armeeducrimeSi vous aimez les polars ou les fresques historiques, ce film est fait pour vous.Facture classique, multiplicité des personnages, nuance des sentiments, justesse des acteurs, précision de la reconstitution et des lieux (enfin un film tourné à Paris et pas à l'est), musique efficace (Alexandre Desplat)...Tout y est pour passer deux heures 19 même en connaissant  la terrible fin, en se disant que c'est un beau film.

Affiche_rouge

Une pléiade d'acteurs jeunes et peu connus, autour de quatre grands noms : Simon Abkarian, sombre et torturé, magnifique, Virginie Ledoyen, émouvante et belle, Jean-Pierre Darroussin (pour une fois en salopard) et Ariane Ascaride, complices de toujours de l'auteur, impeccables.
A souligner aussi particulièrement : Grégoire Leprince-Ringuet (Thomas Elek), Robinson Stevenin (Marcel Rajman), Lucas Belvaux et Adrien Jolivet (Henry Krasucki).

Chacun se souvient de l'"Affiche Rouge", cette opération de propagande menée par les allemands après la capture du réseau  FTP-MOI* qui les avait défiés par une série impressionnante d'attentats terrorristes. Ici, c'est la glorification des héros de la Résistance venus d'ailleurs : immigrés espagnols ayant combattu Franco en Espagne, rescapés des massacres d'Arméniens, juifs récemment intégrés et dont les parents sont confiants en la France, patrie Des droits de l'homme. Au début, une bande de jeunes qui alignent des soldats et des officiers allemands au hasard. Ensuite, leur prise en mains par le Parti Communiste, qui les approvisionne, les structure, leur donne des objectifs de plus en plus spectaculaires et même suicidaires...quitte à les "larguer" pour en faire de commodes martyrs.

armeeducrime2La thèse du lâchage du groupe Manouchian par la Direction du PCF a longtemps été évoquée. C'est celle qui est induite par le scénario. Selon de récentes archives russes, allemandes et françaises, elle est aujourd'hui réfutée (cf. Denis Péchansky).
Qu'importe : après la lecture du livre de Daniel Cordier, "Alias Caracalla", on peut comprendre combien ces Résistants, cette armée d'hommes de l'ombre, souvent des gamins, pouvaient constituer des cibles vulnérables parce qu'imprudentes, et facilement repérables puisqu'immigrés.

Et c'est la première fois que l'on voit à l'écran les exploits d'un homme que notre génération à connu comme l'un des principaux négociateurs de la CGT, Henry Krazucki, rescapé de la Shoah.
En filigrane aussi, comment le désespoir vous fait basculer dans le terrorrisme, comment l'administration de Vichy était au service de la puissance occupante, devançant ses désirs....A méditer encore et toujours.

*Francs Tireurs et partisans - Main d'Oeuvre Immigrée