gergorinCe film n'intéressera que les plus fanas de la politique, et sans doute pour cette raison (?) n'est-il distribué que dans trois salles à Paris. Pourtant, en le visionnant, on apprend plein de choses sur la nature humaine, à défaut de connaître la vérité. Il prouve en tous cas que notre pays dispose d'une justice libre, même si elle n'est pas toujours parfaite, et qu'un délit n'est constitué qu'à partir du moment où il est précisément défini dans le Code Pénal.

N’attendez pas de moi que je vous livre mon interprétation de cette ténébreuse affaire, qui nous a tenus en haleine pendant plusieurs mois et qui a fait l’objet d’un jugement en première instance, puis repassera en appel à partir du 11 mai prochain. On ne commente pas une décision de justice.

Je vous dirai seulement que j’ai adoré les qualités du film : sa clarté, son humour, le découpage et le titrage des séquences, les commentaires « off », les vues des protagonistes au Palais de Justice, la haie de micros et le siège des journalistes, la pression palpable sur les avocats, pourtant tous des ténors du barreau, les regards perdus des prévenus au sortir de la salle d’audience, les commentaires donnés par deux personnes âgées qui représentent à mes yeux le « chœur antique ». Une mention particulière pour les croquis d’audience, qui nous font vivre les attitudes des uns et des autres.

lahoudEt avant tout la qualité des acteurs. Interviewés comme tels, ils n’ont pas tous souhaité apparaître, et c’est leur droit. Manquent donc à l’appel Dominique de Villepin, Philippe Rondot et le journaliste à l’origine de l’affaire Cleartream, Denis Robert. Pour ceux que l’on voit expliquer leur vision de cet imbroglio, après le procès mais avant le verdict, des comédiens professionnels n’auraient pas fait mieux. On y découvre que Imad Lahoud, l’informaticien génial et menteur confirmé a un charme fou, que Jean-Louis Gergorin, polytechnicien et énarque, Conseiller d’Etat et numéro 2 d’ EADS reconnait avoir manqué de jugement et avoir été manipulé, la rudesse de l’avocat Herzog, tout d’une pièce et en retenue juste maîtrisée, la roublardise et le sourire moqueur de Maître Metzner, qui ne peut tenir quatre heures d'audience sans sortir fumer un cigare, le regard clair et sympathique du Procureur Jean-Claude Marin, le sourire ravageur et modeste du juge Renaud Van Ruymbeke lorsu'il admet s'être laissé manipuler…Tout un aspect de la vie politique où tous les coups sont permis pour abattre celui qui constitue un obstacle à l’ambition de gouverner. Qui manipule qui ? Qui laisse filer l’affaire alors qu’il sait pertinemment que les listings ont été falsifiés ? Qui s’abstient de prévenir les collègues dont il apprend la mise en cause ? Qui laisse s'enferrer les manipulateurs pour que l'affaire leur explose au visage ?…

Dans une certaine mesure, chacun ment, soit sciemment, soit par omission, soit pour protéger l’autorité supérieure. Même le Général, statue du Commandeur attrait à la barre, renâclera devant la raison d’Etat et gardera une partie de ce qu’il sait pour lui, au risque d'y laisser des plumes.

affichebalmenteursPourtant, après quelques mois, on se demande quelle folie hystérique a poussé des hommes si supérieurement intelligents dans cette galère : comment croire que les noms figurant sur les fameux listings pouvaient correspondre à des personnes réelles : qu’allaient faire parmi les quatre hommes politiques qu’on voulait discréditer – au moins par un doute – Laëtitia Casta ou la chanteuse Alizée ? A croire que ceux qui avaient fabriqué les listings souhaitaient qu’on découvre la supercherie ! Mais cela n’a pas sauté aux yeux de ceux qui voulaient que les listings soient authentiques.

Juste quelques semaines avant le procès en appel, le film est d’une redoutable efficacité, même s’il ne restitue pas l’ambiance de guerre civile qui régnait à l’époque pour la prise de pouvoir au niveau du parti majoritaire, puis de la Présidence de la République.

En tous cas, pour notre part, nous comprenons mieux ce qui s'est vraisemblablement passé. Mon étonnement reste entier sur le fait qu’un tel ouvrage soit possible, et qu'il ait trouvé le financement nécessaire. Vive la liberté de la Presse et de l’expression. Et attendons le deuxième round !