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29 septembre 2014

La nuit, in extrémis, polar historique d'Odile Bouhier

Bouhier

C'est le troisième roman de cette jeune écrivaine et scénariste (après Le sang des Bistanclaques et De mal à personne), que j'ai découverte grâce à Gérard Collard, et à mon avis, le plus abouti.

On y retrouve le commissaire Victor Kolvair, le professeur Hugo Salacan et son brillant assistant Jacques Durieux, Bianca Serragio l'aliéniste féministe, le terrible procureur Rocher et ses ambitions politiques, le légiste homosexuel Damien Badou, l'inspecteur des brigades du Tigre Julien Legone, cinéaste porno à ses moments perdus  … dans l'atmosphère de brume glacée et poisseuse d'une nuit sanglante.

Moi, j'adore ces sagas avec des héros que l'on finit par connaître, aimer ou haïr ...

Lyon, novembre 1921. Les séquelles de la Grande Guerre s'imposent aux survivants. Le commissaire lui-même y a laissé sa jambe et, pour calmer sa douleur, recourt à la cocaïne. Totalement accro, il cesse quelques minutes de surveiller un jeune suspect, Anthelme Frachant, tout juste libéré de prison après s'être mutiné en 1917 au Chemin des Dames.

Cependant, Kolvair le soupçonne aussi d'avoir découpé en morceaux, sur le champ de bataille, un de ses camarades et de ne pas tarder à récidiver. Peu de temps après son élargissement, le jeune Anthelme apparaît en effet être l'auteur d'un effroyable carnage : trois cadavres atrocement suppliciés sont retrouvés dans la pension de famille où il loge. Les preuves scientifiques sont accablantes, alors que l'auteur des crimes se rend spontanément, en état de démence apparente, à la police.

Toute la question est de savoir si Anthelme simule la folie pour échapper au châtiment ou souffre réellement d'une maladie mentale. Le procureur insiste pour le faire déclarer responsable, Bianca Serragio le considère comme schizophrène, obéissant à des voix qui lui imposent ses crimes. Est-ce un syndrôme post traumatique (comme on dirait aujourd'hui) ou était-il malade avant la guerre dans laquelle il s'est volontairement engagé à l'âge de 15 ans ? Est-il susceptible de tuer à nouveau, de se suicider ?

La psychiâtrie est encore balbutiante, comme les analyses de la police scientifique, mais l'on cotoie ici Edmond Locard, père de la théorie de l'échange, également expert en graphologie, ainsi que le suisse Rorschach et ses célèbres tests tout juste publiés. Une documentation sérieuse – en particulier sur le front du Chemin des Dames – étaye le propos et l'actualité - tout le monde se passionne pour le procès Landru à Paris - apprend une foule de notions au lecteur.

C'est une intrigue bien construite en épisodes brefs, un peu foisonnante en digressions cependant savamment orchestrées (chantage, intervention d'un corbeau imitateur, infiltration dans les milieux anarchistes, attentats, recherche médicale …). L'analyse, sombre mais réaliste, des ressorts psychologiques des protagonistes plonge dans l'enfer de ces années de deuil. Les ravages de la guerre sont indélébiles et le resteront encore longtemps.

Bref, un excellent roman qui fournira matière à une excellente série télé – c'est du moins ce que j'espère !

Une petite réserve cependant : pourquoi l'auteure persiste-t-elle à affubler ses personnages de noms ridicules ?

 

La nuit, in extrémis, polar historique d'Odile Bouhier, éditions 10/18 Grands détectives, 282 p. 8

Posté par mpbernet à 07:58 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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