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19 janvier 2020

Musée du parfum à Paris

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Bien entendu, c’est une opération marketing et personne n’est dupe. Mais tout de même, c’est drôlement bien fait !

Au cœur du quartier de l’Opéra, dans ce havre de paix que constitue l’îlot Edouard VII – avec pas moins de deux théâtres ! – la maison Fragonard, fondée en 1926 à Grasse par Eugène Fuchs, à ouvert un espace d’information et de vente particulièrement soigné. Difficile de partir sans acheter quelque chose …

Mais un musée gratuit, bien agencé, avec des visites guidées par de ravissantes jeune femmes polyglottes toutes les 20 minutes, c’est assez rare pour être souligné.

 

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Les explications sur la technique de fabrication du parfum, je les avais déjà en tête depuis que j’étais toute petite car la visite d’une des parfumeries majeures de Grasse (Molinard et Fragonard) faisait partie du rituel des grandes vacances. J’ai tout de même eu un coup de cœur devant le petit film qui montre des jeunes femmes et enfants cueillant en 1927 la fleur de jasmin, comme ma maman qui en ces temps-là passait toute ses « vacances » avec sa mère et ses sœurs, à partir de 5 heures du matin et jusqu’à 11 heures (car après, la fleur est sèche !), courbées sur les plans noyés de rosée …

 

la fleurAutre point intéressant : la pyramide olfactive qui vous montre les différentes notes composant un parfum : notes de tête, de cœur, de fond. Un « nez » est capable de distinguer 3000 senteurs différentes.

On admire aussi l’évolution de l’usage du parfum à travers les siècles, les formes de flacons, le rôle du marketing, l’art des étiquettes … On apprend la signification des différentes dénominations des parfums : eau de toilette, eau de parfum, parfum … selon la concentration en huile essentielle.

 

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La collection est celle des trois filles de la famille fondatrice, toujours aux manettes de l’entreprise …

 

Musée du parfum Fragonard – 3-5 square de l’Opéra-Louis Jouvet, ouvert de 9 h à 17 h. tous les jours sauf le dimanche. Entrée et visite guidée gratuites.

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18 janvier 2020

Les ouvriers en grève (1870 - 1890) par Michelle Perrot

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Au lendemain d'une intrusion inadmissible dans les locaux de la CFDT par des protestataires de la RATP et de la SNCF, il est bon de retracer l'histoire des conflits sociaux et pointer ainsi la recrudescence actuelle de la violence, phénomène inquiétant s'il en est.

L’édition toute récente des principaux ouvrages de l’historienne et sociologue Michelle Perrot en format « Bouquins » est une très bonne idée. 

Cette thèse - particulièrement bien écrite et très accessible - recouvre les années 1870 à 1890, au début de la Troisième République, moment-clé de la révolution industrielle et des grands chantiers d’aménagement urbain. L’auteure a fait elle-même sa sélection parmi son œuvre considérable qui traite essentiellement d’histoire sociale, des marges et des prisons,  des femmes et du genre. L'ouvrage commence par cette étude magistrale.

La grève : le mouvement par excellence de la classe ouvrière. Le livre d’origine comprend 900 pages et ici seulement 123. Son intérêt évident est de comparer les éléments mis en lumière par Michelle Perrot et ce que nous vivons depuis plus de 40 jours. Et les constantes abondent …

Première constatation : la grève est une fête. On cesse le travail, on quitte en bloc l’usine, c’est l’échappée-belle, souvent en famille. Dans l’époque étudiée, la violence connaît cependant d’étroites limites et d’abord dans son champ exclusivement patronal. Cantonnée au périmètre des usines, elle dégénère rarement en émeute mais est ponctuée très souvent de bris de vitres, de jets de pierres, de saccages des demeures orgueilleuses des patrons : en vingt ans, on ne dénombre en effet qu’une demi-douzaine de barricades – à Paris une seule en 1888. L’attitude des syndicats de l’époque est sans ambiguïté : la violence naît en dehors d’eux et ils la condamnent.

Au cours de la grève, la parole assure plusieurs fonctions : exutoire, défoulement, communication des idées par répétition et contagion. Un processus assez semblable à l’évangélisation, c’est la prédication socialiste. Injures, menaces, huées, acclamations : la haine contre les patrons s’étale sur les murs, les cris et les chansons sont de mise. Dans la rue, les cris scandent les mouvements d’une masse dont ils épaulent la déambulation. La violence physique est le fait des anarchistes et le supplice promis (aux patrons jadis, aux gouvernants aujourd’hui) est toujours la pendaison, rustique arme du pauvre.

Il est question de l’exaltation de la lutte ouvrière (le refus de souffrir encore), plus que de lutte des classes. Deux revendications majeures : la satisfaction des besoins matériels et la soif de considération. Car les classes dirigeantes sont jugées aussi immorales qu’inefficaces. Cependant, on reste discret sur les moyens d’accomplir la Révolution. On refuse l’ingérence du Politique, facteur de divisions, de côteries.

Le discours politique suscite une sourde résistance : crainte d’être récupéré. Il n’y a donc pas forcément concordance entre la vigueur sociale et les choix politiques conservateurs (voir en 1968). Et, parmi les revendications : la lutte contre la main-d’oeuvre étrangère et la xénophobie. Les syndicats réclament que les étrangers ne viennent pas travailler en-dessous du salaire minimum des Français …Ce que la crise rend utopique. La « préférence nationale » est déjà là et on s’attaque aux travailleurs étrangers (Italiens, Belges...) en brandissant le drapeau tricolore.

Conclusion de l’auteure : la grève précède et engendre le syndicat et non l’inverse, et la syndicalisation de la grève c’est à la fois sa rationalisation efficace mais aussi sa possible domestication.

A méditer aujourd’hui …

 

Les ouvriers en grève, thèse d’Etat de Michelle Perrot soutenue en 1971, larges extraits  choisis par l’auteure en 2000 et réunis en édition « Bouquins » chez Robert Laffont.

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17 janvier 2020

1917, film de guerre de Sam Mendès

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C’est le film qu’il faut voir.

Une mise en scène fulgurante de l’absurdité de la guerre, une histoire d’hommes traités comme du bétail en un moment où les forces en présence doutent mais continuent à entretenir l’illusion mortifère – jusqu’à l’été 1918 – d’une offensive décisive.

Nous sommes le ­6 avril, l'époque où fleurissent les cerisiers. On confie à deux soldats – un sergent et un caporal – une mission suicide : traverser les lignes et rejoindre une unité qui doit impérativement être stoppée dans son attaque, qui, en vérité, selon les observations aériennes, est un piège mortel. Blake et Scofield ont moins de 24 heures pour parcourir 14 kilomètres de no man’s land, au milieu des cadavres, des trous d’obus, de la boue, des réseaux inextricables de fils barbelés, des rats, des traînards …

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Sam Mendes est avant tout un metteur en scène de théâtre. Et là, il nous livre tous les éléments de la tragédie classique : unité de temps, unité de lieu, unité d’action. Bien entendu, le chemin de ces deux braves est semé d’embûches, le suspens est total. Arriveront-ils à passer, parviendront-ils à délivrer leur message à temps, seront-ils pris au sérieux par la hiérarchie militaire, parfois avide de gloire ?

La musique de Thomas Newman les accompagne. Les décors sont particulièrement soignés. J’ai noté en particulier la différence de construction des tranchées, côté britannique avec des faisceaux de bois plus ou moins jointifs et côté allemand, où les murs sont bétonnés et les abris enterrés immenses.

En revanche, la scène de la rivière avec des rapides et des chutes, en pleine Picardie si plate, me semble tout à fait invraisemblable.

Le réalisateur a pris soin de confier les rôles principaux de cette terrible aventure à des comédiens peu connus, ce qui les rend crédibles, sans brouillage avec la notoriété d’un acteur célèbre. Dean-Charles Chapman incarne le sergent Blake et surtout George MacKay le caporal Scofield, superbe. On reconnaît à peine à leurs côtés Colin Firth dans le rôle du général Erinmore et Benedict Cumberbatch dans celui du colonel MacKenzie. De petits rôles, en fait.

Cette année 1917 fut tragique chez tous les belligérants. Plus de trois années d’une guerre dévastatrice, d’offensives aussi meurtrières qu’inutiles, la lassitude et le courage, l’abnégation et le découragement … Tout est là. Saleté de guerre, pas seulement celle-là mais toutes les guerres, même les plus contemporaines. Il n’existe pas de « guerre propre ». Le message de ce film est tout à fait clair.

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16 janvier 2020

Bon anniversaire, Jean-Baptiste

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C'est notre premier petit-fils !

Quelle merveilleux événement que cette naissance !

Et je me souviens parfaitement le jour, ou plutôt la pleine nuit de 1998 où son papa m'a prévenue que tout s'était bien passé.

C'est un lieu bien commun, mais je me dis encore une fois : "Comme le temps passe !"

Jean-Baptiste est aujourd'hui un grand jeune homme, qui travaille dur et regarde le monde avec ses yeux bleu lagon.

Bon anniversaire mon grand petit-fils ! Profite de ta jeunesse.

 

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15 janvier 2020

Cosmographia Universalis

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Une œuvre d’art autour du cou … Mais oui, c’est possible !

C’est en tous cas le cadeau – entre autres – que j’ai reçu à Noël sous la forme d’un carré de soie particulièrement superbe. C’est un jeune artiste polonais qui a interprété avec talent un grimoire médiéval .

Sebastian Münster était cartographe, historien, astronome, mathématicien et professeur d’hébreu. En 1544, son ouvrage Cosmographia Universalis est publié pour la première fois en Allemagne. Ce fut l’un des livres les plus lus du XVIème siècle.

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Lorsque Jan Bajtlik (né en 1969) en découvre une édition originale dans une bibliothèque de Pologne, il est fasciné par cette vision du monde faite de mythes et de légendes. Son carré représente un paysage imaginaire et mêle architecture, faune et flore. Prenant pour modèles les hippocampes, monstres marins ou encore pyramides de l’ouvrage, il crée un univers onirique peuplé de créatures extraordinaires. Un talent d’illustrateur reconnu mondialement aujourd’hui.

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Ce foulard vient s’ajouter à ma collection initiée depuis plus de 50 ans. C’est l’un des articles-phares de la maison Hermès, une façon très classique d’accessoiriser une tenue simple, un zéphir de soie pour frôler mon cou si délicieusement … Merci Anne-Christine !

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14 janvier 2020

Madame Steinheil ou la connaissance du Président

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J’hésite entre deux tentations : écrire la critique de cette biographie brossée par Armand Lanoux en 1983, ou simplement raconter le destin hors norme d’une femme sublime mais légère, fantasque, libre et ensorceleuse, dont le procès aux assises défraya la chronique internationale en 1909.

Marguerite Japy (1869 – 1954) est issue d'une famille d’industriels protestants spécialisée dans la mécanique (les machines à écrire, entre autres). A l’âge où l’on songe à la marier, la famille ne peut la doter aussi généreusement que sa soeur ainée. Son père refusant une union avec un jeune officier sans fortune, elle épouse le peintre Adolphe Steinheil, plus âgé de 20 ans mais qui ne discute pas la dot. Adolphe est un artiste académique, connu pour ses portraits mondains et les scènes de genre dans les tons de brun, neveu de Meissonier, il peine à vendre ses toiles.

Marguerite est une jolie femme (ici, en bleu, portraiturée par Léon Bonnat) qui a reçu une très bonne éducation : elle parle anglais, joue du piano, chante à ravir. Mais elle est dépensière. Elle aura une fille – Marthe – mais très vite le couple ne fonctionne plus, même s’ils refusent de divorcer et cohabitent.

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Meg

Marguerite

Marguerite Steinheil plaît beaucoup. Elle tient salon littéraire et républicain, dreyfusard et politique. Elle collectionne de nombreux amants, qui contribuent aux dépenses du ménage, elle promeut les tableaux de son mari, lui fait obtenir des commandes publiques …

En particulier, elle devient la maîtresse quasi officielle du Président de la République Félix Faure. C’est en sa compagnie que celui-ci, un soir de 1899 à l’Elysée, fait une attaque mortelle, sans doute après avoir abusé des aphrodisiaques. On exfiltre prestement la jeune femme … qui sera qualifiée de 'Pompadour provinciale et bourgeoise d’une jeune Troisième République qui cherche ses aristocrates" et autres sobriquets graveleux.

Madame Steinheil reprend bientôt ses activités de salonnière. Son mari ferme les yeux d’autant plus qu’une rumeur prétend qu’il préfère la compagnie de ses modèles masculins …

En mai 1909, on retrouve à leur domicile de l’impasse Roncin les cadavres d’Adolphe et de la mère de Marguerite, et la belle Meg ligotée à son lit de cuivre. Elle prétend avoir vu quatre personnes affublées de lévites et de perruques rousses, qui auraient dérobé une importante somme d’argent et des documents à elle confiés jadis par le président.

 

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Elle s’emmêle dans ses déclarations, lance des accusations absurdes, s’enferre dans ses mensonges … En tant que seule survivante de cette tuerie, elle est bientôt accusée de meurtre et de parricide, est emprisonnée à Saint-Lazare pendant une année avant un procès retentissant. Faute de preuves, elle est néanmoins acquittée sans que jamais le mystère de ce double meurtre n’ai été élucidé.

Dans son livre, Armand Lanoux cependant fait état des hypothèses du célèbre expert Edmond Locard, fondateur de la police scientifique, qui évoque dans les dernières années de sa vie ce qui s’apparente à un secret d’Etat. La belle Meg n'a jamais "mangé le morceau".

Mais la carrière de Marguerite Steinheil ne s’arrête pas à ce procès. Elle se réfugie en Grande Bretagne où elle épouse en 1917 le baron Lord Robert Brooke Campbell Scarlett et devient Lady Abinger. Devenue à nouveau veuve en 1927, elle meurt à 85 ans, toujours aussi belle dit-on, dans le Sussex.

Le livre d’Armand Lanoux, plein de verve et de portraits acérés des protagonistes de l’affaire, nous entraîne dans l’ambiance folle de cette Belle Epoque, avec les « Grandes Horizontales » comme la comtesse de Loynes, les tourbillons de l’Affaire Dreyfus, l’antisémitisme virulent mâtiné d’anti protestantisme, le rôle de la Presse à grande diffusion, la violence des publications illustrées …

C’est pétillant, plein de références littéraires et politiques … Quel destin !

N.B. : c'est un commentaire de lectrice sur ma récente lecture de "La vérité sur la comtesse Berdaiev" qui m'a donné l'idée de retrouver cette biographie.

 

Madame Steinheil ou la connaissance du Président (1983) biographie par Armand Lanoux, de l’Académie Goncourt, édité chez Grasset, 324 p.

 

13 janvier 2020

Aiguillettes de poulet aux épices

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Il est des jours - comme le lundi - où presque toutes les boutiques de bouche de mon quartier sont fermées ... Seule solution : la supérette toujours disponible et, à la place de viande rouge, des filets de poulet.

Idéal pour deux portions, mais on peut transposer pour plus de convives.

Pour deux, j'ai utilisé : 2 filets de poulet sans la peau, coupés en aiguillettes, une tasse de crème fraîche entière, deux échalotes, deux gousses d'ail, une pincée de pistils de safran, une cuillerée à café de baies de poivre vert, une tomate, un petit verre de vin blanc ou de vermouth Noilly Prat.

Mettre les pistils de safran dans une tasse avec la crème fraîche et laisser infuser.

Commencer par éponger les morceaux de poulet et leur faire prendre couleur en cocotte, dans moitié beurre, moitié huile neutre (arachide ou pépins de raisins). Saler et poivrer.

 

Ajouter les échalotes et la gousse d'ail émincées, faire rissoler.

Mouiller avec le vin blanc ou le vermouth (qu'on peut remplacer par une tasse de bouillon), une tasse d'eau, la crème fraîche aromatisée, les grains de poivre vert égouttés et la tomate coupée en petits dés. Laisser mijoter à couvert environ 20 minutes.

Vérifier l'assaisonnement.

En accompagnement, ici, des légumes cuits à la vapeur, délicieux avec la sauce.

 

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12 janvier 2020

Helena Rubinstein, la collection de Madame, au musée du quai Branly

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Lors de la lecture, voici plusieurs années, de la biographie de cette femme d’affaires étonnante, écrite par Madeleine Leveau-Fernandez*, j’avais été tout à fait enthousiaste devant son destin hors du commun.

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Cette jeune femme, aînée de huit sœurs, née en 1870 (ou 1872 …) dans une famille juive modeste de Cracovie, fuyant un mariage arrangé jusqu’en Australie chez un oncle inconnu et fondant un leader mondial de l’industrie cosmétique, c’est tout juste fantastique.

 

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Avec cette exposition d’une soixantaine d’œuvres caractéristiques (sur les 400 qu'elle possédait), je découvre son rôle de collectionneuse d’objets des civilisations non européennes, commencée dès le début du XXème siècle au contact du sculpteur Jacob Epstein.

 

 

 

Celui-ci lui apprend à regarder les objets avec acuité, l’envoie le représenter dans les ventes publiques. Elle devient une passionnée. Et ses choix sont très surs.

Helena apprécie et célèbre la beauté sous toutes ses formes.

On comprend, en regardant ces masques "primitifs" que le concept même de beauté est une notion subjective, très en phase avec la culture, la civilisation.

Helena collectionne dans de nombreux domaines : mobilier ancien, vases d’opaline, dessins et peintures modernes, et surtout les arts de la sculpture d’Afrique, moins ceux des civilisations océaniennes, indonésiens ou précolombiens.

Car il faut se remettre dans l’ambiance des riches collectionneurs de l’époque d’Héléna : rares étaient ceux qui – à part les artistes d’avant-garde à l’instar du marchand d’art Paul Guillaume ou Picasso – portaient attention aux arts africains, qualifiés alors d’ «art nègre ».

 

 

On admirera la façon dont elle se fait photographier dans les salons de son appartement du 22 quai de Béthune, avec la mise en scène de ses sculptures africaines, qu’elle change de place selon ses humeurs à Paris, Londres et New York.

Il y a quelques années, visitant une nouvelle fois le musée Dapper à Paris, je notais son nom parmi les grands collectionneurs d’arts dits premiers …

Cette exposition lui rend hommage et j’y retrouve des pièces particulièrement emblématiques.

 

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Héléna Rubinstein, la collection de Madame – exposition au musée du quai Branly Jacques Chirac jusqu’au 28 juin, 37 quai Branly Paris 7ème, fermé le lundi. 10€.

 

*Helena Rubinstein, biographie par Madeleine Leveau-Fernandez, publiée en 2003 chez Flammarion.

 

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11 janvier 2020

Souvenirs, souvenirs ... chronique de Catherine Nay - volume 1

 

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« Les Français sont un peuple sans mémoire. » disait François Mitterrand. Il avait bien raison puisque ceux-ci ne lui ont jamais tenu rigueur de ses anciennes amitiés et de ses volte-faces. Catherine Nay en fait l’un des principaux personnages de ses souvenirs de journaliste politique avec en vedette aussi Giscard et Chirac, naturellement …

Avec Catherine Nay, c’est toute ma génération qui défile. Comme Catherine Deneuve, elle est née en 1943. Comme elle, elle est une star dans sa partie. Elle a inauguré un type de journalisme nouveau en France : une escouade de jolies femmes envoyées à l’assaut des politiques pour leur soutirer des infos, des traits d’humour, des vacheries … Une idée lumineuse des ré-inventeurs de L’Express, le New’s magazine à la française conçu par l’équipe de Jean-Jacques Servan-Schreiber et François Giroud au début des années 60, où elle commence sa carrière avec Michèle Cotta, Josette Alia …

Issue d’une famille bourgeoise et catholique de province, Catherine Nay se voit confier le suivi des politiques de droite. Cela lui va comme un gant : grande, svelte, toujours tirée à quatre épingles, toujours la même coiffure … On dirait qu’elle ne vieillit pas. C’est une adepte de la constance : l’amour de sa vie, Albin Chalandon – qui fêtera ses cent ans au mois de juin prochain – la rencontre en 1968 et l’épouse en 2006, peu après la disparition de son épouse. Dans ces familles-là, Monsieur, on ne divorce pas …

Voici donc la chronique des vicissitudes de la vie politique française vue à travers le prisme des petitesses des hommes de pouvoir, ou d’opposition, selon l’alternance. Ce n’est pas très brillant, de mon point de vue, cela remet bien des souvenirs et des idées reçues en place … En fait, j’avais lu dès sa parution en 1984 le deuxième livre de Catherine Nay « Le Noir et le Rouge » et tout y était déjà … Cela n’a pas découragé la majorité des français de réélire Tonton en 1988. Va comprendre, Charles !

C’est vache, souvent croustillant, les portraits sont ressemblants, les saillies cocasses. Peu de bienveillance, sauf peut-être à l’égard de Pierre Mauroy ou Ghislain de Bénouville … Je crois entendre la voix traînante de Catherine au micro d’Europe 1. J’attends avec gourmandise  le second tome qui commencera avec l’élection de Jacques Chirac.

 

Souvenirs, souvenirs, témoignage de Catherine Nay, Robert Laffont, 350p., 21,50€

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10 janvier 2020

La Der des grèves ?

 

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37ème jour de grève ? Qu’est-ce que ça change au juste ? Car il n'y aura bientôt plus de liquide (comme dans cette fontaine) dans les tuyaux. Pour notre génération qui a connu les mouvements sociaux précédents, et je pense en particulier aux grèves de 1968, 1986, 1995, bien des choses ont changé aujourd'hui.

D’abord, ces mouvements de protestation ne sont pas motivés uniquement par le refus d’un changement du système de retraite. Une faible proportion de ceux qui manifestent savent comment fonctionne le système actuel, en connaissent les carences, et ils sont encore moins nombreux à concevoir ce que changera le nouveau système en projet – il faut dire que la communication du Gouvernement n’a pas été des plus claires.

La protestation, elle est bien plus profonde - les historiens font parfois référence au mouvement des sans-culottes - et même si l’on donnait satisfaction aux revendications actuelles avec le retrait du projet, la colère du « peuple » ne cesserait pas pour autant : le mal est bien plus grâve, il a sa source dans plusieurs décennies de promesses électorales non tenues, de frustrations et de refus de la gouvernance à travers des représentants que chacun juge à la fois incompétents, corrompus, obtus, privilégiés, illégitimes … 

C’est une crise de confiance qui ne secoue pas uniquement notre pays, bien cernée dans le livre de Jérôme Fourquet : « L’archipel français ». Plus personne ne fait confiance à personne. Et surtout pas aux gouvernants. Quels qu'ils soient.

Mais notre mode de vie aussi a changé : cette grève touche plus particulièrement l’Ile-de-France car le taux de grèvistes est très fort à la SNCF et à la RATP (tradition ouvrière et révolutionnaire historiquement très présente) – alors qu’au total, le taux de syndicalisation est inférieur à 10% dans l’ensemble des secteurs public et privé. Le secteur privé, lui, ne rejoint pas le mouvement - et la plupart de ssalariés sont informé de ce qu'est un système par points (les retraites complémentaires AGIRC-ARRCO). Les Franciliens sont épuisés mais blasés, résilients, ils se débrouillent : télétravail, trottinettes, scooters électriques, vélos, longues marches, embouteillages monstres, covoiturage, cars intercités, report de déplacements, contrats perdus, arrêts de maladie … En province, c’est notoirement différent.

En fait, il y a des différences évidentes par rapport à 1995 : le gouvernement ne peut pas céder à nouveau, justement parce qu’il a cédé en 95 et retardé l’échéance d’une réforme indispensable pour pérenniser le système par répartition, les services publics sont désormais ouverts à la concurrence, la télévision diffuse et la Poste (entre autres ...) fonctionne … Finalement, chacun prend son mal en patience. Et, le moment venu, les projets de privatisation du secteur public rencontreront de plus en plus de votes favorables.

Les réseaux sociaux, eux, fonctionnent en « tuyaux d’orgue » ou en « couloirs de nage » : ils attisent les sentiments les plus revendicatifs, d'un côté comme de l'autre, chacun n’entend que les messages qui l’intéressent, aucun débat n’a lieu, on préfère l'insulte à l'argumentation. Personne n’écoute l’autre, les intox polluent le réseau.

Ce qui va se passer ? Un essoufflement progressif de la mobilisation, l’enkystement des plus acharnés, quelques avancées sociales sur les critères de pénibilité que le Patronat sera bien contraint de prendre en compte, un tour de passe-passe sur le point dur de l’âge pivot … Et tous ces jours de travail perdus, des chiffres d’affaires évaporés, ces contrats de travail non conclus, une période de soldes bâclée … On parie ?

La France en a vu d’autres. Lisez le dernier livre de Pierre Lemaitre qui décrit la débâcle de 1940 … Nous nous en relèverons, mais sans doute, un mouvement social de ce style, je n’imagine pas en revoir de sitôt ! Et ce qui compte - au-delà du fait de savoir combien il y avait de manifestants dans les rues hier - c'est que 4 TGV sur 5 circuleront aujourd'hui ...

 

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