Je continue ma relecture des trésors de ma bibliothèque des bandes dessinées des premières années du siècle....

couvbleu

Là, c’est un roman noir de chez noir.

Une histoire absurde, qui pourrait tomber sur coin du bec de n’importe qui, un scénario en boucle qui emmène le lecteur aux côtés de Georges Gerfaut, cadre technico-commercial au mitan de sa vie, qui s’emmerde et va s’attirer de terribles emmerdes.

Le style de Jean-Patrick Manchette, c’est le désespoir d’une société pourrie. La vie de Manchette, c’est celle d’un type doué, pensant à l’extrême gauche, d’origine modeste mais qui réussit à intégrer Normale Supérieure et laisse tout tomber pour l’écriture et le cinéma, avant de mourir à 43 ans d’un cancer. Rien à espérer.

bleuplanche

L’histoire de son anti-héros, amateur de jazz West Coast (un clin d’œil au titre, qui sait ?), qui se débrouille tout de même pour survivre malgré tout, mais rentre tout bêtement au bercail après une cavale de plusieurs mois, est d’une tristesse absolue, et cependant tout à fait plausible. C’est celle, diront les spécialistes de « l'aliénation de l'individu dans la société marchande contemporaine... » Faut le savoir. On aime ou on n’aime pas.

Ce qui rend l’ouvrage intéressant, ce sont les dessins de Jacques Tardi, mais je ne suis pas tout à fait objective. Un festival de trognes, d’yeux mi-clos, de blessures saignantes, de paysages de montagne bousculée d’un réalisme inquiétant.

Les truands en slip moulants, lunettes rondes fumées et clafis de tatouages, le vieux commanditaire ventru, suant de peur et à poil, la description de la station balnéaire sont des morceaux d’anthologie. Deux univers à l’unisson, Tardi l’anarchiste et Manchette le situationniste, font bien la paire !

Le petit Bleu de la côte ouest, BD d’après le roman de J-P Manchette (publié en 1976),  illustré par Jacques Tardi (2005), aux Humanoïdes associés, réédité chez Futuropolis, 78 p. 16.25€