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01 août 2013

La fièvre d'Urbicande, BD de Schuiten et Peeters

L’un des chefs-d’œuvre de Schuiten et Peeters. Prix du meilleur album, Angoulême 86. Deuxième opus de la série des Cités obscures. Une trouvaille parmi les livres laissés en dépôt par Nicolas, le papa de Romane et Dorian ...

 

Urbicande

Urbicande est une ville en pleine reconstruction. Tout y est planifié de façon rationnelle. Les personnages portent des noms à consonance germanique comme Eugen Robick, l’ « urbatecte » en chef qui a conçu cette cité idéale, telle la Germania jamais construite par Hitler …  Ici aussi, comme dans le Berlin d’avant 1989, la cité est divisée en deux secteurs parfaitement étanches. Passer d’une rive à l’autre du fleuve, en dehors des points de contrôle situés sur les deux ponts déjà construits, peut coûter la vie … Pourtant l’architecte-urbaniste fait tout ce qu’il peut auprès des autorités pour construire ce troisième pont qui achèvera la symétrie du projet ….

Mais les dirigeants s’y opposent : pas question de faciliter l’intrusion des « pauvres » de la rive nord dans la partie policée d’Urbicande. C’est sans compter sur la découverte d’un étrange petit cube qui va bouleverser la tranquille perspective de la ville et la réunifier dans une fugitive utopie.  Un cube dont les arêtes  vont croître, croître, indéfiniment, transperçant cloisons, maisons, corps, de façon irrépressible …. Une extraordinaire vision de l’incapacité humaine devant un phénomène qui dépasse l’entendement. Un développement subversif qui fait exploser les institutions et relie les hommes, une vision prophétique de ce qui va se passer avec l’écroulement du monde soviétique – la BD a été publiée en 1986 !

 

urbicande

Graphiquement, Schuiten joue sur les deux plans de l’architecture classique des années 30, telle celle des gratte-ciel emblématiques de New-York ou de Chicago, et aussi avec une référence explicite aux immeubles de la Sécession viennoise. La beauté formelle du dessin, l'utilisation exclusivement du noir et du blanc, les détails des costumes clairement datés de la première partie du XIXème siècle, un peu à l’image de Schubert … créent un espace-temps tout à fait particulier. Cependant,  les références politiques sont très contemporaines.

Quant au scénario, son caractère fantastique et poétique laisse pantois … Je ne connaissais que « La Tour », le troisième opus … cet épisode est un délice.

La fièvre d’Urbicande, de Schuiten et Peeters (1985), édité chez Casterman, 94 p. 17€

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