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13 juillet 2015

Victoires perdues, mémoires d'Erich von Manstein

 

La critique de Claude :

manstein

Le général von Manstein a la réputation d’avoir conçu l’offensive allemande de mai-juin 1940. Comment les Allemands de 1940 ont-ils accompli ce « coup de faux » que leurs pères de 1914-18 avaient raté ? Comment ont-ils su utiliser la puissance offensive des blindés couplés à l’aviation d’appui pour écraser l’armée française ?

C’est une des questions essentielles que se pose un Français passionné par la Seconde guerre mondiale. Bien sûr la meilleure réponse  se trouve dans l’œuvre étincelante de Basil Liddell Hart (notamment « Les généraux allemands parlent »), mais la lecture des Mémoires de Manstein peut-elle apporter un éclairage supplémentaire ?

Dans une certaine mesure seulement, car Manstein avait des rivaux, comme Guderian, à la gloire desquels il ne veut pas contribuer. Toutes les Mémoires sont des plaidoyers pour soi-même, celles là comme les autres.

A noter, cependant, une confirmation utile sur Dunkerque : oui, Hitler a délibérément ordonné à ses blindés un arrêt de 3 jours pour permettre aux Britanniques de réembarquer leur Corps expéditionnaire, afin sans doute de leur éviter une humiliation alors qu’il comptait leur proposer une paix « honorable » après la défaite française.

De mai 1941 à mars  1944, Manstein a été le commandant de l’aile Sud du Front germano-soviétique ; il y a connu un succès, la prise de la Crimée, et beaucoup de retraites : son témoignage est essentiel pour comprendre Hitler comme chef de guerre.

Première observation : le Führer s’est toujours refusé à nommer un quelconque général en chef : toutes les décisions lui revenaient directement. Keitel et Jodl, que l’on a vu apparaître au moment de la déroute, n’étaient que des secrétaires techniques et des courroies de transmission.

Le trait essentiel de sa personnalité et de son commandement semble avoir été l’incapacité à admettre les réalités : il lui fallait des semaines pour comprendre qu’un repli était nécessaire. D’après Manstein (qui bien sûr explique ainsi ses échecs), cette mauvaise réactivité est, avec les ressources humaines et matérielles illimitées de l’adversaire, la raison de l’effondrement allemand. Au surplus, Hitler, comme Staline, n’a jamais approché le Front, peut être pour ne pas être confronté avec la réalité.

Manstein a  été condamné en 1947 à 18 ans de prison pour crimes de guerre et en a accompli 4. Des crimes commis sous ses ordres, il ne dit strictement rien dans ces Mémoires. Il décrit une guerre de chevaliers, saluant souvent le courage de ses adversaires. Les mots « juif » et « communiste » ne figurent dans aucune des 575 pages, pas plus que les conditions d’interrogatoires des partisans.

Un livre choquant, donc, mais utile.

 

Victoires perdues, mémoires d'Erich von Manstein (1951), traduit de l'anglais par René Jouan, présentation de Pierre Servent, éditions Perrin, 577 p., 25 €.

 

 

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