Un beau film, un peu lent, en noir et blanc, qui nous fait partager une petite part de la genèse d’une sculpture : du croquis à la figurine en terre glaise de petit format, puis à la terre au format définitif, puis au plâtre et enfin le marbre.

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Nous sommes à l’été 1943, à la frontière franco-espagnole. Marc Cros est un sculpteur reconnu, à la fin de sa vie. Il vit avec son épouse Léa, son ancien modèle. Il ne travaille plus depuis le début de la guerre jusqu’à ce que Léa repère la jeune Mercé, une belle réfugiée espagnole au corps splendide, qui va lui redonner le désir de créer, et pas seulement de créer. Un thème traité récemment dans le "Renoir" de Gilles Bourdos.

Là, le huis-clos est presque total. La jeune femme a du caractère, elle est plus que belle, elle va se prendre au jeu et accompagner l’artiste … presque jusqu’à la mise au point finale de l’œuvre. Un scénario – coécrit avec Jean-Claude Carrière – qui n’est pas sans rappeler la vie d’Aristide Maillol et de son modène Dyna Vierny.

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Tout le charme de ce film est dans l’interprétation éclatante de Jean Rochefort (83 ans) et de sa partenaire, la jeune Aida Folch. Claudia Cardinale joue aussi sa partie tout en finesse et en indulgence. Une superbe réflexion sur l’inspiration et la fin de vie. Des paysages éclatants de lumière, superbement rendus par le noir et blanc, l’absence presque totale de musique, la reconstitution sans affêterie d’une petite ville pendant l’occupation. Bref, beaucoup d’émotion. Ce que l’on demande à un bon film que son interprète principal considère comme un chef-d’œuvre.

Un moment de grâce : celui où le vieux sculpteur livre à son modèle son secret de la preuve de l’existence de Dieu à travers la création de la femme.