Bigmammy en ligne

26 mai 2012

Margin Call, film de J-C Chandor

C’est le premier long métrage d’un jeune cinéaste, J-C Chandor, et une totale réussite.

kevin spaceyUnité de lieu : une firme de trading de New-York à la veille du crash des subprimes en 2008, unité de temps : un peu plus de vingt quatre heures, unité d’action : comment se sortir avant tout le monde d’une effroyable catastrophe financière. Les règles de la tragédie classique sont respectées, car c’est bien d’une tragédie qu’il s’agit : tous ces jeunes hommes vont perdre leur job, leur stock options, leur rêves, ruiner sciemment des tas d'acheteurs de valeurs pourries. Le tout filmé avec la rapidité d’une série télévisée comme savent les produire les américains (Damages, Mad Men)… Dans des tons uniformément froids. Ce ne sont plus les « Men In Black », mais les hommes en costard bleu marine. Le mimétisme va jusqu’à leur faire tous porter la même cravate.

dans klascenseur

Belle galerie de portraits : celui qui ne comprend pas tout à fait ce qui se passe mais signale qu’on va vraiment à la catastrophe et sera le premier à se faire virer, le manager des traders à qui le conseil d’administration confie la plus sale besogne le jour où il pleure la mort de sa chienne – fantastique Kevin Spacey - , le jeune wonderboy cynique qui supervise sans état d’âme le sabordage éclair (Simon Baker, bien plus inquiétant ici que dans Mentalist), la responsable des risques qui a crié au loup mais pas assez tôt et pas assez fort et  se fait éjecter (Demi Moore) ….

jeremyironsEt enfin  l’incroyable Jeremy Irons, pour qui l’essentiel est de sauver ce qui peut l’être à n’importe quel prix, la seule morale étant de survivre. Car lui ressent que l’effondrement est imminent. Il préfère être le premier à plonger plutôt que d’être balayé par la lame de fond qui va surgir en retour. Il ne triche pas, et c’est lui qui, du point de vue de la firme, aura raison ! Quant à la morale, c'est une autre histoire ...

Margin Call est un film acéré et prenant, qui sera sans doute difficile à comprendre, malgré un réel effort d’explication du mécanisme des prises de positions risquées qui explosent avec la bulle financière, mais haletant, réalisé avec une implacable et folle rigueur.

Posté par mpbernet à 08:50 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , ,


25 mai 2012

Délicieux poissons

Bon pour la santé, peu calorique, bon contre l'excès de cholestérol, le poisson a tout pour plaire.

Et puis, je l'avoue, même si j'adore le cuisiner, j'aime tout autant le manger dans un bon restaurant. Voici deux adresses à Paris, un peu chères, mais vraiment excellentes.

Vin et Marée

vinetmaréeJuste sur la place du Théâtre Français - actuellement en pleine réfection de sa grande salle - devant ses jolies fontaines, pas loin du Louvre. Au premier étage, la salle est très agréable. Nous nous y sommes pointés vers midi, pas besoin de réservation.

Nous avons déjeuné d'un unique bar grillé chacun. Un peu surdimensionné, certes, mais il faut bien justifier le prix, et d'une cuisson parfaite, servi avec une purée légère. En amuse-bouche, quelques moules à la crème avec un soupçon de goût de curry ... et une petite carafe de Quincy bien frais et deux cafés.

Montant de l'addition pour deux : 78 €, mais il faisait si beau et nous étions si fatigués après trois expositions au Louvre !

Vin et Marée, 165, rue Saint-Honoré (pensons à Fragonard !) 75001 Paris -  01 42 86 06 96

Le Select

Un des cafés emblématiques de Montparnasse, avec sa salle tout en longueur (et de petite largeur, on ne voit que l'immense bar) et sa merveilleuse terrasse, en plein soleil. Le décor est "d'époque" mais la cuisine bien d'aujourd'hui.

IMG_1225J'y ai dégusté une petite salade de maquereaux au poivre juste poêlés, absolument équillibrée et joliment agrémentée de pommes de terre tièdes et d'oignons nouveaux. Avec un verre de Sancerre bien frappé ... et un café : 21 €, de quoi consoler ma solitude du jour - très provisoire !

Le Select, 99 boulevard du Montparnasse - 75006 Paris

Posté par mpbernet à 15:34 - Miam-miam - Commentaires [2] - Rétroliens [0]

Robe bain de soleil, pour la fille de Stéphanie

Robe à bretelles nouéesUne journée de couture pour la fillette de la gentille Stéphanie qui m'a donné les jolis coupons de LIBERTY ...Ce tissu-là est très fin, un vrai "Tana Lawn", presque cassant.

La voici en recto ....

Une bien maigre rétribution pour cette brassée d'étoffe, et pour moi un grand plaisir de refaire ce modèle que Romane et Camille adorent, et que portera sans doute Apolline dès qu'il fera beau. Un classique qui ne prend pas une ride au fil des années et qui va à toutes les petites filles grâce à ses nouettes sur ls épaules. Cette fois, je les ai calibrées très longues (45 cm ) pour faire de jolis noeuds facilement.

J'ai taillé un 6 ans. Et, c'est chouette, j'avais en stock deux boutons de corozo mat rose, achetés à La Droguerie pour la robe de Romane l'an dernier et qui vont très bien avec cette symphonie en rose et mauve.

robe à bretelles dos..et la voilà en verso !

Donc, il me reste encore de quoi confectionner avec le même tissu une petite blouse pour Apolline ...si sa maman est d'accord ! Elle me le dira dimanche ?

Et moi, toujours aussi fan de Liberty ....

Posté par mpbernet à 08:05 - Couture - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
Tags : ,

24 mai 2012

Fragonard au Louvre : chose faite !

CoresusetCallirhoe

Ce qui est merveilleux, c'est d'habiter à moins d'une demi-heure du Louvre. Et en ce matin radieux, aucune queue.

Et quel délice d'entrer dans chaque exposition sans acheter de billets, avec la carte des Amis du Louvre ...

chemise enlevée

Bref, ce matin, un de nos objectifs était d'aller voir en vrai les tableaux de Fragonard et de ses amis. Il faut grimper au second étage de l'aile Sully, pratiquement sous les combles. Les oeuvres sont classées selon le règne du roi de l'époque. Donc, pour Frago, il se situe d'abord parmi les peintres du Louis XV avec Boucher, son maître d'apprentissage, Natoire, patron de l'école de Rome, Greuze, Chardin, Carle Van Loo, son grand ami Hubert Robert, puis parmi les peintres de Louis XVI, avec Carle Vernet, et bien entendu Jacques-Louis David.

enfantsEn réalité, il y a peu d'oeuvres exposées, au regard de l'extraordinaire production du peintre. On y voit son grand format Coresus et Callirhoé, (en haut) morceau de "grand" genre et passage obligé pour obtenir une pension et un atelier au Louvre, mais sans grand intérêt, et surtout une série de portraits brossés avec amplitude, énergie et légèreté.

Celui de l'abbé de Saint Non, peint en une heure de temps selon l'inscription qui figure au dos et celui de la fameuse Guimard (ci-dessous à gauche), danseuse qualifiée de grande amoureuse, et dont Fragonard tomba effectivement éperduement amoureux.

Parmi les toiles "friponnes"  on trouve ce que Diderot qualifia d'"omelette d'enfants" (ci-contre à gauche), mais ni la Surprise de l'escarpolette, ni la Guimbelette. En revanche, les deux toiles destinées à illustrer l'amour sacré - l'Adoration des mages - et l'amour profane - le Verrou - et La chemise enlevée (deuxième photo ci-dessus) ...

verrou478px-jean-baptiste_simon_chardin_023L'accrochage est intelligent. On admirera le portrait toutes fesses à l'air de Madame Boucher par son mari, dans un froufroutement de soie bleue, et on surprendra, dans un petit recoin dénommé "couloir des poules" de merveilleux portraits au pastel de Maurice Quentin Delatour, et le fameux autoportrait de Chardin avec bésicles et une curieuse casquette abat-jour vert.

guimardDes souvenirs de reproductions vues dans les livres d'art nous assaillent, un sentiment de ce que fut le haut goût français au siècle des Lumières - ahh, le portrait de Diderot ! - mais certaines toiles mériteraient un nettoyage pour retrouver leurs couleurs flamboyantes d'origine. Tout ça est un peu poussiéreux.

margueritegérardEt puis, dans une petit recoin, la réunion de deux oeuvres de la belle-soeur et du fils de Fragonard : La mauvaise nouvelle de Marguerite Gérard et Diane de Poitiers dans l'atelier de Jean Goujon par Alexandre-Evariste Fragonard, tous deux adeptes du style "léché" - pour ne pas dire déjà "pompier", qui devient alors peu à peu à la mode, ou du genre troubadour.

 Dianedepoitiers

Le temps a passé, on est à l'époque de l'Empire ...

Ils n'auront pas laissé de postérité et ainsi gâché leur talent ...

Posté par mpbernet à 15:20 - Journal de bord - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags :

Fragonard, l'invention du bonheur par Sophie Chauveau

couvJe gardais cet ouvrage pour la bonne bouche, me souvenant avec délices de « La Passion Lippi » du même auteur, publié en 2004. Je l’ai lu avec intérêt, certes, mais sans le plaisir attendu. Qu’y manque-t’il au juste ? En fait, il est trop : trop documenté, trop dense, trop romancé. On ne sait plus s’il s’agit d’un roman historique ou d’une biographie.

Et c’est vrai que la vie de Frago – ainsi signait Jean-Honoré Fragonard (1732 – 1806) – ressemble à un roman. Fils d’un ouvrier gantier un peu escroc, issu d’une famille tentaculaire d’origine italienne rassemblée à Grasse  œuvrant dans la parfumerie et les gants, il « monte » à Paris dès l’âge de 6 ans et développe rapidement ses talents extraordinaires de dessinateur, puis de peintre. Il est reçu au Grand Prix de Rome avec un fantastique tableau de genre historique « Jéroboam sacrifiant aux idoles », fera le Grand Tour en Europe grâce à un mécène mal embouché et surtout rencontrera d’autres peintres qui seront ses indéfectibles amis, en particulier Hubert Robert et l’Abbé de Saint Non.

autoportraitLe grand mérite du livre est de nous donner à voir le quotidien des artistes de ce siècle des Lumières qui se termine si dramatiquement dans les affres de la Révolution. Chardin, Boucher, Natoire,  Greuze, Carle Vernet puis son fils Horace, Hubert Robert le bon géant, Gros, et surtout Jacques-Louis David, l’homme de pouvoir qui soutient Frago toute sa vie, Vien, Prud’hon … Nous les regardons dans le couloir des galeries du Louvre, où le Roi les héberge et d’où l’Empereur les délogera en 1805.

escarpoletteFrago est un homme de petite taille, à la tignasse rousse indomptée et aux yeux gris, tellement spirituel, modeste, gentil, souriant qu’il séduit tout le monde, et en particulier toutes les femmes. Sa peinture en atteste, avec des scènes friponnes qui font les délices des acheteurs. Jusqu’à ce qu’il épouse une de ses cousines, Marie-Anne Gérard, qui l’adore et lui fera une vie confortable en gérant ses commandes. Accessoirement, c’est aussi une miniaturiste de talent. Elle fait venir auprès d’elle sa très  jeune et belle sœur, Marguerite. Le livre nous livre alors un secret : Alexandre-Evariste, le fils de Jean-Honoré né en 1780, est son enfant à elle, et non celui de Marie-Anne, qui n’a donné naissance qu’à la gracieuse Rosalie, née en 1769. Lorsque Rosalie meurt en 1788, son père est inconsolable et ne retrouvera jamais sa joie et de vivre et de peindre.

autoportrait dernierFragonard est un maître absolu du mouvement et de la couleur, en particulier ce jaune de Naples qu’il applique partout. Il a pour seuls élèves sa jeune belle-sœur, qui aura son heure de gloire en fréquentant assidûment Joséphine de Beauharnais , puis son fils, avec lequel il entre très tôt en opposition, et qui deviendra un des chantres du style « Troubadour » très prisé au début du XIXème siècle. La Révolution passera en ruinant la famille, mais le peintre est déjà passé de mode pour être soupçonné d’avoir donné trop de gages aux anciens despotes…

En tous cas, la lecture de ce livre m’a furieusement donné envie d’aller au Louvre pour voir d’un œil nouveau les grands (et même les petits) maîtres du XVIIIème siècle. Ce n’est pas le moindre de ses mérites, mais on aurait pu éviter certaines longueurs.

 

Fragonard ou l’invention du bonheur, par Sophie Chauveau, éditions Télémaque, 414 p.22€.

Posté par mpbernet à 07:38 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Rétroliens [0]