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12 juin 2015

La toilette : naissance de l'intime

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Une façon de surprendre une femme à sa toilette, c’est à dire nue ou à peu près, dans son bain, seule ou avec une amie, ou, plus surprenante habitude des temps jadis, en présence de spectateurs, ou plus simplement choisissant des couleurs de fards, posant des mouches, se limant les ongles …

 

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C’est une rétrospective inédite que nous propose le nouveau directeur du musée Marmottant, Patrick de Carolis, un peu voyeuse et dans certains cas – mais nous pardonnons volontiers à François Boucher – franchement licencieuse qui permet de représenter les moments intimes où la femme soigne sa beauté.

Une histoire chronologique des rituels d’hygiène corporelle  et des objets et produits qui s’y rattachent. Et c'est l'accumulation des oeuvres portant sur le même sujet qui étonne.

On s'y étonne par exemple sur le fait qu’au XVIIème siècle, l’eau fait peur : rare, elle est réputée propager des maladies, être mauvaise pour la peau. La toilette ne fait appel à elle que pour se tremper les doigts dans un bassin de la grandeur d'une grande assiette... On fait alors une toilette « sèche ». Dans le même temps, les « spectateurs » disparaissent.

L’intimité se pare de mystère, on entre bientôt dans le domaine de l’indécence. Quelques gravures de petit format sont particulièrement explicites, images bien plus osées que tout ce que la photographie nous montre aujourd’hui, mais réservées à l’élite fortunée …

Etrange aussi, l’allégorie appuyée de la femme au bain couplée avec le symbole de la fécondité : dans les deux peintures extraordinaires de la Renaissance – La Dame au bain de François Clouet (1571) et à côté la favorite Gabrielle d’Estrées montrant sa belle poitrine en compagnie de son amie  la duchesse de Villars - l’artiste a aussi représenté une nourrice et un enfant au sein.

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Cependant, le tableau moderne « Gaby d’Estrées » (1965) par Alain Jacquet les a complètement effacés ! O tempora, o mores !!!  Qui donc de nos jours accepterait de se laisser photographier en telles postures ? A croire que la pudeur est réellement un phénomène culturel, avec des facette étranges puisque nous exhibons nos corps sans gêne sur les plages de nos vacances …

Les périphrases sont classiques : Suzanne et les vieillards, Vénus au miroir … le nu féminin à sa toilette inspire les plus grands artistes et l’exposition nous offre un panorama diversifié de la façon d’appréhender l’intimité à travers les siècles. On se souviendra des toiles de Georges de La Tour (la femme à la puce), Edgar Degas, Edouard Manet, Berthe Morisot, Pierre Bonnard et sa femme dans la baignoire (une nouveauté qui nous est aujourd’hui si familière), l’extraordinaire pastel de Toulouse-Lautrec de cette belle femme soignant ses ongles, et deux T.A. Steinlein.

 

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Une exposition qui fait réfléchir à nos mœurs contemporaines et à notre vision du corps féminin, à laquelle ne refusera pas de vous accompagner votre compagnon ….

 

La toilette, naissance de l’intimité, exposition au musée Marmottant-Monet, 2 rue Louis Boilly, Paris 16ème, jusqu’au 5 juillet.

Posté par mpbernet à 07:56 - Lu et vu pour vous - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

    Si vous voulez creuser un peu plus ce sujet passionnant, je vous conseille de lire "Le propre et le sale : L'hygiène du corps depuis le Moyen Age" de Georges Vigarello. Je pense aussi que je vais aller voir cette expo qui complète le sujet !

    Posté par Noclea, 12 juin 2015 à 08:49
  • @Noclea

    Georges Vigarello est en effet un des commissaires de cette exposition !

    Posté par marie-pierre, 12 juin 2015 à 09:50

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