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15 janvier 2009

Léon Gambetta, la Patrie et la République

par Jean-Marie Mayeur. 551 pages, chez Fayard.

couv_gambettaLa République : comment imaginer un concept qui ne nous soit pas aussi évident aujourd'hui ? Et pourtant, si on déplace le curseur de l'histoire aux alentours des dernières années du XIXème siècle, et en particulier aux dernières années du second Empire, il faut bien se rendre compte que cette forme de gouvernement ne s'est pas imposée sans difficultés, hésitation ni périls. Un homme, à travers sa courte vie, incarne totalement la passion de la République et du salut de la Patrie, à l'un des pires instants de la débâcle militaire : Léon Gambetta.
Pour moi, c'était jusqu'ici une figure de chromo, l'image d'Epinal du représentant de la Défense Nationale prenant l'air dans un ballon non dirigeable, le 7 octobre 1870, pour regagner Tours et continuer la lutte contre les Prussiens, essayant de toute son énergie de rassembler ce qui reste des armées françaises, au moins pour en sauver l'honneur désintégré près les désastres de Metz et Sedan. Mais le souvenir de Gambetta est bien démodé aujourd'hui. Ce que j'ignorais, c'était l'extraordinaire destin de ce fils d'immigré génois, dont la boutique fait face à la cathédrale de Cahors,  borgne (à huit ans, il a reçu un éclat de métal dans l'oeil en jouant chez le coutelier) mal atiffé, négligé, mais connaissant à fond son droit, brillant avocat  devenu célèbre après sa brillante plaidoirie de faveur de Charles Delescluses, et doté d'une puissance oratoire charismatique hors du commun.

Ce livre, écrit par un universitaire, suit un plan chronologique qui ne nous épargne pas les extraits de discours et de lettres, souvent repris par les politiques d'aujourd'hui. Gambetta, c'est l'un des pères fondateurs du système politique et parlementaire français d'aujourd'hui, dans ce qu'il a de pire et de meilleur. Sans cesse, il se réfère à la modération, à la crainte de susciter l'ire des vainqueurs car Gambetta sait que la France n'est pas prête à recouvrer ses provinces perdues. C'est l'apôtre de la démocratie parlementaire, de la nécessité d'enseigner au peuple à penser par lui-même, donc à l'éloigner des influences néfastes du cléricalisme. Il n'a rien contre les religions, il abhorre l'irruption des doctrines ultramontaines dans la formation des élites.
La République n'est certainement pas, au lendemain de la défaîte de 1970, le système de gouvernement souhaité par la majorité des français. Légitimistes, orléanistes, bonapartistes attendent le moment opportun pour lui substituer une restauration. Mais voilà, ils ne sont pas d'accord. Parmi les républicains non plus, le consensus n'existe pas : il faut distinguer la Gauche républicaine de l'Union républicaine (le parti de Gambetta), sans compter les extrémistes comme Clémenceau.

portrait_GambettaSuivre les premières années de la troisième République est une souffrance constante : on attend à chaque instant que le Ministère tombe, ou qu'il soit procédé à une dissolution. Les querelles sur le type de scrutin (scrutin de liste au plan départemental ou d'arrondissement), le rôle dévolu au Sénat, le monopole de la collation des grades universitaires, la loi d'amnistie (totale, partielle) des condamnés de la Commune... Gambetta, élu de Marseille, puis du XXme arrondissement (on lit avec respect le "programme de Belleville"), donne toute son énergie, invente les campagnes électorales, voyage, s'informe, emporte l'adhésion, suscite les haines les plus tenaces. Il est jeune, il a du talent, il est aimé de ses partisans.
Trois fois Président de la Chambre des Députés, il accède à la Présidence du Conseil à un moment où plus personne ne veut du pouvoir. Il souhaite un Etat fort, administré par des fonctionnaires sourds aux sollicitations des Députés.... Il "tombera" sur le projet de réforme des lois constitutionnelles, la suspicion d'un pouvoir dictatorial qu'il a toujours récusé, la sourde opposition du Président Jules Grévy.
Quelques mois après sa prise de distance du pouvoir, il se blesse à la main en manipulant une arme. Son état de santé n'est pas bon (il ne s'est jamais ménagé), il se rétablit mais meurt d'une perforation de l'appendice, à 44 ans. Il allait enfin épouser son amante, Léonie Léon.

Blague à part, le livre est parfaitement difficile à lire. Précis, sans fioritures, il faut s'accrocher. La culture générale, ça se gagne. Mais je comprends mieux les divergences politique d'aujourd'hui...un peu mieux.

Posté par mpbernet à 19:41 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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