_glise_St_Germain_de_CharonneNous étions quelques uns, cet après-midi, à saluer une dernière fois Micheline, décédée  à son domicile, toute seule avec ses chats apeurés, dans la merveilleuse église Saint Germain de Charonne, au coeur d'un des derniers villages de Paris, son quartier.
Huit années durant, elle avait été ma plus proche collaboratrice. Au début, cela n'avait pas été facile entre nous car j'entendais non pas lui donner des textes à dactylographier, mais prétendais les écrire directement sous Word...et en plus, je faisais - et fais toujours -  d'énormes fautes d'orthographe. Et puis, elle n'avait pas digéré la manière dont mon prédécesseur avait été "viré". Il y avait pourtant des raisons, certainement, mais moi, j'arrivais de l'extérieur et n'y pouvais rien...
Nous avions fini par nous apprivoiser l'une l'autre : par exemple, elle me relisait et me corrigeait avant d'éditer mes papiers. Elle s'était mise sur le tard à la bureautique,  mais maîtrisait parfaitement son sujet bien mieux que d'autres, plus jeunes. C'était une assistante hors pair, à l'ancienne mode. Discrète jusqu'à la limite du supportable pour certains mais ouverte aux autres et serviable avec ses collègues, elle sauvegardait avec vigueur ma tranquillité.
Qui dit "secrétaire" entend "secret". Elle cachait bien son jeu, je crois, même auprès de sa propre famille. Elle emporte avec elle son énigmatique sourire, qui me faisait penser à l'archange de Reims, qu'elle partage certainement maintenant avec le Seigneur, sans doute le seul vrai et durable amour de sa vie.
Nous, Bernadette, Bruno, Clotilde, Josselyne, Marie-Madeleine, Muriel sa grande amie, avons partagé ce moment émouvant de l'adieu avec sa famille, effondrée par ce départ soudain, inattendu, précoce....
Je me souviens encore du soir où j'ai prononcé le traditionnel discours lors de son départ en retraite - je n'en menais pas large car je n'ai jamais été à l'aise en public - il y a de cela neuf années...elle n'en aura pas profité longtemps !
Et puis j'ai prolongé un moment délicieux de partage avec Clotilde, qui nous a ramenées, Bernadette et moi, dans le 7° arrondissement avec sa voiture. La boucle du GIC était bouclée !