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15 février 2019

Sapiens, essai de Yuval Noah Harari

Sapiens

Phénomène éditorial, ce livre traduit en 45 langues s’est vendu à 450000 exemplaires en France … (5 millions dans le monde !)

Rien ne laissait pourtant présumer un tel succès pour un essai de vulgarisation philosophico-historique émanant d’un jeune professeur de l’université hébraïque de Jérusalem, spécialiste de la guerre au Moyen-Âge.

Résumer en 500 pages 2,5 millions d'années de l’histoire de l’humanité et des révolutions qui ont conduit Homo Sapiens de sa condition de chasseur-cueilleur à l’homme bionique qu’on nous promet pour demain constitue en effet un sacré défi.

Yuval Noah Harari s’en sort plutôt bien en nous racontant une foule d’anecdotes, en débitant un certain nombre d’approximations et en évitant soigneusement d’émailler son discours d’une masse de références – ce qui choque naturellement ses collègues chercheurs.  Car le public visé est ailleurs : ce livre provocateur est à mettre dans toutes les mains, même et surtout les plus éloignées de la culture historico-politique.

Les grandes étapes de l’évolution humaine passent par des révolutions : cognitive, agricole, scientifique, industrielle … pour aboutir peut-être demain à la fin de l’Homo Sapiens. Il analyse des événements, des circonstances et des rapports de forces qui transforment les caprices de l’imagination en structures sociales. Car ce sont les mythes et non la biologie qui déterminent les rôles et les hiérarchies sociales. Mythes et fictions ont habitué les hommes, dès leur naissance, à penser d’une certaine façon, à se conformer à certaines normes, à observer certaines règles, créant des réflexes artificiels permettant à de parfaits inconnus de coopérer ensemble efficacement – c’est ce que l’on appelle une culture. Et se laisser dominer.

L’auteur met en lumière le rôle des empires dont la permanence nécessite des religions pour en garder cohérence et contrôle. Les nouvelles croyances modernes sont aujourd’hui le libéralisme, le football, le nationalisme … Au passage, il explique l’objectif du nazisme …

Autre postulat de l'auteur : nous n’avons aucune preuve que le bien-être des hommes s’améliore inévitablement au fil de l’histoire. Rejoignant les travaux des historiens modernes – à compter d’Adam Smith - Harari explique comment et pourquoi l’Europe a pris le contrôle du monde à partir du moment où est concrétisée l’idée de transformer la chaleur en mouvement : c’est la révolution de la conversion de l’énergie. Il prévoit que les scientifiques découvriront comment domestiquer et transformer des sources nouvelles d’énergie … mais que la dégradation écologique risque de provoquer la disparition de toutes les espèces, Sapiens y compris.

J’avoue que j’ai eu un peu de mal avec les conclusions fuligineuses de l’auteur mais je salue l’exercice qui remet en place un certain nombre de notions, dans un langage simple, accessible à chacun. Le message final étant que nous vivons une époque profondément pacifique par rapport aux temps passés – les statistiques le prouvent – et qu’il convient de nous adapter à l’ordre social en perpétuel mouvement de ces deux derniers siècles.

Sapiens, une brève histoire de l’humanité, par Yuval Noah Harari, traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat, chez Albin Michel, 500p. 24€.

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14 février 2019

A chacun sa Valentine ou son Valentin !

Apo et BenjJe retrouve dans mes archives cette merveilleuse image de mes deux derniers petits-enfants prise en 2012 ... un doux moment de tendresse pour évoquer la fête des amoureux.

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Cependannt, personne n’est dupe : la Saint Valentin est une fête commerciale, une occasion de se lâcher un peu après les pénibles journées de froid, les samedis où l’on est resté cloîtrés à la maison pour ne pas subir les assauts des forcenés de la manif à rallonge, s’accorder la permission de consommer et de faire plaisir, ou de se faire plaisir.

C’est donc un jour très important pour les bijoutiers, les marchands de lingerie, les parfumeurs, les restaurants, les voyagistes …

Une occasion en or pour augmenter les marges, en particulier chez les fleuristes pour lesquels la journée représente 20% du chiffre d’affaire annuel, et le plus grand jour du calendrier pour l’industrie des fleurs coupées.

En fait, la tradition telle que nous la connaissons aujourd’hui nous vient d’un rituel anglo-saxon, parti de Grande-Bretagne au moyen-âge où l’on pensait que c’était le jour où les oiseaux s’appariaient, une tradition passée ensuite par l’Amérique avec le Valentine’s Day, puis revenue en France via les GI du Débarquement. Comme Halloween, c’est donc un célébration « importée » qui connait son plus grand développement depuis les années 80.

Ses origines sont complexes. Comme souvent (voir la fixation au 25 décembre de la fête de Noël), ce jour du 14 février a été choisi par le pape Gélase 1er pour « écraser » la fête païenne des Lupercales qui célébrait pendant trois jours le dieu romain de la fécondité, des troupeaux et des bergers à la fin de l’hiver.

On compte au moins trois saints du nom de Valentin, et autant de légendes. Voici celle que je préfère : Valentin est un prêtre du IIIè siècle qui refusa de se soumettre à l’empereur Claude II qui prétendait interdire les mariages détournant les hommes de leur service dans l’armée.

Valentin ayant continué secrètement à unir des couples, il fut donc emprisonné. Il fit la connaissance de Julia, la fille aveugle du prince qui l’avait sous sa garde. Julia demanda à Valentin de lui décrire ce monde qu’elle ne voyait pas …

Miracle ! Julia recouvre la vue et Valentin en profite pour convertir toute la famille. Furieux, l’empereur le fait décapiter vers 270. Une partie de ses reliques est aujourd’hui conservée à Dublin …

Pour d’autres, Saint Valentin était l’évêque de Terni en Ombrie (à moins qu'il ne s'agisse du même personnage ?) et on trouve aussi un Valentin de Rhétie, moine prêcheur itinérant du Vème siècle …

Après 51 années de mariage, mon chéri et moi n’avons plus besoin de nous envoyer des petites cartes mais Claude ne manque jamais de m’offrir un joli bouquet. Cette année, ce sont des pivoines précoces, enveloppées dans un grand papier rouge, symbole de l’amour.

Il n’y a jamais de mal à faire plaisir et à dire à celui ou celle qu’on aime qu’on l’aime … Comme le chante si bien M !

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13 février 2019

Vive les arts de la table !

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Le luxe, c'est d'avoir la chance de pouvoir chaque jour vivre au milieu d'un cadre qu'on a choisi, d'utiliser des objets simples mais de bonne facture, par exemple de manger chaque jour dans une vaisselle élégante et décorée avec soin ...

C'est ainsi chaque jour une fête des papilles et du regard.

Le luxe, c'est aussi pouvoir de temps en temps changer de décor. Une nouvelle nappe facile à entretenir, des assiettes colorées mais qui passent sans problème au lave-vaisselle, des verres agréables à saisir, où le petit Bordeaux acheté chez Nicolas en cubitainer, prend de luxueuses couleurs carmin à travers le cristal. 

Samedi, entre deux cortèges qui sillonnaient à nouveau mon quartier parisien (les mêmes, sans doute, comme à l'Alcazar de Tolède ?), nous sommes allés "soulager" nos commerçants locaux de leurs derniers soldes.

J'avais envie de changer ma nappe quotidienne. Je suis passée du rouge-orangé au bleu-vert.

Voici ma table dressée. Pour les assiettes, il s'agit du motif "Mûres" de la manufacture de Gien, acheté il y a plusieurs mois au magasin d'usine. Les couverts viennent de Laguiole ... les verres sont en cristal de Villeroy et Bosch - également achetés en soldes voici de nombreuses années - la nouvelle nappe est en coton enduit en provenance de la maison "Le Jacquard Français" (boutique rue Bonaparte), modèle Bilbao, coloris "cendre", si pratique pour les repas de famille et la vie de tous les jours.

Le luxe pour moi, c'est le plus souvent acheter des articles produits en France (les draps tissés dans les Vosges par exemple) et le linge de table à rayures (basque) et les conserver longtemps.

Et, sur la longue durée, c'est aussi une sacrée économie !

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12 février 2019

Ma soupe à l'oignon non gratinée

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A dire vrai, rien n'empêche de gratiner cette soupe classique des noctambules ... qui terminaient leur tournée des Grands Ducs aux halles avec ce breuvage roboratif et pas cher, censé éffacer les éffluves d'une nuit trop arrosée.

En fait, je ne suis pas certaine que mes bols chinois en porcelaine céladon auraient supporté un passage au four pour gratiner le fromage de Comté que j'avais parsemé sur la soupe ....

Pour deux portions, je compte 3 oignons blonds (350g), une gousse d'ail, une noisette de beurre et autant d'huile d'olive, un verre de vin blanc, une cuillerée à café de farine, sel, poivre, un cube de bouillon de boeuf, un petit peu de crème fraîche épaisse, du pain ...

Peler les oignons et les hacher au mixer avec la gousse d'ail. Les faire suer puis rissoler avec la matière grasse (huile et beurre) pendant 10 à 12 minutes.

Inutile de faire caraméliser, mais c'est selon le goût. Dans les bistrôts, on sert généralement cette "gratinée" de couleur rousse ...

Ajouter la farine, le cube de bouillon concentré, 10 cl de vin blanc - j'ai toujours sous la main du vermouth blanc Noilly Prat - et 40 cl d'eau. Bien mélanger puis laisser bouillir 25 minutes à couvert. 

Enlever la croûte de deux tranches de pain complet et couper en gros dés.

Verser la soupe dans les bols. Poser dessus les dés de pain puis ajouter une cuillerée à soupe de crème fraîche épaisse, et enfin le fromage râpé. Laisser fondre - ou, au choix, passer au gril pour gratiner ...

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11 février 2019

L'homme aux lèvres de saphir, thriller historique d'Hervé Le Corre

 

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Âmes sensibles, accrochez-vous, mais le roman en vaut la peine …

Voici le préquel du dernier livre d’Hervé Le Corre «Dans l'ombre du brasier» qui m'a fait découvrir récemment cet auteur majeur de polars noirs.

Henri Pujol, le géant à l’accent rocailleux de Toulouse, en est le principal personnage et fait le lien entre deux épisodes qui se situent à la toute fin du Second Empire, quelques mois avant le vote du dernier sénatus-consulte de mai 1870 qui consacre la transformation libérale et parlementaire du régime à bout de souffle de Napoléon III.

Un vieux monde en déliquescence, où les Messieurs très "comme il faut" vont finir leur soirée au bordel, les artisans et ouvriers épuisés s’affaler au comptoir de bistrots enfumés, où les argousins s’infiltrent dans les tavernes pour démasquer les adeptes de l’Internationale … il faut dire qu’à part les informations fournies par les indicateurs, la police n’a pas beaucoup d’outils fiables pour traquer les assassins.

Dans ce Paris des Impressionnistes et de Zola, un éventreur est à la manœuvre. Il tranche ses victimes de bas en haut, des jeunes hommes à l’ample chevelure blonde, les ouvrant du pubis au sternum, puis les scalpe et leur glisse au fond de la gorge un petit crabe mou ... Il met en scène de façon spectaculaire ces crimes atroces qui correspondent à l’œuvre d’un jeune poète inconnu dont il est éperdu d'amour et d'admiration : un certain Isidore Ducasse, rencontré à Bordeaux, et qui n’a pas encore publié son premier recueil de poèmes surréalistes et sanglants : Les chants de Maldoror.

Pour le Chef de la Sureté, cette série de meurtres effrayants commence à poser problème. Il compte sur la sagacité d’un jeune inspecteur plutôt moins corrompu que la plupart des argousins, François Latamendia. Et sur l’honnêteté d’Etienne, un jeune ouvrier tourangeau monté à Paris qui a aperçu l’effrayant criminel.

Dans un style étincelant, une langue imagée, avec la description haletante de luttes farouches, les décors fangeux des caniveaux glissants des bas-fonds, à travers le parfum suave mêlé de sueur du salon de la maison close, Hervé Le Corre ne cache pas son inclination pour la lutte sans pitié que se livrent les nantis et les exploités qui vont très bientôt se soulever dans l’épisode sanglant de la Commune.

C’est un combat qui, pour les survivants, débouchera sur l’institution de la République … mais pas vraiment sur l’allègement de la situation des travailleurs. Mais l’espoir fait vivre !

P. S. Une remarque : je n'ai pas bien compris la signification du titre ... mais quelque chose m'a peut-être échappé. Et surtout, merci à Michèle P. d'avoir retrouvé la référence pertinente dans le Chant 6 de l'oeuvre de Lautréamont, qui explique et le titre de ce roman et le truc du tourteau enfoncé dans la gorge des victimes. Ah, la culture, lorsqu'elle est partagée, quel trésor !!!!

 

L’homme aux lèvres de saphir, thriller de Hervé Le Corre, collection Rivages Noir, 503p., 9,15€

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10 février 2019

Tomi Ungerer, un créateur inoubliable

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On avait fini par le croire immortel, et selon moi, il aurait pu vraiment entrer à l’Académie française … mais j’imagine que cela ne lui serait jamais venu à l’esprit d’y postuler !

Tomi Ungerer (1931 – 2019) est mort vendredi dans son lit, au domicile de sa fille à Cork, dans cette Irlande, pays de son épouse, où il avait planté ses racines dans les années 70.

R.I.P. Tomi Ungerer, merveilleux illustrateur, révolté, attendrissant, plein de tendresse malgré les vicissitudes de la vie de ce jeune alsacien barbelé, qui a connu la férule allemande et l’interdiction de parler français qu’il raconte si bien dans « A la guerre comme à la guerre ».

On connait peu ses dessins politiques ou érotiques (à ne pas mettre entre toutes les mains). Il est parti dès 1956 à New-York où il travaille pour Life et le New York Times, milite contre la guerre au Viet-Nam, produit des affiches publicitaires – mais c’est surtout pour ses adorables ouvrages pour enfants que nous l’apprécions.

 

pas de baisers

ll a créé une foule de personnages attachants : Adélaïde, kangourou ailé, Crictor le boa, Otto l’ours en peluche tout couturé, Emile le poulpe sauveteur, le chat grognon de Pas de baiser pour maman … et l’inoubliable illustration du conte des Trois brigands qui sont et demeureront longtemps dans toutes les mémoires.

Un auteur que j’ai découvert à travers les yeux émerveillés de mes petits-enfants … et qui – honneur suprême – a son musée à non nom au Centre International de l’Illustration de Strasbourg. Un incontournable pour tous ceux qui viennent visiter la métropole alsacienne.

Satiriste à l'humour décapant, publicitaire, illustrateur, conteur, artiste engagé et indompté …. Nous n’oublierons pas Tomi Ungerer, l’un des géants de l’image de notre temps.

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09 février 2019

Une intime conviction, film de Antoine Raimbault

 

fois et Gourmet

Dupond Moretti

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L’intime conviction est un principe introduit dans notre droit au 12ème siècle, qui permet de juger d’une affaire criminelle, même sans preuve matérielle.

L’article 302 du code de procédure pénale rappelle cependant que “l’accusé est présumé innocent, et que le doute doit lui profiter”. C’est tout le sens de ce premier long métrage du réalisateur Antoine Raimbault avec cette fidèle mise en scène du procès en appel de Jacques Viguier, un an après son premier acquittement devant les assises de Toulouse.

Rappelons les grandes lignes de l’affaire : Suzanne Viguier, professeur de danse en instance de divorce, disparaît dans la journée du 27 février 2000 de son domicile. On ne la reverra plus jamais, on n’aura jamais plus de ses nouvelles. Son mari, professeur de droit à l’université, puis dans la foulée celui qui se déclare son amant, portent plainte pour enlèvement et séquestration.

L’enquête policière va vite se concentrer sur le mari, d’autant plus que l’amant remue ciel et terre pour alimenter la Presse locale, les témoins éventuels, allant jusqu’à forcer à mentir une jeune baby-sitter … Cependant, personne ne retranscrit les 250 heures d’écoutes téléphoniques … L'enquête est bâclée. Devant cette énigme sans crime avéré, sans corps, sans preuves ni aveux, Jacques Viguier, soutenu par ses enfants et sa belle-mère, est acquitté lors de son premier procès. Mais le Parquet fait appel …

Dans ce scénario digne des meilleurs films judiciaires américains, Nora, personnage fictif, joue un rôle essentiel d’assistante bénévole du grand avocat Eric Dupond-Moretti (magnifique Olivier Gourmet, comme un clône de son modèle) qui reprend la défense de l’accusé. Jusqu’à l’obsession, pour prouver l’innocence de Jacques Viguier, elle retranscrit toutes les conversations téléphoniques, va interroger les témoins, suggère des hypothèses, risque son job et jusqu’à sa vie pour faire éclater sa vérité … Pour Marina Foïs, c’est sans doute le plus beau rôle de sa carrière. Et il y avait longtemps que je n’avais pas vu un film de cette qualité et pourtant long de presque deux heures !

Et pendant ce temps, Eric Dupond-Moretti, le vrai – monte sur les planches au théâtre de la Madeleine jusqu’à la fin du mois … La justice, les prétoires, la magie du verbe au service de la vérité … ou plutôt du respect absolu d'un principe fondamental : le doute doit toujours bénéficier à l’accusé.

 

 

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08 février 2019

Le Talisman de Paul Sérusier, au musée d'Orsay

 

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Un petit tableau intitulé « Paysage au Bois d’amour » est considéré aujourd’hui comme une icône de l’histoire de l’art.

Réalisée en octobre 1888 à Pont Aven, sous la direction de Paul Gauguin, cette peinture de paul Sérusier devient pour le groupe des « Nabis » (prophètes en hébreu) le symbole d’une révolution esthétique avec ses couleurs pures déposées en à-plats et ses formes simplifiées, un œuvre manifeste qui annonce une nouvelle conception de la peinture et ouvre la voie à l’abstraction.

Paul Sérusier rentre à Paris et montre son petit tableau à ses camarades de l’Académie Julian, qui adoptent aussitôt cette nouvelle façon de peindre.

Maurice Denis, Ranson, Piot, Ibels, Bonnard, Vuillard, Roussel, Jan Verkade, Balllin, Félix Vallotton, Lacombe prennent bientôt l’habitude de se réunir de façon quasi religieuse, en apportant lors de ces réunions « nabiques » de petites peintures, ou « icônes ».

Le Talisman est une peinture de paysage qui transcrit non pas ce que le peintre voit mais ce qu’il ressent, « informe à force d’être synthétiquement formulé » selon Maurice Denis.

Les Nabis évoquent ainsi la dimension sacrée de la nature, allant jusqu’à l’abstraction colorée.

 

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L’exposition réunit un grand nombre de toiles déjà vues dans ce merveilleux musée – comme la sublime « Madeleine au bois d’amour » d'Emile Bernard, ce portrait de la jeune soeur de l'artiste dont Paul Gauguin était tombé éperduement amoureux.

On y découvre aussi les recherches chromatiques de Paul Sérusier, à rebours de la théorie scientifique du chimiste Victor Chevreul, élaborées à partir de son expérience de peintre.

Une occasion aussi de voir ou de revoir les superbes toiles de Bonnard et Vuillard, juste avant et juste après cette exposition passionnante, en particulier les toiles de la donation Zeineb et Jean-Pierre Marcie-Rivière, entre'aperçues en 2016 et désormais exposées en salle 9.

Mon sentiment : il n'est pas indispensable de peindre en grand format pour concevoir un chef-d'oeuvre !

 

Le Talisman de Paul Sérisier  une prophétie de la couleur, exposition au musée d’Orsay – niveau 0, à droite – jusqu’au 2 juin.

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07 février 2019

Il y a 85 ans et un jour, la République en danger ...

Le 7 février 1934, la France s'est réveillée avec une sacrée gueule de bois .... 

Colonel de La Roque

 

émeute Palais Bourbon

C'est curieux, mais je n'ai entendu, durant toute la journée d'hier, aucune allusion aux terribles émeutes qui secouèrent Paris en 1934 et faillirent renverser notre système parlementaire, après de violentes batailles de rues qui ressemblent très partiellement à ce qui se passe de nos jours ...

La mémoire de nos concitoyens flanche bien opportunément. Un rappel de ce qui se passa voici 85 ans, n'est peut-être pas inutile ...

Histoire aussi de nous rassurer !

Le 6 février 1934, Édouard Daladier présente à la Chambre des députés son nouveau gouvernement. Ce changement de gouvernement fait suite à la découverte, un mois plus tôt, du cadavre d'un escroc, Alexandre Stavisky. L'opinion publique, attisée par la Presse de droite et d'extrême droite (Gringoire  600 000 lecteurs, Candide : 300 000 lecteurs, Je suis partout :100 000 lecteurs), soupçonne des ministres et des députés d'avoir trempé dans ses combines.

La méfiance est exacerbée par l'annonce de la mutation du préfet de police, suspect d'indulgence à l'égard de l'extrême-droite. Depuis le 9 janvier, treize manifestations ont déjà eu lieu à Paris. Tandis que la droite tente d’utiliser l’affaire Stavisky pour remplacer la majorité issue des élections de 1932 remportées par le Cartel des gauches, l’extrême-droite exploite ses thèmes traditionnels : antisémitisme, xénophobie, hostilité à la franc-maçonnerie, antiparlementarisme. (rien de nouveau sous le soleil ...)

Le 6 février, plusieurs manifestations ont lieu simultanément.

Les ligues d’extrême-droite forment plusieurs cortèges. La plus ancienne est l’Action française. Fondée à la fin du siècle notamment par Charles Maurras (60 000 membres), elle a pour objectif affiché de renverser la République et restaurer la monarchie. Elle s’appuie sur les Camelots du Roi, qui, malgré des effectifs assez limités, sont très actifs dans la rue. De fondation plus récente (1924), les Jeunesses patriotes, comptent 90000 membres dont 1500 font partie de «groupes mobiles ». Créées par Pierre Taittinger, député de Paris, elles entretiennent des rapports étroits avec des hommes politiques de droite, et comptent dans leurs rangs plusieurs conseillers municipaux de la capitale. Quant à la Solidarité française, fondée en 1933 par le parfumeur François Coty, elle est dépourvue d’objectif politique précis et ses effectifs sont moins élevés.

L'association d’anciens combattants des Croix de Feu a élargi son recrutement à d’autres catégories sous l’impulsion de son chef, le colonel François de la Rocque. Les Croix-de-feu s’apparentent à une ligue, la première en nombre d’adhérents, dotée elle aussi de groupes de combat et de défense. La Fédération des contribuables, dont les dirigeants ont des objectifs politiques proches de ceux des ligues, appelle à manifester dès le mois de janvier. Les puissantes associations d’anciens combattants appellent à la mobilisation le 6 février. La plus importante d’entre elles, l'Union nationale des combattants (UNC), dont les idées sont proches de la droite compte 900 000 membres. Mais l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC), satellite officieux du Parti communiste français, appelle également ses troupes à défiler le 6 février, bien que sur des mots d’ordre différents.

Les ligues de droite et d’anciens combattants appellent donc à manifester le jour de l'investiture d’Edouard Daladier, place de la Concorde, en face de la Chambre des députés soit au total 30 000 manifestants. Ils crient : « À bas les voleurs ! » et réclament davantage de civisme, d'honnêteté. À l'appel du colonel de La Rocque (ici à droite), les Croix-de-feu se dispersent rapidement. Bien que proches du Palais-Bourbon, ils se refusent à occuper celui-ci. Leur dispersion rend vaine toute possibilité de renverser le régime par la force. Mais autour de la Concorde, la manifestation dégénère. Des milliers de militants en armes tentent de marcher sur le Palais Bourbon. La gendarmerie mobile tire. Les affrontements se prolongent pendant la nuit. Quinze manifestants et un policier sont tués. On compte 1435 blessés.

Édouard Daladier, porté au pouvoir par la majorité socialiste et radicale élue en 1932, doit céder la place à l'ancien président de la République Gaston Doumergue. Dans le nouveau gouvernement entrent Édouard Herriot et les chefs de la droite battus deux ans plus tôt. La gauche parlementaire dénonce dans la manifestation du 6 février une tentative de coup d'État fasciste. Elle appelle au rassemblement des forces progressistes. Trois jours plus tard, une contre-manifestation à laquelle participent les socialistes et les communistes dégénère à son tour et fait 4 morts et de nombreux blessés. Les militants poussent leurs chefs à s'unir pour faire front à la droite et gagner les prochaines élections législatives.

Daladier prend les premières mesures pour obtenir le rétablissement de l’ordre public (il envisage notamment d'instaurer l'état de siège). Ses consignes sont peu suivies par la justice et la police. De plus, il enregistre la défection de la plupart de ses ministres et de son parti. Il se résout finalement à démissionner. C’est la première fois qu’un gouvernement doit démissionner sous la pression de la rue. La crise se résout finalement avec la formation d’un nouveau gouvernement sous la présidence de l'ancien président de la République Gaston Doumergue rappelé par Albert Lebrun, ce dont les ligues semblent se contenter. Qualifié de gouvernement d’«union nationale», il regroupe surtout les principales figures de la droite parlementaire (André Tardieu, Louis Barthou, Louis Marin), plusieurs radicaux et le maréchal Pétain.

Le 12 février, la CGT (socialiste) et la CGTU (communiste) décident d’une journée de grève générale et la SFIO et le Parti communiste appellent à une manifestation parisienne qui n’a pas vocation à être commune mais voit pourtant les deux cortèges fusionner : un premier rapprochement entre socialistes et communistes, ennemis depuis 1920, qui va aboutir en 1936 au gouvernement de Front populaire, composé de radicaux et de socialistes avec le soutien communiste.

Février serait-il un mois propice aux émeutes et aux réconciliations ?

(Source : Hérodote.net)

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06 février 2019

Les chemins de la mer, roman de François Mauriac

 

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Vous connaissez mon angoisse de n’avoir plus rien à lire … alors que j’ai des milliers de livres à ma disposition dans mes différentes bibliothèques. C’était ma terreur d’hier quand je me suis rabattue sur les œuvres complètes des auteurs que je préférais dans les années 80 … en particulier François Mauriac.

Je ne me souvenais pas avoir jamais entendu parler de ce roman paru en 1939 : c’est ce qui m’a attirée. Et j’ai été littéralement happée.

D’abord, une scène d’ouverture époustouflante : une famille typique de la riche bourgeoisie bordelaise s’apprête à aller au bal. La mère attend Rose, qui attend la livraison de sa robe de bal. Mais c’est le premier clerc de l’étude de son mari, notaire fastueux, qui se présente … Lucienne Revélou ne veut rien entendre, lui dit de partir voir son mari, dans leur demeure campagnarde de Léognan … Bientôt, c’est Léonie Costadot, sa camarade de couvent, qui vient lui annoncer que son mari est ruiné par une gourgandine et lui soutirer une signature pour récupérer e quoi sauvegarder, avant la masse des autres créanciers, les fonds confiés au notaire appartenant à sa famille.

Rose, la jeune fille de la maison, est follement amoureuse de Robert, le fils de Léonie. La ruine de son père signera la fin de son amour … et aussi le malheur de ses deux frères, Julien et Denis. Mais aussi celui de Robert, le fiancé veule, qui va rompre son engagement, et de Pierre, le plus jeune de la fratrie, un jeune poète doué mais faible.

Le roman est d’une cruelle vérité, avec les constantes de l’ambiance propre à François Mauriac.

Ici, c’est avant tout le portrait-charge de deux mères abusives, attachées à leur patrimoine, jalouses de l’avenir de leurs enfants mais étouffantes jusqu’à l’obsession … Des pères absents aussi. Des sentiments inavouables – pulsions homosexuelles refoulées – des malentendus dévastateurs, des destins bousculés, des familles qui s’écroulent et d’autres qui s’élèvent … avec sans cesse la présence, au côté des ces bourgeois confits dans leurs certitudes, les régisseurs habiles et entreprenants, les erreurs, les errements de l’adolescence … et la nature omniprésente, les vignes, les pinèdes toutes proches, la chaleur étouffante des été aquitains …. Il faut avoir visité la propriété familiale de Malagar pour comprendre l’ambiance des romans de François Mauriac …

Ce roman se lit dans un souffle …. Et me voilà encore une fois en quête d’une nouvelle histoire… Vais-je me tourner vers la série des Zola ????

 

Les chemins de la mer, roman de François Mauriac, édité chez Grasset – collection « les cahiers rouges », 322 p., 10,15€

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