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24 septembre 2020

La splendeur des Brunhoff, par Yseult Williams

 

brunhoff poche

Voici un portrait de famille foisonnant, celui d'un clan d’artistes et mécènes, de découvreurs de talents infatigables, exilés d’Alsace après la défaite de 1870 … se réclamant d’une éventuelle parenté avec Bernadotte …

Un seul conseil avant de rentrer dans cette biographie chorale fourmillante : prendre un stylo et noter qui a épousé qui et quels enfants en sont issus.

D’abord, il y a Maurice (1861 – 1937) né en Allemagne, qui épouse Marguerite Meyer, apparentée à la famille Peugeot. Nous baignons dans l’atmosphère protestante, où le travail et l’étude sont de rigueur, comme la connaissance des langues étrangères et de la musique. De cette union naîtront Cosette, Jacques, Michel et Jean. Chez eux se réuniront bientôt la presse, l’édition, la mode, l’art moderne, la lutte contre le fascisme et l’antisémitisme.

Maurice est ingénieur diplômé de l’école centrale. Il travaille chez Edison. Avec Marguerite, ils partagent la même haine contre les Prussiens. De leur union naîtront quatre enfants : Cosette, Jacques, Michel et Jean.

 

Lucien Vogel

 

vu et les femmes

 

modèle de Worth

 

Babar_et_le_Pere_Noel

Maurice s’associe à l’éditeur Edouard Monnier et se passionne bientôt pour l’édition illustrée. Devenu indépendant, il sera  rapidement l’un des imprimeurs les plus modernes d’Europe, inventant la quadrichromie, passant sa vie entre Londres, Nuremberg, Berlin, Vienne, Budapest et Trieste.

Ses enfants sont naturellement élèves à l’Ecole Alsacienne … Michel (1892 - 1958) y a pour condisciple Lucien Vogel (1886 – 1954), fils du dessinateur caricaturiste allemand de grand talent Hermann Vogel, un marxiste révolutionnaire acharné. Lucien et Cosette tombent amoureux et se marient malgré l’opposition de la famille Brunhoff.

Michel va devenir le croisé de la haute couture française – c’est lui qui présente le jeune Yves Saint-Laurent à son grand ami Christian Dior - et Lucien va révolutionner l’édition de la mode.

Il crée La gazette du bon ton, le Jardin des modes, Vogue-France et le premier magazine de photojournalisme, ancêtre de Life et de Paris-Match : VU.

Entre New-York où il s’associe avec Condé Nast et Paris, entre deux premières théâtrales et la publication des dessins des grands couturiers, les Brunhoff, travaillant en famille, vont connaître le plein succès.

Mais il faut compter aussi avec les opinions résolument pacifistes, antinazies, et même ouvertement prosoviétiques (comme André Gide, entre autres) des enfants de Lucien Vogel.

Le ménage Vogel a trois enfants : Marie-Claude, Nadine et Nicolas. Marie-Claude épousera Paul Vaillant-Couturier, sera célèbre pour son audace à photographier dès 1933 le camp de concentration de Dachau. Résistante, elle sera internée à Ravensbrück, témoignera au procès de Nüremberg, deviendra une des figures majeures du parti communiste.

Jean, le plus jeune fils de Maurice et Marguerite (1899 – 1937) épouse Cécile Sabouraud, fille d’un chirurgien artiste peintre. Sa santé est précaire. Il est tuberculeux et passe sa vie dans des maisons de santé en Suisse. Sa vocation de peintre l’épuise. Un soir, alors que son petit garçon est malade, Cécile raconte l’extraordinaire histoire d’un petit éléphanteau dont la maman a été abattue par de chasseurs. Ce personnage va, sous le pinceau de son papa, faire le tour du monde : c’est Babar. Plus tard, leur fils aîné Laurent, né en 1925, poursuivra l’œuvre de son père décédé prématurément. Un succès mondial de la littérature enfantine.

Toute la crème de l’art de l’entre-deux-guerres défile chez les Brunhoff, on y rencontre tous les artistes qui collaborent volontiers aux pages des revues sublimes du clan Vogel-Brunhoff. Une famille indissociable de la manière de vivre à la française.

Un livre passionnant, malgré quelques inexactitudes – le peintre James Tissot n’est pas anglais, l’atelier de Zadkine n’est pas situé en Tarn et Garonne mais aux Arques dans le Lot, les cendriers du paquebot Normandie ne sont pas siglés CGT en référence au syndicat mais à la Compagnie Générale Transatlantique – une galerie de portraits d’artistes effervescente !

 

La splendeur des Brunhoff, monographie familiale de Yseut Williams, édité en format de poche (Fayard), 412 p., 8,20€

 

 

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23 septembre 2020

La daronne, film de Jean-Paul Salomé

La_Daronne

Certes, ce n’est pas avec ce genre de film que la France sera à nouveau nommée aux Oscars … Mais c’est une comédie policière romantique menée sur un rythme soutenu, avec une interprétation étincelante …

Patience Portefeux – pour quelqu’un qui travaille dans la police, et porte à peu de chose près le patronyme d’un ancien ministre de l’Intérieur, c’est un clin d’œil appuyé – est veuve depuis vingt ans d’un truand bien aimé, qui l’a laissée avec deux filles sur les bras et des dettes qu’elle vient tout juste d’éponger, et surtout une mère mourante dans un EPHAD privé qui lui coûte les yeux de la tête.

Son père était algérien, délinquant à la petite semaine, sa mère ashkénaze, elle a appris l’Arabe à l’université et travaille pour la brigade des stups en qualité de traductrice franco-arabe à transcrire les écoutes téléphoniques des dealers traqués par la police. Accessoirement, elle couche avec son patron, le commandant Philippe (Hippolyte Girardot, délicieux).

Le film est porté par Isabelle Huppert : un petit bout de femme, volontaire et hardie, prête à tout pour permettre à sa mère de vivre ses derniers jours dignement. Jusqu’à se muer en grossiste d’une incroyable livraison d’herbe subtilisée à des malfrats. Sa transformation en femme voilée est d’une élégance qui nous ferait presque accepter ce style de mode …

 

le commandant

Car ce sont les femmes qui jouent ici les premiers rôles : l’aide-soignante (Farida Ouchani) qui s’occupe avec amour et compétence de ses petits vieux, Madame Colette (Nadja Nguyen), femme d’affaires chinoise avisée et redoutablement entreprenante. La mère mourante est incarnée par Liliane Rovère, (l’associée de l’agence d’acteurs de la série « 10 pour cent »). Est-il moral de faire jouer une mourante par une actrice de 86 ans ?

J'oubliais la prestation remarquable du chien nommé ADN !

Même si le scénario est aussi improbable que déjanté – on y apprend un grand nombre de trucs pour rouler dans la farine les policiers - la réalisation est dynamique, on ne sait plus très bien où se situe la frontière entre le Bien et le Mal … C’est drôle, tendre, irrévérencieux et totalement immoral, social aussi. Rien de tel pour se changer les idées en ces temps de panique !

 

 La Daronne, film de Jean-Paul Salomé d’après le livre d’Hannelore Cayré.

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22 septembre 2020

Hedy Lamarr n'était pas seulement la plus belle femme du monde

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L’un des personnages-clé du roman noir « Avant les diamants » de Dominique Maisons est l’actrice américaine Hedy Lamarr. C’est d’ailleurs sur elle qu’est donné le clap de fin du livre …

Bien oubliée aujourd’hui, cette splendide beauté (1914 – 2000) est née en Autriche sous le nom de Hedwig Kiesler, dans une famille bourgeoise juive convertie au catholicisme. Elle commence à tourner à 16 ans, part à Berlin et joue sous la direction de Georg Jacoby, Max Reinhardt, Otto Preminger, Sam Spiegel …

Elle connait un succès sulfureux avec le film tchèque Extase en 1933, où elle apparait dans une scène d’orgasme et d'autres où elle est nue. Ce film la poursuivra toute sa vie, même si elle n’eut sans doute pas trop de peine à tourner puisque plus tard elle parlera de son addiction au sexe. Elle sera mariée six fois …

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HedyLamarr Gable

Sous contrat avec la M.G.M de Louis B. Mayer, elle sera l’une des icônes d’Hollywood, multipliant les liaisons avec les plus grands acteurs de son temps. Son dernier triomphe est « Sanson et Dalila » de Cecil B. DeMille, avec Victor Mature en 1949. Elle termine sa vie en recluse, obsédée par la perte de sa beauté.

Mais là n’est pas le plus grand intérêt de sa biographie. Elle n’était pas seulement outrageusement belle, mais sans doute aussi surdouée, ce qui n’est pas si fréquent dans le milieu du cinéma.

sanson et dalila

En 1940, elle met au point avec le pianiste et compositeur d’avant-garde George Antheill (1900 – 1959) un système révolutionnaire de communication, un moyen de coder les transmissions vers les torpilles radioguidées qui les rendent indétectables grâce au changement de fréquences. Le brevet, déposé conjointement en 1942 ne sera pas exploité pendant la seconde guerre mondiale mais est l’ancêtre de la technologie des téléphones portables et du Wi-Fi.

 

G Antheill

Ni Hedy ni George reçurent la moindre rémunération pour leur invention. Ils furent cependant admis à titre posthume au National Inventors Hall of Fame en 2014.

Nous devons donc tous le respect à une star d’Hollywood nymphomane et au compositeur du Ballet mécanique, partition créée en 1926 pour 14 pianos mécaniques, percussions, sonnettes électriques et hélices d’avion …

21 septembre 2020

Pourquoi faut-il écumer une viande en cours d'ébullition ?

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Je me demande si je ne poursuis pas aujourd'hui un combat perdu d'avance !

Combien de jeunes ménagères se plient encore à la discipline du pot-au-feu ou de la blanquette selon des principes du XIXème siècle, alors qu'on inonde le marché de robots cuiseurs, mijoteurs et tritureurs électroniques disponibles dans une très large gamme de prix ?

Qui est encore capable de surveiller une cuisson d'une heure et demie à trois heures, en surveilllant la casserole afin qu'elle ne déborde pas et surtout, en écumant régulièrement ?

Pourquoi écumer, d'ailleurs ? D'où vient cette mousse brunâtre qui remonte à la surface bouillonnante ? Peut-on la laisser s'évanouir toute seule ? Ma réponse de cuisinière bourgeoise est NON !

L'écume est constituée de tous les petits morceaux de viande et autres brisures d'aliments qui se détachent en cuisant... un peu du jus de viande qui s'écoule (protéines) et qui cuit en moussant... emprisonnant les petits trucs pas très nets. Cet amalgame est peu ragoûtant, mais aucunement mauvais, enfin, un peu âcre.

Si vous oubliez cette opération, votre plat n'en deviendra pas immangeable pour autant, mais cet oubli perturbera la carté du bouillon, affectera la brillance des morceaux dee viande dans le plat de service et la netteté de présentation des légumes.

Alors, écumons. Plusieurs fois (2 à  4), régulièrement, jusqu'à ce que ne remonte plus de mousse à la surface du bouillon ... C'est d'autant plus nécessaire pour la blanquette puisque le bouillon sert à confectionner la sauce légèrement citronnée et bien crèmée qui nappera les morceaux de veau.

J'ajoute que pour les confitures, l'écumage est indispensable, la mousse n'étant pas bonne du tout et marbre de blanc vos pots d'une façon vraiment inesthétique.

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20 septembre 2020

Avant les diamants, roman noir de Dominique Maisons

 

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Quelque pages après avoir commencé cette lecture, j'ai cherché le nom du traducteur au style si limpide ... pour m'apercevoir que l'auteur est un Français pur sucre ...

Certains ont parlé de chef-d’œuvre, évoqué J. Ellroy, R. Littell ou D. Winslow …Tout ça parce que l’on retrouve dans ce roman noirissime l’atmosphère du Dahlia noir, celui des polars où les cadavres ne portent pas de costards, dans la tentaculaire cité angeline truffée de miroirs aux alouettes pour starlettes rêvant des studios d’Hollywood.

Un scénario de film noir, en effet. Une écriture précise, fluide, des images en technicolor, le mélange de personnages réels et de fiction comme dans un vrai polar historique, des scènes d’anthologie (la course à l’hippodrome de Santa Anita, le coup de folie d’Audie Murphy, le soldat le plus décoré d’Amérique devenu acteur), un final époustouflant … Tous ceux qui apprécient les films américains des années cinquante vont adorer.

Le personnage central de l’intrigue est un minable producteur de série B, Larkin Moffat. En cet été 1953, dans le dernier mois de la guerre de Corée, l’Armée américaine veut imposer au cinéma sa propagande anti communiste dans le monde entier. Comme les grands studios sont gangrenés par la mafia, elle approche ce producteur indépendant pour qui tout est difficile : les studios protègent leur commerce en gardant un monopole sur les services techniques incontournables et font pression sur les syndicats de techniciens. Avec de l'argent, beaucoup d'argent ...

C’est encore la période où les films sont produits par des juifs selon les principes moraux catholiques (Ligues de décence) pour un public protestant. Mais ce temps est révolu. Une morale mondiale va bientôt se redessiner au service des intérêts commerciaux des multinationales, et ce sera la seule qui comptera.

Des stars sur le retour restent sur la touche : Errol Flynn, Clark Gable et la belle Hedy Lamar. Los Angeles grouille de camés, de gangsters qui se tirent dans les pattes comme ce Johnny Stampato, l’un des héros de ce roman qui a vraiment existé et qui survit à cette aventure …lui qui sera abattu d’un coup de révolver par une fille de 14 ans défendant sa mère Lana Turner (mais ça, c’était après !). Et où se marchent allègrement sur les pieds la police locale et diverses agences gouvernementales qui prétendent surveiller et manipuler les studios.

Bref, une lecture pleine de personnages bien campés, une construction millimétrée, une plongée dans une ambiance terriblement américaine dans le plus mauvais sens du terme : ségrégationniste, méprisant les minorités, anticommuniste, convaincue de son droit d’intervention militaire dans le monde entier …

Dominique Maisons, je vais certainement en lire lire d'autres ouvrages ...

 

Avant les diamants, polar de Dominique Maisons, éditions de La Martinière, 521 p., 21,90€

 

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19 septembre 2020

5G, une nouvelle machine à fausses prophéties ?

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Juste au moment où nous avons utilisé intensément internet avec la découverte des vertus du télétravail surgit à nouveau une polémique devenue classique chez nous, depuis la construction des chemins de fer : haro sur la 5G, comme on a crié haro sur le compteur Linky, haro sur les vaccins, et jadis quand on exigeait que coure, un fanion rouge en main, un homme devant chaque locomotive(*).

Pourquoi faut-il que, systématiquement, une frange de nos concitoyens s’élève contre les progrès technologiques ? S’il est vrai que dans un pays démocratique l’Opposition puisse s’opposer, cela devient lassant. La situation s’aggrave du fait justement de la liberté d’expression extraordinaire donnée par les réseaux sociaux. Une masse d’élucubrations assaille des tas de gens déboussolés, inquiets, crispés …

Il est certain que le progrès technologique apporte son lot de bouleversements pas toujours positifs. Cependant, il faut se rendre à l’évidence et observer l’évolution humaine dans le temps long. La question est de savoir pourquoi tant de gens de bonne foi se complaisent à nourrir une angoisse qui les mine, leur pourrit la vie. Et qui a intérêt à entretenir ce climat d’angoisse ?

Cette histoire de déploiement d’une nouvelle norme de communication est caricaturale. Aucune étude scientifique n’a démontré la moindre toxicité des émissions, dans la mesure où les normes de construction sont respectées. Et Dieu sait si la France est inventive en matière de normes. Nous demandons davantage de débit pour nos applications professionnelles ou de loisirs, nous pestons contre les zones encore mal ou pas desservies et nous demandons encore et encore des débats, des moratoires, pourquoi pas un référendum sur l’adoption de la 5G …. De toutes façons, si on posait aux français la question de savoir s’ils désirent être heureux, il répondraient majoritairement NON !

Pourrions-nous vivre sans internet aujourd’hui ?

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Si vous me lisez, la réponse est immédiate : c’est non !

Et moi, je suis toute fière d’avoir réussi, toute seule, à changer ma Livebox qui montrait des signes de faiblesse pour une plus récente et en principe plus puissante, et gratuitement  (enfin, c’est compris dans le coût de l’abonnement qui n'est pas donné).

J’ai apprécié les explications pas à pas du mode d’emploi, les conseils de la technicienne que j’avais au téléphone, qui m’a rappelée pour savoir si j’avais réussi : j’ai rebranché tous les fils, c’était bien plus simple que l’installation précédente et ça marche, j'ai même récupéré du réseau à l'endroit le plus éloigné de la box, et je peux donc à nouveau surfer depuis mon lit  !

La technologie, c’est aussi une meilleure ergonomie, une simplification des applications, de nouveaux domaines de progrès insoupçonnés … C’est aussi un état d’esprit qui permet de voir plus loin.

Vive la science !

(*) Le chemin de fer suscite de vives inquiétudes pour la santé des passagers. Le savant François Arago affirme que « le transport des soldats en wagon les efféminerait » ; il met en garde la population contre le tunnel de Saint-Cloud, qui donnerait « des fluxions de poitrine, des pleurésies et des catarrhes ».

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18 septembre 2020

Les crises d'Orient (1768 - 1914), par Henry Laurens

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Dans mes souvenirs de jeunesse, j’ai encore en mémoire des expressions comme « la poudrière des Balkans », « L’Empire ottoman, homme malade de l’Europe », sans revenir au siège devant Vienne ou à la bataille de Lépante … et surtout, l’assassinat du grand-duc autrichien à Sarajevo, l’étincelle qui a mis le feu à la Grande guerre. Une actualité récente nous incite à revenir aux sources.

Car finalement, peu de choses ont changé !

Cet ouvrage, très dense et pourtant accessible, donne les clés pour améliorer notre compréhension des conflits sans fin qui agitent encore aujourd’hui le Moyen-Orient. Et nous en avons terriblement besoin car l’aire géographique qui commence à l’est de Venise et va jusqu’aux confins occidentaux de la Chine fut en effet presque sans répit le théâtre d'affrontements, souvent diplomatiques, entre grandes puissances, mais sanglants entre peuples dominateurs et peuples opprimés, partages de territoires et nettoyages ethniques, échanges de populations, réfugiés massacrés, guerres sans résultats si ce n’est un conflit ultérieur.

La période étudiée s’étend de la victoire de Plassey remportée par l'armée de l'East India Company contre les troupes du Nawab - qui montre que la conquête de l'Asie est possible par les armées européennes -  au déclenchement de la guerre de Quatorze. Et bien des questions restent aujourd’hui encore sans réponse satisfaisante, et sources de nouveaux conflits (Lybie, Liban, Kossovo, Palestine, Turquie, Kurdistan, Iran, Afghanistan, Caucase ....)

Au cœur de cette tragédie, l’Empire Ottoman. Après Waterloo, les Sultans ottomans ont la nécessité d’emprunter un certain nombre de formes d’organisation à l’Europe pour pouvoir lui résister. Et dans ce cas, ils risquent de remettre en cause les institutions que l’on perçoit et ressent comme islamiques par essence. Quand viendra le temps des Jeunes Turcs, qui sont le pur produit de la modernisation de l'enseignement, ils constitueront une élite isolée de son milieu social d'origine, qui veut aller jusqu'au bout du processus de modernisation tout en rejetant les perpétuelles ingérences étrangères.

Au Congrès de Vienne, l’Angleterre s’inquiète déjà du danger de soulèvements des chrétiens des Balkans qui permettraient à la Russie d’avancer vers le Sud, la Méditerranée et donc l’Inde. La mobilisation émotionnelle pour les Grecs est une des premières manifestations de la force de l’imaginaire en politique. La désillusion sur place des volontaires accourus d’Europe pour soutenir leur cause est complète devant l’inorganisation des Grecs entre eux et la violence.

En Egypte, Muhammad Ali et son fils conquièrent la Syrie, le Liban et la Palestine … Mais c’est justement dans sa faiblesse que réside la force de l’Empire ottoman : les grandes puissances le soutiennent à bout de bras afin qu’il puisse honorer son immense dette et continuer à faire pièce à la Russie.

La crise libanaise – dès 1841 – entre Maronites (soutenus par la France) et Druzes (soutenus par l’Angleterre) établit durablement la relation franco-maronite élaborée par des écrivains pour la faire remonter à Saint Louis et jusqu'à Louis XIV. Elle reçoit le soutien de la droite catholique française. Les protestants britanniques (biblistes) encouragent pour leur part le sultan à autoriser l’installation de Juifs en Palestine.

En Grèce comme en Egypte et en Turquie, entreprendre des réformes coûte énormément d’argent : former une armée moderne, une flotte de guerre, faire appel à des spécialistes étrangers, construire des infrastructures (télégraphe, chemins de fer, canal de Suez) font exploser les coûts de fonctionnement et la charge de la dette déjà sous total contrôle étranger. Cependant, la Grande Bretagne a toujours besoin de l’Empire ottoman pour faire barrage aux ambitions russes. La rivalité avec la France se résout sur le partage de zones d’influence en Afrique, comme ce sera le cas aussi en Asie centrale avec les Russes. L'Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzégovine ???et on sait ce qui advient en 1914.

Cet ouvrage montre que les conflits interétatiques et interethniques n’ont pas cessé durant cette période. Dans les Balkans, les regroupements de populations de même confession conduisent à un partage des régions par l’administration ottomane, systématiquement prolongé par le nettoyage ethnique. Partout, l’ampleur des atrocités commises désabuse les opinions publiques européennes.

On découvre que les massacres d’Arméniens remontent à bien plus loin que 1915 : déjà en 1894-1896, puis en 1904, en 1908, les Kurdes s’installent sur les terres dont ils sont chassés. Ces échanges de populations modifient en profondeur la composition de l’Anatolie qui accueille des millions de réfugiés musulmans chassés des régions balkaniques et des îles grecques. On souligne aussi l’extraordinaire rôle économique, écologique et politique de l’installation des lignes de chemin de fer.

On reste donc stupéfaits devant la naissance et le caractère pérenne des mouvements politiques de cette région cruciale pour la paix de notre monde d’aujourd’hui. Un savoir indispensable. Je vais naturellement me procurer rapidement la suite de cette fresque sanglante.

 

Les crises d’Orient (1768 – 1914), par Henry Laurens, publié chez Fayard, 383p., 19€

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17 septembre 2020

Blancs de poulet et fonds d'artichauts barigoule

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J'ai utilisé ici des fonds d'artichauts décongelés tout prêts. Avec deux filets de poulet pour deux convives.

Emincer finement un demi oignon et une gousse d'ail. Faire revenir ensemble dans une cocotte en fonte une grosse main de lardons avec l'oignon et l'ail, et si besoin, un filet d'huile.

Ajouter les blancs de volaille découpés en lanières et les fonds d'artichauds dégelés coupés en quatre. Faire rissoler et prendre couleur à la viande.

Ajouter sel et poivre, du thym et du persil.

Mouiller avec un verre de vin blanc. Pour ma part, j'utilise plutôt du vermouth blanc Noilly Prat, plus goûteux et dont une bouteille entamée se conserve facilement. Ajouter un petit verre d'eau.

Laisser bouillir doucement à couvert et à feu doux une vingtaine de minutes.

Découvrir pour laisser évaporer le trop plein de liquide éventuel puis ajouter de la crème fraîche liquide, donner encore un bouillon de quelques minutes.

Vérifier l'assaisonnement. Servir avec des pommes de terre en robe des champs.

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16 septembre 2020

O tempora, o mores !

Autres temps, autres mœurs disait déjà Cicéron dans les Catilinaires.

Je le dis tout de suite, je suis contre le déboulonnage des statues, même si je trouve abusives certaines attributions de noms de rues à des personnages totalement ouliés à Paris et, en particulier, le fait que si peu de femmes aient reçu un tel hommage public.

Jules Ferry

En fait, nous devrions nous garder de juger à l’aune de nos connaissances d'aujourd’hui l’honnêteté et la sincérité de personnalités politiques du temps passé.

Je pense en particulier à la façon dont les tenants de l’esprit des Lumières toléraient le système d'exploitation des plantations basé sur l’esclavage ou à la folle épopée coloniale ayant embrasé la plupart des empires européens et en particulier la France de la IIIème République.

N’oublions pas non plus que cette fièvre coloniale avait pour objectif de détourner l’opinion publique de la lourde défaite subie devant la Prusse en 1870 … Ainsi les gouvernements agitent des menaces extérieures pour masquer leurs difficultés intérieures. Un coup classique dans le jeu des puissances – ou des nations qui se veulent comme telles.

Un exemple, trouvé dans un livre passionnant (d'Henry Laurens) sur les crises de l’Orient entre 1768 et 1914 - en effet, il est important de connaître notre histoire et aussi celles des autres !

Partisan de l’expansion coloniale, Jules Ferry, républicain ardent et homme de gauche, envoie le cuirassé Friedland au large de la Tunisie en février 1881 et présente cette action comme une nécessité européenne pour faire face à la nouvelle menace :

« Le mouvement du Friedland a été décidé à la suite de renseignements très alarmants qui étaient transmis de Constantinople et qui représentaient comme imminente une tentative de la Porte ottomane pour établir sa domination sur la Tunisie. Il est à la connaissance du Gouvernement français et sans doute aussi du Gouvernement britannique que le Sultan Abdul Hamid poursuit depuis quelques temps, dans tous les pays musulmans, des desseins secrets qui, au fond, sont aussi hostiles à la France qu’à l’Angleterre et que le Cabinet de Londres par conséquent ne saurait voir d’un œil favorable. Les intelligences mystérieuses entretenues par le Sultan actuel s’étendent jusque parmi les populations musulmanes de l’Inde, et c’est probablement à son instigation qu’est dû ce récent complot découvert à Kolapour. »

Je ne nomme personne, suivez mon regard.

Et aussi, comme le disait – paraît-il -  Karl Marx : L’histoire ne se répète pas, elle bégaie.

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15 septembre 2020

La forêt carnivore, 10ème aventure d'Alix senator, d'après Jacques Martin

forêt carnivore

10ème tome des aventures du sénateur Alix, revenu sur la terre de ses ancêtres, c’est-à-dire la Gaule. Nous sommes en l'an 11 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire quarante ans après la prise de l’oppidum d’Alesia par les troupes de César.

Nous retrouvons le style de l’équipe Valérie Mangin – Thierry Démarez, marqué par une utilisation judicieuse du « sfumato » qui nimbe ces scènes d’un halo inquiétant : des arbres enneigés, des loups, des vétérans mutilés, de sanglants massacres. Et une histoire pas si invraisemblable que ça – car la scénariste est une authentique historienne.

Car en 52, César a fait trancher les mains des rescapés du siège avant de les renvoyer chez eux, un supplice plus terrible que la mort. Chassés en vaincus par leurs familles, ils se sont regroupés dans la forêt, ne rêvant, tant d’années après, que de vengeances. Surtout lorsqu’un gouverneur romain, cousin d’Alix, a pour projet de construire sur les ruines du site d’Alesia une ville nouvelle.

page Alix

Cet épisode évoque les difficultés d’adaptation des gaulois conquis, comme de tous les vétérans après un lourd conflit, submergés de rancoeurs et progressivement romanisés, mais aussi l’ardeur de certains d’entre eux à intégrer la civilisation des vainqueurs et à faire carrière dans l’armée romaine. C’est le cas d'un personnage qui ne supporte plus qu’on lui rappelle son ascendance gauloise.

Ce qui est loin d’être le cas du sénateur Alix, le héros vieillissant de cette histoire, qui a encore bien de l’énergie et un bras solidement armé d’un glaive pour se défendre.

 

Alix Senator, La forêt carnivore, BD par Valérie Mangin (scénario), Thierry Démarrez (dessin), mise à la couleur de Jean-Jacques Chagnaud, d’après l’œuvre de Jacques Martin, sous la direction artistique de Denis Bajram (époux de Valérie Mangin). Chez Casterman, 48p., 13,95€

 

 

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