affiche_Pr_sidentDans le genre "chronique de campagne électorale", on connaissait - et appréciait beaucoup pour ma part - Serge Moati. Maintenant, il va falloir aussi compter avec Yves Jeuland. Son film de la dernière campagne électorale de Georges Frêche est un magnifique témoignage. Ni hagiographie, ni portrait-charge. Simplement la réalité toute crue d'une équipe de conseillers peinant à maîtriser un vieux routier de la politique, qui domine de la tête et des épaules des adversaires inconsistants.

Yves Jeuland filme les travaux pratiques de Shun Zhu et de Machiavel, en faisant oublier sa caméra. Et on assiste à ce dernier combat, victorieux avec panache, certes, mais finalement le combat de trop. C'est une autopsie à vif d'une bête de scène, fascinée par les micros et les caméras, d'un "bon client" pour les ténors du journalisme, comme Jean-Pierre Elkabbach qui - à 72 ans lui aussi - se déplace à Montpellier pour venir interviewer le Président. Mais on perçoit aussi à quelles acrobaties médiatiques un candidat doit se plier pour faire de l'audience : le Grand Journal, le Grand Jury, les talk shows où on vous met en scène avec des amuseurs publics, juste pour provoquer le "bon mot", la saillie qui fera les gros titres ...

_quipeJe ne veux pas entrer dans des considérations politiques, finalement assez banales. Ce n'est pas le propos. Ce qui est décrit touche à l'intime. A la médiocrité des équipes, au phénomène de cour autour d'un personnage hors du commun que sa mégalomanie pousse à déclarer "Je me suffis". Autre caractéristique de ce milieu : l'absence de femmes. On aperçoit un peu les deux filles du Président, et un quart de profil de son épouse. Mais lui, il déborde, occupe tout le terrain, mentant à tour de bras à ses électeurs pour pousser une larme car
« en campagne, on peut raconter n'importe quoi et mentir » , souffrant comme un martyr de son surpoids, de sa hanche "bousillée", de l'épuisement d'une campagne où on lui aura finalement, en l'excluant de son parti pour cause de dérapages verbaux effectivement inadmissibles, apporté les voix de ses concitoyens tous unis contre les "escarpins vernis du 6ème arrondissement".

Un film d'une grande qualité humaine, qui doit faire réfléchir sur ce qu'est devenu le combat politique local