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27 juin 2012

Pays de Cocagne, terre du pastel

pastel

Parmi les différentes origines prêtées à l’expression « pays de cocagne » qui apparaît au moyen-âge, il en est une très claire : c’est le pays de production du pastel, dans la région du Lauragais et de l’Albigeois. J’ai voulu en savoir plus sur cette source fugace d’immenses richesses pour les villes du grand Sud-Ouest qui virent fleurir de somptueux hôtels particuliers (comme l’hôtel d’Assédat à Toulouse). Les « coques » ou « coquaignes » désignent les petits pains de pastel fabriqués à partir de la plante dont était extraite une teinture bleue.

pastel en fleur

Le pastel était une plante cultivée à l’intérieur d’un triangle Toulouse – Albi – Carcassone. On en tirait une teinture : le "bleu pastel", la seule permettant aux textiles de résister aux lavages successifs.

cocagne

La plante, de son nom latin « Isatis tinctoria » apparentée à la famille des choux, radis, colza, etc. était connue depuis l’Antiquité et pouvait servir, accessoirement, de nourriture au bétail et on lui reconnaissait même quelques vertus médicinales.

En Occident, le bleu s’est imposé au Moyen-Âge, car c'est la couleur de la Vierge. Le roi Saint-Louis, profondément dévot, l'adopte, au XIIIe siècle. Avec lui, toute la noblesse. Si bien qu'aux XVe et XVIe siècles, le pastel pousse en terrain conquis.

pigment-bleu

Le pastel permet de produire tous les bleus. Du bleu naissant au bleu d'enfer, la gamme tinctoriale de ce colorant végétal est exceptionnelle. Sous François 1er, les teinturiers de toute l'Europe ne juraient que par lui. A cette même époque, les villes de Toulouse, Albi-Carcassonne formaient le triangle d'Or du Pastel. C'est là qu'on fabriquait ces petites pelotes à base de feuilles de pastel hachées dans les moulins pasteliers, puis fermentées et mises à sécher plusieurs mois.

La teinture bleue est extraite des feuilles de la plante. Les feuilles se détachent facilement par simple torsion lorsqu'elles ont atteint leur maturation au solstice d'été. La récolte se poursuit de juillet à la mi-septembre jusqu'à ce que la plante ne possède plus de feuilles. Puis on les écrase en les mélangeant à de l'eau pour en exprimer une pulpe que l'on comprime sous forme de boulettes ou « cocagnes » de quelques centimètres. Ces boulettes (de 10 à 15cm de diamètre) fermentent en séchant pendant un à deux mois. On les protège de tout risque de moisissures, en les stockant au dernier étage ouvert à tout vent des maisons, le souleillou.

moulinpastel

Au bout de cette période, les cocagnes sont écrasées dans un moulin et la poudre est additionnée d'urine pour provoquer une oxydation : on obtient ainsi une pâte qui, séchée, donne la poudre tinctoriale, contenant de l'indigotine. La teinture se révèle par oxydation, elle est ensuite d'une très grande stabilité. Il faut 1 tonne de feuilles de pastel pour produire 2 kilos de pigments.

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A noter que la culture du pastel épuise rapidement la terre qui l’accueille. Le pastel était donc cultivé en alternance avec d’autres céréales, si bien que sa production pouvait connaître de fortes fluctuations. A la grande époque, on produisait jusqu’à 15 tonnes de pastel dans le Lauragais et 22 en Albigeois. Cependant, la culture du pastel en Europe a décliné avec l'arrivée de l'indigo au XVIIe siècle. Elle a disparu presque totalement à la fin du XIXe siècle, suite au développement de teintures chimiques bleues.

 

Le pastel des peintres a vraisemblablement été inventé en France et en Italie à la fin du XVe siècle. Il connaît son âge d'or pendant le XVIIe siècle, où ses couleurs franches et son aptitude à imiter fidèlement les tissus, les textures et les lumières le rendent indissociable de l'art du portrait. Au XVIIIe siècle, le pastel connaît son apothéose.

quentin de La tour

Il est notamment utilisé par Maurice Quentin de La Tour, portraitiste officiel de Louis XV et "prince des pastellistes", qui met au point une méthode de fixation du pastel aujourd'hui disparue. Le pastel, symbole de la grâce de l'Ancien régime, tombe en désuétude peu après la Révolution au profit de la peinture à l’huile. Il continue toutefois à être utilisé, notamment par les impressionnistes (Edgar Degas) et par les nabis (Édouard Vuillard), ainsi que par Odilon Redon.

En somme, une saga industrielle telle que nous en connaissons de nos jours, avec un engouement mondial, un âge d'or, puis un progrès technique révolutionnaire et le déclin irrrémédiable d'une activité lucrative. A méditer ...

Posté par Bigmammy à 09:48 - Journal de bord - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Le magnifique hotel Assédat toulousain où se trouve le musee Bemberg avec sa collection de Bonnard

    La ville de Lectoure qui vit aussi du renouveau du pastel
    Quel beau pays ce sud-ouest!

    Posté par Martine, 27 juin 2012 à 13:47
  • tien c'est ma région d'adoption et je découvre!!
    merci
    bonne journée

    Posté par zabelle, 30 juin 2012 à 16:14

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