 p., 21,90€

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15 février 2024

Bijoy Jain, le souffle de l'architecte, exposition à la Fondation Cartier

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L’immeuble de Jean Nouvel, avec ses transparences, constitue un écrin superbe pour les expositions d’architecture. J’aime beaucoup aller y flâner …

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Cette carte blanche confiée par la Fondation Cartier à l’architecte indien Bijoy Jain est cependant, pour un public néophyte, relativement déstabilisante : des structures fragiles, végétales, naturelles, des espaces lignés, aucune image d’immeubles « en dur » mais des réseaux de fils, des structures arachnéennes …

 

Bijoy Jain

L’artiste a imaginé une expérience physique et émotionnelle. Une sorte de parcours de recueillement, ponctué par la sourde résonance d’une cloche asiatique, suspendue à un fil invisible ainsi que son battant : à chaque instant, un visiteur ne manque pas de la faire sonner.

Ambiance zen …

Des tressages de fines bandes de bambou, peintes ou non, reliées entre elles par de la soie muga dorée, des résilles dissipant de l’ombre, laissant passer le souffle, des structures évidemment éphémères, proches de la nature, adaptées au climat violent de l’Inde éternelle.

En contrepoint, posées à terre, des sculptures en pierre taillée représentant des animaux, des chimères … les enfants adorent.

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Contraste entre la légèreté des structures et le poids de ces représentations amusantes, des créations parfaitement respectueuses de l’environnement, en symbiose avec la nature, avec un accent particulier sur le mobilier indéplaçable (fauteuils taillés dans le granit ou le marbre ...) ou suspendu dans l’espace et transparent.

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Studio Mumbai

J'ai surtout aimé la grande structure en fils exposée contre le mur du fond au sous-sol ...

Un réseau qui m'a rappelé la façade du Palais des vents de Jaïpur, souvenir inoubliable de mon voyage en Inde, il y a bien longtemps ...

Bijoy Jain est né à Mumbay en 1965.

Il s’est formé à l’école d’architecture de l’Université de Washington à Saint Louis, puis dans l’atelier de Richard Maier à Los Angeles, il à travaillé à Londres puis s’est installé à Mumbai en 1995 où il a créé le Studio Mumbai.

Son exposition est étonnante … une variation sur les formes et la densité – ou plutôt la transparence, le son et le silence.

La fragilité apparente face à la permanence … un moment de réflexion et de quiétude qui marque la plupart des visages des visiteurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bijoy Jain – Studio Mumbai, le souffle de l’architecte.

Exposition à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, jusqu’au 21 avril, 261 boulevard Raspail – Paris 14 ème – tous les jours à partie de 11 h, sauf le lundi. 11€.

14 février 2024

Les pensées de Grizou, chat de famille

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Depuis vendredi soir, ma famille m’a déposé comme chaque année chez Mamie, comme un bagage excédentaire qu’ils ne pouvaient emmener pour cette semaine de vacances.

Je retrouve bien entendu ici des recoins, des dessous de lits, des fonds d’armoires et quelques habitudes, des messages orodants laissés lors de mon dernier séjour dans ce grand appartement si calme …

Trop calme, sans doute : finies les cavalcades d’Apolline et Hugo avant de partir à l’école, le réveil super tôt de Tim puis celui de Victoire …

Mamie suit un protocole largement immuable dans sa journée bien occupée. Généralement éveillée vers 6h 30, elle écoute la radio dans le noir et sort de son lit après la chronique de Dominique Seux. Depuis que Claude n’est plus là pour lui apporter le petit-déjeuner au lit, elle se le prépare à la cuisine et veille à garnir ma gamelle de croquettes et renouveler l’eau.

Ensuite, elle s’installe dans le salon, bien calée dans son canapé, enveloppée dans un plaid, et elle travaille sa documentation afin de préparer le prochain billet qu’elle publiera sur son blog le lendemain matin à 8 heures précises … J'aime bien aussi lorsqu'elle tricote, je la taquine avec les bouts de pelotes qui dansent ... Mais là, elle attend le mois de mai car une nouvelle naissance est en projet dans la famille.

Vers 10h 30, un jour sur trois, elle se force à faire les courses : on sent bien que cela l’ennuie, elle a perdu le plaisir de faire la cuisine … Sinon, elle n'allume la télé que pour le JT de Marie-Sophie Lacarrau. Le soir, ce sera le 20 heures d'Anne-Sophie Lapix, deux copines de Tim, pas de jalouse ! Elle trouve les programmes de télévision peu intéressants, sauf la 5 à partir de 17h 45 ... et de temps en temps ARTE. Manie d'intello ...

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Pas un bruit dans la maison, encore que finalement, cet immeuble post-haussmannien soit relativement mal isolé : on entend le dévalement des escaliers des enfants qui partent à l’école, les mouvements de l’ascenseur, le "vlan" de la porte d’entrée, le roulement des poubelles que la gardienne rentre à 8 heures tous les matins.

Moi, je veille. J’ai choisi quelques sites privilégiés : une cache sur la paille d’une chaise de la salle à manger derrière un pan de nappe, le fauteuil vert devant la cheminée – celui de droite, le plus proche du radiateur -  le coussin du siège posé devant la fenêtre pratique pour surveiller de haut tous ceux qui entrent et sortent de l’immeuble, le dessous du lit de la chambre d'amis - c'est l'endroit le plus dificile pour me récupérer pour me remettre dans le sac de transport (j'ai horreur d'être trimballé comme ça).

La nuit, je maraude, je veille qu’aucun indésirable ne vienne perturber le sommeil de la patronne. Au tout début de mes séjours, je miaulais un peu, pour signifier aux éventuels intrus de la nuit que j’étais là … avis aux souris baladeuses. J’ai abandonné cette pratique qui dérange Mamie.

Dans la journée, j’enchaîne les siestes pendant qu’elle se gave de séries télévisées ou dévore un de ses innombrables bouquins. Elle lit vite, prend des notes dans son carnet noir … Parfois, le samedi, elle pousse jusqu’au kiosque du carrefour Montparnasse pour acheter le Figaro du week-end, mais sans les magazines, juste pour la feuille entière de mots fléchés. Cela lui prendra une bonne partie de l’après-midi pour terminer et elle jettera les autres feuillets, sans les lire, je sens qu’elle kiffe.

De temps en temps, parce que je sais que ça lui fait plaisir, je la rejoins sur le canapé et je me laisse caresser. Je ronronne un bon coup, elle aime ça. Mais il ne faut pas abuser … J’aime bien aussi, j’avoue, mais je tiens à mon indépendance.

Car mes vrais maîtres me manquent … J’espère au moins qu’ils passent de bonnes vacances et profitent à fond dans ce truc qui colle et qui fait froid aux pattes : la neige. J’ai confiance, ils vont venir bientôt me ramener dans mon vrai chez-moi. J’ai hâte ….

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13 février 2024

Histoire juive de la France, ouvrage collectif dirigé par Sylvie Anne Goldberg

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Finalement, j'ai profité de l'interruption de la liaison des blogs pour terminer la lecture de ce livre remarquable ...

Je termine donc cet ouvrage au moment où le grand juriste Robert Badinter nous quitte, et où l'on redoute une dernière attaque meurtrière sur les réfugiés et otages survivants de Gaza. Un signe pour nous inciter à la plus grande vigilance, face à la résurgence d'expressions polémiques particulièrement nauséabondes.

Un grand livre, fruit de la coopération de cent cinquante spécialistes issus de six pays, chacun écrivant une courte et claire contribution à la description de tous les aspects historiques, géographiques, intellectuels, politiques, économiques, culturels et cultuels des Juifs de France.

Louis X recevant les Juifs-

Une passionnante – et pas toujours reluisante - histoire de la présence séculaire des Juifs en France, qui n’y furent, malgré le dicton – pas toujours les plus heureux, comme Dieu – mais dans ce pays qui fut le premier d’Occident à leur reconnaître l’égalité civique et qui de ce fait en accueillit de nombreux, fuyant les persécutions.

L’arrivée des Juifs en Gaule coïncide en effet avec les débuts de la lente dispersion hors de la Palestine romaine, avant même la victoire de Titus, la seule religion non-chrétienne tolérée en terre de Jésus-Christ. Mais ils y constituaient un groupe étranger, hors sol, hors droit, soumis à des contraintes inédites.

Au Moyen-Âge, on prétend que les Juifs du royaume s’enrichissent en dépouillant les chrétiens par des contrats équivoques, qu’ils sont complices de voleurs sacrilèges. On les accuse de tous les maux – sorcellerie, crimes rituels, empoisonnement des puits lors des grandes pandémies … Les campagnes successives d’expulsions comme de rappels (toujours sous condition de paiement de rançon) sont rapidement de nature clairement économique. Cependant, leur réadmission dans des espaces jusque là interdits répond à la nécessité de l’expansion maritime mondiale : leurs connaissances des langues, leurs réseaux, leur compétences financières sont devenues indispensables.

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Cette encyclopédie se lit avec frénésie.

Je l’ai lue dans l’ordre, de la première à la dernière page.

J’en ai apprécié les illustrations comme les multiples encadrés. J’y ai appris comment se constitue chaque communauté à travers les siècles, comment l’antisémitisme latent a explosé au XIXème siècle, les différentes écoles et philosophies, les difficultés à construire une représentation unifiée d’un monde juif très diversifié, le traumatisme de la Shoah, l’attitude des Français devant la persécution nazie révélée par Robert Paxton, l’apport plus récent mais massif des Juifs rapatriés du Maghreb, les attaches politiques, les relations entre Juifs et Chrétiens, l'influence du conflit israélo-palestinien dans les relations avec les Musulmans de France …

Quelques paradoxes aussi : si la IIIème République est celle qui connut, et de loin, le moins d’impact nuisible et violent ou mortel sur les personnes, ce fut elle qui eut le plus d’antisémitisme dans son encrier. « Avant les nazis, aucun antisémitisme ne s’est exprimé avec autant de virulence et d’éclat littéraire que celui des Français. Dans leurs mots, Drumont et Céline surpassent aisément tous les antisémites allemands et autrichiens » dit Steven Englund.

Le livre raconte une histoire - notre histoire - complexe. Il ne traite pas des évolutions les plus récentes, laissant cela explicitement aux journalistes. Mais il dresse un portrait objectif, sensible, sans indulgence mais aussi avec toutes la fierté légitime des réalisations de la composante juive dans notre culture qu’il est nécessaire de rappeler à certains.

« Plongés dans leur histoire, (les Juifs) recomposent leur héritage indissociablement culturel et religieux en fonction des perspectives d’avenir, dans le cadre somme toute banal d’un pluralisme démocratique qu’abrite l’Etat de droit. » dit Paul Zawadski.

 

Histoire juive de la France, ouvrage collectif sous la direction de Sylvie Anne Goldberg, édité chez Albin Michel, 1085 p., 49,90€

 

12 février 2024

Trois longues journées sans Canalblog !

Enfin, la bonne connexion avec mon blog est rétablie ...

Il y a dû se produire un sacré coup de tabac pour que toutes les liaisons soient ainsi, depuis samedi, interrompues.

Toutes mes excuses pour cette interruption totalement indédendante de ma volonté.

Mais la saison est au piratage de données ... comme pour les deux prestataires du "tiers-payant" de la Sécurité sociale... C'est une calamité et nous sommes particulièrement vulnérables.

Il faut donc prendre garde à tous types de courriels "relous", pister toute tentative de phishing de nos données personnelles ... et surtout financières.

J'en ai déjà payé le prix il y a quelques mois.

A bon entendeurs, à demain matin !

Posté par Bigmammy à 18:08 - Journal de bord - Commentaires [5]
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