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02 janvier 2015

Garibaldi, biographie de Pierre Milza

 

CouvertureMilza

J'avais oublié combien le nom de Garibaldi pouvait évoquer de symboles, d'idées révolutionnaires, de batailles et de sanglantes blessures. J'aurais dû me souvenir du nombre de rues ou de places qui portent ce nom illustre non seulement en Italie mais aussi en Amérique latine et dans notre pays.

Ce n'est pas l'histoire d'une vie, c'est toute une épopée. Bien entendu, Pierre Milza déborde d'admiration pour son sujet, mais vraiment, il y a de quoi ! C'est une trajectoire humaine et historique absolument fantastique à l'échelle de tout le XIXème siècle et à travers plusieurs continents.

Car la vie de ce simple citoyen né niçois (et donc Français, mais il sera aussi Italien et citoyen des Etats-Unis) en 1807 est plus riche d'événements que celle du plus pur héros de feuilleton. C'est si vrai qu'il a demandé à Alexandre Dumas de superviser l'écriture de ses mémoires, qui décrivent plus d'épisodes que d'Artagnan et les Trois Mousquetaires réunis.

Pas question donc de la résumer ici. Mais une occasion de réviser une tranche capitale de l'histoire des relations européennes à travers le lent et cruel processus d'unification de l'Italie, aussi confus et dépourvu d'espoir d'une issue favorable pendant plus d'un demi-siècle. Ce qui n'est pas sans rappeler certains conflits actuels.

En 1860, ni la France ni la Grande-Bretagne autrefois associées dans la guerre de Crimée (déjà !) et concurrentes, ne souhaite que l'Italie fasse son unité : l'Angleterre parce qu'elle veut rester maîtresse des routes de Méditerranée, la France à cause de la question Romaine.

 

Giuseppe_Garibaldi (1866)

Pourtant, bien avant cette date, Giuseppe Garibaldi a déjà acquis l'étoffe d'un héros. Banni du Piémont en 1834 pour avoir fomenté une révolte à Gènes, il est parti combattre au Brézil, ou plus exactement dans la guerre de sécession du Rio Grande do Sul et en Uruguay. Ce qui explique l'accoutrement étrange qu'il arbore tout au long de sa vie : le poncho sur la chemise rouge (qui vient d'un stock de chemises destinées aux ouvriers des abattoirs). Il y a trouvé la gloire et une femme intrépide qui combattra avec lui jusqu'à la mort : Anita.

Trompe-la-mort, marin intrépide, cavalier puissant, homme du peuple totalement désintéressé au point de faire vivre très modestement sa famille en refusant bien des pensions, talentueux tacticien, meneur d'hommes, séducteur de toutes les femmes, anticlérical et franc-maçon résolu, obsessionnellement opposé au Pape qu'il considèrera jusqu'à la mort comme un obstacle à l'unification de sa Patrie, Garibaldi est un personnage vraiement hors du commun.

Ses relations tumultueuses avec Mazzini, l'autre chantre du Risorgimento, l'attitude ambiguë de Napoléon III, le choix du républicain sincère de faire allégeance au roi Victor-Emmanuel comme seul détenteur de la force nécessaire à réunir les Etats italiens, l'engagement tardif mais héroïque aux côtés de la République Française en 1870 dans l'Armée des Vosges … Le héros des Deux mondes, devenu avec l'âge et les terribles rhumatismes qui le clouent dans son fauteuil le vieux lion de Caprera étonne à chaque instant.

Ce qui me surprend le plus, c'est la capacité d'enrôlement des hommes de cette époque, pour des combats aussi fratricides que dangereux. D'un bout à l'autre de la période et pratiquement jusqu'à sa mort en 1882, Garibaldi continue à rassembler autour de son nom et de sa renommée. Un héros devenu une légende à l'échelle du monde.

Bref, une biographie étourdissante …

 

Garibaldi, par Pierre Milza, édition de poche chez Fayard/Pluriel, 736 p., 12 €

 

 

 

Posté par mpbernet à 07:44 - Lu et vu pour vous - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires

    L'expédition des milles

    Chère Marie-Pierre,
    à l’occasion de ces premiers posts de 2015, merci e t bonne année, d’abord !
    Pour les siciliens, Garibaldi est un personnage dont le nom s’entremêle parfois aux souvenirs de famille. Une vielle chemise rouge, toute percées et noircie, se trouve exposée chez ma tante, soigneusement gardée sous un cadre, loin de la lumière. Mon père me raconte encore d’un cousin d’une de ses arrière-tantes qui s’est enrôlé en 1860 avec Garibaldi lors du débarquement à Marsala, pour l’annexion du royaume des deux Sicile à celui de Sardaigne. Ce ne fut pas une histoire simple : les malheurs de la Sicile d’aujourd’hui trouvent partie de leurs origine dans cet événement. Le passage des Bourbon aux Savoie s’est accomplie par les premiers accords avec la mafia, la cession de terres, l’établissement en règle d’un cadre normatif totalement dérogatoire dans une vision politiquement contradictoire et confuse. Sujet tout à fait passionnent.
    Abbracci pour un très joyeux 2015 !

    Posté par Zeila, 02 janvier 2015 à 09:02
    • Quel passionnant témoignage ! A l'occasion de cette biographie, j'ai mesuré la violence de ce XIXème siècle de guerres incessantes, au nom du principe des nationalités, et ce que durent supporter les populations ...Notre époque de conflits la continue ...

      Posté par mpbernet, 02 janvier 2015 à 09:22
  • Naissance

    Bonne année à tous.
    Pourquoi Garibaldi né en 1807 etait-il né français ? Je croyais que Nice et la Savoie n'étaient redevenues françaises que vers 1860 ou autour . ...plus tard ?....

    Posté par Christine, 03 janvier 2015 à 04:57
    • Parce qu'en 1807, du fait des conquêtes des armées révolutionnaires puis de Napoléon Ier. la région de Nice était un département français ! Souvenons-nous des départements des Bouches du Tibre ( chef lieu : Rome !), des Bouches de l'Elbe, de l'Escaut ou de la Meuse ( chef lieu : La Haye) ....

      Posté par mpbernet, 03 janvier 2015 à 09:20
  • Peut-être connaissez-vous aussi l'association Ancêtres Italiens (rue des Vinaigriers à Paris) et qui s'appelle "Les Garibaldiens"

    Posté par HélèneD, 03 janvier 2015 à 13:56
  • La chambre de Garibaldi.

    Dans sa demeure de Guernesey Hauteville-House,Victor Hugo, alors célèbre proscrit avait baptisé une des chambres:"La chambre de Garbaldi" en l'honneur du héros dont il avait longtemps espéré la visite.

    Posté par Machka, 03 janvier 2015 à 20:31

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