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10 novembre 2012

Le mystère Frontenac, roman de François Mauriac (1933)

Je continue ma lecture systématique de l'oeuvre de Mauriac ...

mystèrefrontenac

Les Frontenac, une nouvelle famille, apparentée aux Péloueyre. L'auteur déroule ici, une fois de plus, son histoire personnelle et familiale : derrière le thème de l’immuable prégnance des liens familiaux, de l’entrelacement des branches de la famille, du poids de la continuation d’une entreprise, d’une tradition devenant parfois écrasante, c’est le destin d’Yves, jeune homme malingre, à la paupière tombante et à la poitrine étroite, mais hyper doué et  que l’on dirait aujourd’hui enfant précoce qui est le centre du roman. Son talent littéraire, découvert avec beaucoup de tendresse  par son frère aîné, lui permet d’échapper au destin préétabli de toute la famille. Il ira vivre à Paris, se mêlera au monde, sans toujours pouvoir supporter les déceptions de cette vie stérile. Mais la vigilance et l’amour fraternel de Jean-Louis, son aîné toujours inquiet, qui renonce à ses ambitions philosophiques pour prendre la suite de la maison de commerce familiale, le sauveront in extremis de son pessimisme viscéral.

Ici encore, Mauriac n’a pas cherché bien loin les modèles de ses personnages et les décors d’une action relativement réduite. La propriété de Bourideys désigne le chalet acheté par Claire Mauriac à Saint-Symphorien.

familleMauriac

Les promenades évoquées sur les bords de la Hure et au Moulin de Maryan sont celles que faisaient les Mauriac lorsqu'ils étaient en vacances. Le portrait de Blanche Frontenac correspond presque trait pour trait à celui de Claire Mauriac. Une veuve frustrée élevant dans une foi ombrageuse ses cinq enfants.
Il en est de même pour l'oncle Xavier en qui on reconnaît l'oncle Louis Mauriac dont la famille avait craint un moment qu'il désavantage ses neveux pour se marier. Le mystère Frontenac n’en est pas un : finalement, tout le monde sait qu’il entretient depuis des lustres une femme de petite condition (qui a « roulé ») à laquelle il refuse toute légitimité, comme il sied à la petite bourgeoisie de province à la veille de la Grande Guerre.

On retrouve donc les étés brûlants de Malagar, les bourgeois hideux, la chape de plomb de l’hypocrisie ordinaire. Et toujours cette introspection méticuleuse, mâtinée de sens du péché et de remords …

Moins cruel que le Nœud de Vipères, toutefois, mais surtout, quel style ! C’est là que réside le bonheur de lecture : l’évocation palpitante de ce coin des Landes, avec l’odeur de la résine et le bruit des mouches, le clapotement du ruisseau, le soleil vous clouant au sol, ou la fraîcheur de la bauge que le jeune Yves s’est ménagée au creux des vergnes …

Le mystère Frontenac, roman de François Mauriac (1933) Edité chez Grasset

Posté par mpbernet à 07:37 - Lu et vu pour vous - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Votre démarche littéraire m'a donné envie de faire de même. J'ai relu avec beaucoup d'émotion Le noeud de vipères.

    Posté par Prairie 86, 11 novembre 2012 à 10:45
  • réussite !

    Il me semble qu' il s' agit plutôt de ses souvenirs de St Symphorien dans la Grande Lande où les Mauriac avaient une propriété, et pas Malagar qui se trouve dans la vallée de la Garonne au milieu des vignes. A voir absolument par les "mauriaciens" et les autres.
    Ce roman est cependant différent des autres, moins noir, plus "social"déjà. Ceci pour dire que Mauriac est un grand écrivain qui n' a cessé de dénoncer sa classe.

    Posté par ellebeuse33, 30 octobre 2015 à 17:34

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