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Dans le processus progressif – quoique tardif – de prise de conscience de la classe politique et de l’opinion publique de la responsabilité de la France dans l’arrestation, l’internement, la déportation des Juifs, nous devons nous intéresser aussi à l’aspect économique de la politique antisémite menée dans toute l’Europe à partir des années 30 et en France dès les débuts de l’occupation : la spoliation des biens juifs.

Ce fut une des premières mesures prise à l’encontre des Juifs après leur mise au ban de la société par un statut spécifique : les priver de tout moyen d’existence en confisquant leurs biens, en les vendant aux enchères, en en confiant la gestion à des professionnels (notaires, experts comptables, acquéreurs, architectes )… C’est ce qu’on appelle l’ « aryanisation ». Dernière étape avant l’anéantissement physique avec l’arrestation, la déportation et la solution finale.

Comment cette politique publique, mise en œuvre grâce à l’efficacité de l’administration française, dans son langage codé finalement toujours en vigueur, avec des formules d’une neutralité sinistre, « gommant» une réalité terrible. Ainsi, pendant l’été 1941, le recensement des Juifs vise à identifier leurs biens pour les confisquer et les vendre. Fin 1943, la quasi-totalité des biens identifiés est aux mains de l’Etat, gérée par des administrations provisoires. Cependant, à la Libération, 45% des biens n’ont pas été vendus. L’argent des ventes a été versé à la Caisse des dépôts et consignations, une partie revenant au profit du Commissariat aux questions Juives.

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Après la guerre, le Général de Gaulle se préoccupe très vite de la restitution, mais ses ordonnances rencontrent plus ou moins de zèle selon les régions. L’exposition montre, à partir de documents concrets, le circuit de plusieurs « affaires » à partir des archives du département de l’Isère. Des documents particulièrement émouvants.

D’abord, le brouillon de la loi portant statut des Juifs, annoté au crayon de l’écriture régulière du Maréchal Pétain … les affiches de ventes de propriétés – boutiques, petites ou plus grandes entreprises, terrains, maisons de vacances – ensuite les outils de propagande largement diffusés, permettant d’appuyer cette politique d’anéantissement économique, enfin, les résultats des restitutions menées après la guerre, tout au moins pour les familles qui sont revenues. Pour les autres, toutes les autres, il aura fallu attendre la déclaration de Jacques Chirac du 16 juillet 1995 pour que l’on se préoccupe avec plus d’énergie de rendre aux héritiers leurs avoirs, notamment bancaires. La Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France est créée en mars 1997.

Les documents, tels qu’on peut les lire dans leur réalité sans voiles – comme cette lettre du Comité social d’une entreprise iséroise de ganterie demandant à l’Administration de ne pas les priver de leurs bons patrons juifs – parlent d’eux-mêmes. Je n’avais pas connu une telle émotion depuis la lecture en direct des lettres de dénonciation de Français à l’encontre d’autres Français exposées au Musée de la Résistance de Besançon. Pauvre France ….

Exposition au Mémorial de la Shoah, tous les jours sauf le samedi de 10h à 18h. 17 rue Geoffroy-l'Asnier Paris 4ème. Jusqu'au 29 septembre.