Bigmammy en ligne

16 mai 2012

Une épuration ordinaire (1944 - 1949), par François Rouquet

C’est Claude qui a acheté cet essai, qui porte sur une période de notre Histoire qui m’a toujours fortement intéressée parce qu’elle coïncide avec les premières années de notre vie (1946 – 1949) et sur un champ d'investigation (l'Administration) qui lui est cher.

epurationDans les années soixante dix, je me rebellais souvent contre le fait que tout notre personnel politique – en l’espèce, la Droite s’inspirant des préceptes du général de Gaulle ou la Gauche s’y opposant – était dominé par ce que les uns ou les autres avaient fait, ou pas fait, pendant les tristes années de l’Occupation allemande. Je trouvais tout à fait obsolète, par exemple, que parmi les critères de représentativité d’un syndicat figure son attitude sous l’Occupation.  Il y avait les bons, ceux qui avaient choisi dès le 18 juin de rejoindre le camp des « refuznicks » de la défaite, et les autres …Ceux qui avaient simplement - ou trop activement - suivi le Méréchal, lui faisant confiance pour protéger le pays et assurer son « redressement », et enfin ceux qui avaient tourné casaque très tardivement, donnant des gages à la Résistance à partir de juin 44.

Claude a commencé ce livre par son commencement, une très longue préface … et je l’entendais près de moi pester, raturer, gronder. Puis il a laissé le livre en plan. Je vous livre sa première impression :

« Curieusement, ce livre a fait l’objet, en 2011, d’une longue « Préface à la nouvelle édition » (66 pages) , qui, tout en comportant de précieuses indications (typologie de la Collaboration, statistique des morts par épuration (plus modeste que les chiffres généralement retenus), fonctions de l’épuration, politisation de l’épuration, désordre procédural et politique, souffre, sur le plan formel, de phrases incohérentes, de fautes d’orthographe grossières et d’une incroyable confusion ente Robert et Raymond Aron.

Comment peut-on imputer au grand philosophe et sociologue Raymond Aron les ouvrages historiques  de son homonyme Robert Aron ?

Est-ce une faute de stagiaire ou de collaborateur de rédaction ? Comment un Professeur de l’Université de Rennes peut-il ne rien voir ?

Toute la crédibilité de l’ouvrage s’en trouve affectée. Et l’éditeur doit répondre à cette question. »

Quant à moi, j’ai donc pris le texte juste après, le poursuivant jusqu’à son terme, pour me rendre compte que ces grossières erreurs se limitent à cette damnée préface, bourde incroyable de la part d’une édition du CNRS.

Et c’est un document fort instructif. Abrupt, certes, mais qui justifie que l’on s’y plonge.

Il s’agit de l’étude universitaire et statistique portant sur les sanctions prises à l’encontre des fonctionnaires de deux administrations particulièrement riches en personnels : les PTT et l’Education nationale, au titre de l’épuration. Pourquoi ces deux administrations : parce qu’elles ont accepté d’ouvrir leurs archives aux historiens …Et quelles conclusions en tirer ?

L’épuration des collaborateurs a tout d’abord été violente, et le livre ne dresse pas la statistique des exécutions sommaires ni des femmes tondues pour avoir pratiqué la collaboration horizontale. Il s’agit là des résultats des commissions diverses, avec leur dénomination spécifique (Commission d’enquête académique, Commission centrale d’épuration, Comité départemental, régional d’épuration, etc…)

Passée la liquidation sauvage, l’administration reprend ses procédures et instruit les dossiers. Si l’accusation ne recouvre que des on-dit, des vengeances à l’égard d’un supérieur hiérarchique auquel on reproche un comportement dictatorial, des reproches mal étayés, le verdict est clément. On attribue un blâme, et le plus souvent, on déplace le fonctionnaire. Dans certains cas plus avérés mais rares, il est révoqué sans droit à la pension, mais pour les plus âgés, plus gradés, on le met à la retraite d’office, avec traitement. Et il y aura des amnisties et des reconstitutions de carrières quelques années plus tard …Les exemples de situations concrètes sont nombreux, les citations de conclusions des enquêtes, probantes.

On traite aussi les soupçonnés de façon différente selon leur grade : on a terriblement besoin d’ingénieurs pour la reconstruction de la France, ils seront traités avec mansuétude. Tandis que les milliers de jeunes femmes auxiliaires recrutées pour remplacer les prisonniers seront renvoyées sans ménagement à la fin du conflit si on les a vues flirter avec l’occupant… Et il y a aussi le cas particulièrement cruel réservé aux Alsaciens-Lorrains, « Malgré-nous » en puissance, forcés de s’affilier aux organismes corporatifs de l’occupant : NSDAP, et celui des Anciens Combattants de la Grande Guerre, traités avec plus d’indulgence.

Bref, il ne s’agit pas d’un livre de chevet mais d’un éclairage précis sur ces années difficiles de reprise en main d’un pays complètement traumatisé par la défaite de 1940, déchiré par la crainte de l’avenir, en pleine reconstruction physique et mentale. Hormis l’intolérable difficulté de la préface, il intéressera tous les passionnés d’histoire du XXème siècle.

 

Une épuration ordinaire (1944-1949), Petits et grands collaborateurs de l’administration française. CNRS éditions, 486 p. 10€

Posté par mpbernet à 09:43 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : ,


15 mai 2012

Pas de fausse note ....

hollandeCe n’est un secret pour personne, je n’ai pas voté pour le nouveau Président de la République. Cependant, je suis restée scotchée devant mon poste de télévision toute la matinée pour ne rien perdre de ces instants de passation des pouvoirs. Un moment de démocratie en direct, qui n’est pas historique comme certains le décrivent, mais une illustration de la chance insigne que nous avons, en France, de vivre l’alternance démocratique en direct.

En particulier, j’ai apprécié le discours du nouveau Président, fait de solennité et de mesure, avec quelques annonces sibyllines – qu’entend-t-il par un nouvel élan de décentralisation ? – et un grand sens de la réalité. C’était sans grandiloquence, empreint d’un esprit de rassemblement classique mais si nécessaire aujourd’hui, et une simplicité de bon aloi. L’avenir nous dira si les actes sont conformes à la lettre de ce discours inaugural.

intronisationUn homme que les circonstances ont grandi. C'est ce que l'on appelle "la grâce de l'état", à défaut de bénéficier d'un état de grâce. Un garçon doué, mais consensuel, habile à la synthèse, et surtout discret : ancien élève d’HEC, puis sorti « dans la botte » de l’ENA (c'est-à-dire dans les Grands Corps de l’Etat), ce n’est pas rien. Et quel destin… En politique, « avoir la baraka » est un plus !

Je me souviens en effet du matin du 14 mai dernier. C’est moi qui ai sorti Claude de sa douche – nous étions alors à Rome – pour lui dire que DSK, celui que chacun estimait le  favori de la prochaine élection présidentielle,  venait de se faire « poisser » dans une affaire grave à New York – et nous n'imaginions pas alors que François Hollande serait l’homme de la situation.

Bref, ma caractéristique est d’être, a priori, vis-à-vis de chacun, bienveillante. Donc, j’attends les premières décisions. Et puis je trouve la nouvelle « première Dame » très élégante, mariée ou non (encore que je regrette qu’elle ne puisse se rendre à Londres pour les fêtes du jubilé de la reine). Son histoire personnelle est édifiante. Je salue sa volonté de rester indépendante et de sauvegarder l’intimité de ses fils.

Tout cela met en lumière la France, qui a bien besoin d’un peu de publicité internationale. C’est vrai, notre pays a des atouts, pour peu qu’il accepte collectivement de renoncer à de vieilles lunes, à des corporatismes dépassés à l’heure de la communication instantanée. Il faut dépoussiérer nos structures administratives,  accepter de remettre en cause des circuits et des situations devenus obsolètes. C’est  cette simplification qui pourrait favoriser une nouvelle forme de croissance (fusion des régions, généralisation des communautés de communes, simplification des ministères, suppression d’organismes devenus inutiles …mais aussi simplification des obligations déclaratives et réglementaires qui pèsent sur ses entreprises)…entre autres.

Dès ce soir, nous apprendrons comment le couple franco-allemand se reforme et sur quelles bases. C’est si important pour notre avenir qui ne peut qu’être européen.

Donc, tous mes vœux sont pour une réussite de la France, car nous y avons tous intérêt.

Une dernière impression : on a beaucoup brocardé Nicolas Sarkozy sur sa petitesse. A vue de téléspectateur, les deux hommes ont à peu de choses près la même taille … Qu’en diront les journalistes ?

Posté par mpbernet à 14:02 - Commentaires [6] - Rétroliens [0]
Tags :

Une belle architecture : l'ALFIZ

P1050926P1060076

P1050917P1060132

Découverte pour moi d'un nouveau terme d'architecture : l'alfiz.

P1060086P1060071

Pour Wikipedia, en voici  la définition : Un alfiz (peut-être de l'arabe parlé dans la péninsule ibérique alḥíz, lui-même de alḥáyyiz ) est une ornementation architectonique. C'est une corniche, en général un panneau rectangulaire, qui enclôt les bords extérieurs d'une arche. C'est une ornementation architectonique de l'art musulman mais par son influence on le retrouve dans l'architecture chrétienne ibérique depuis le VIIIe siècle.

P1050930pueblocanario 001

Effectivement, au cours de nos pérégrinations dans la grande Canarie, nous en avons rencontré de nombreux, qui mettent en valeur la porte des maisons nobles.

Des plus spectaculaires, comme celui qui orne la maison du gouverneur, dite aujoursd'hui Maison de Christophe Colomb, en pierre verte, au plus sobre, vu à Arucas ...

 

Quelques variantes...

Posté par mpbernet à 09:19 - Coup de coeur - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags :

14 mai 2012

Bien rentrés ....

P1060039Paris est lumineux, presque vide : on voit que de nombreux travailleurs font le grand viaduc : avec 3 jours de congé, on peut partir dix jours ...

Comme toujours, six heures de route, une moyenne légèrement inférieure à 100 km/h, vigilants grâce au bip-bip du téléphone qui sonne dès qu'on dépasse la vitesse autorisée. Agaçant mais très efficace pour conserver les points du permis.

Rien dans le frigo, à part une pizza bio surgelée, un monceau de courrier à ouvrir, parcourir et classer ...

La perspective d'avoir à faire la déclaration de revenus avant de repartir, et surtout, celle de voir mes petits bientôt ...

Mais demain, je regarderai à nouveau ma moisson d'images ramenées des Canaries .... A vrai dire, nous n'en sommes pas tout à fait revenus ....

Posté par mpbernet à 17:00 - Journal de bord - Commentaires [3] - Rétroliens [0]

Les Nouvelles Confessions, roman de William Boyd

La critique de Claude :

La lecture (passionnante) du dernier William Boyd, "L’attente de l’aube", qui vient juste de paraître en français, m’a donné envie de relire une des premières œuvres de l’auteur, « Les Nouvelles Confessions ».

confessionsC’est aussi l’histoire d’un jeune homme intelligent et sensible que les hommes et les événements tentent de broyer. On y retrouve les thèmes de la manipulation, et de la Grande Guerre (vue du Saillant d’Ypres, qui valait bien Verdun).

Une différence cependant : le héros, John James Todd, loin d’être un habile homme,  est un maladroit de naissance, orphelin de mère, et ignoré de son père (chirurgien sur-occupé de l’Hôpital d’Edimbourg, qui rappelle le père de Flaubert, chargé des mêmes tâches à Rouen).

Bon connaisseur de Jean-Jacques Rousseau, Boyd nous raconte la vie errante et l’éducation sentimentale cabossée de son John James. Comme Rousseau, le philosophe maladroit  va à Paris, Todd le cinéaste maladroit va a Berlin, où il rencontrera le nazisme – qu’il ne voit pas venir - puis à Hollywood, où il sera victime de la chasse aux artistes supposés communistes. Il finira exilé, comme bien d’autres héros de Boyd.

Ce roman de 1988  n’a pas pris une ride, et je le recommande à votre lecture.

Les Nouvelles Confessions, roman de William Boyd, publié dans la collection Points, 632 p. 8,60€.

Posté par mpbernet à 08:19 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags :