23 septembre 2015
Basilique et cathédrale de Saint-Denis
Claude et moi continuons de revisiter les sites de notre enfance ....
Au bout de la ligne 13, surgit la première cathédrale construite en France selon le style gothique, reconstruite plusieurs fois sur l’emplacement d’une chapelle abritant à l’origine la sépulture de Denis, le premier évêque de Paris. C’est au XIIIème siècle que l’abbé de la puissante abbaye, Suger, reconstruit le lieu de pèlerinage où Dagobert est enterré et où Pépin le Bref s’est fait sacrer en 754 .
D’abord, on admire la façade avec ses trois tympans redevenus lisibles et son inhabituel couronnement crénelé, toute blanche puisqu’elle vient d’être restaurée. On projette même de reconstruire la flèche nord, frappée par la foudre en 1837 puis encore ébranlée par un ouragan et démontée en 1846. La récente visite de F. Hollande, samedi dernier, ouvre bien des perspectives au comité de parrainage de ce chantier présidé par Erik Orsenna.
Au XIIIème siècle, Saint-Louis qui a bien des soucis avec les grands seigneurs du royaume, souhaite concrétiser le continuum entre les trois dynasties afin d'affirmer sa légitimité malgré son jeune âge : les Carolingiens, les Mérovingiens et les Capétiens. Il commande 16 gisants de ses prédécesseurs dont il reste 14. La basilique tisse un lien indissociable avec la royauté qui désormais, à quelques exceptions près, inhume en ce lieu sacré tous ses représentants et réunit au fil des temps 42 rois, 32 reines, 63 princes et princesses, 10 grands du royaume. Aujourd’hui, c’est un ensemble de 70 gisants qui accueille le visiteur, dans un très grand calme car le monument - de façon peu explicable - ne semble pas attirer les hordes de touristes.
Ces tombeaux ne restèrent cependant pas en paix durant la période révolutionnaire : en 1793, les sépulcres furent défoncés et les ossements royaux jetés en vrac dans une fosse commune. On doit à Louis XVIII la réinstallation des gisants sous la voûte de la cathédrale. C’est donc à une promenade devant les images des anciens souverains qui nous est offerte, l’occasion de souligner l’évolution de style de la statuaire à partir des images hiératiques du Moyen-Âge.
Alors qu’à l’époque médiévale, on représentait les rois et reines tels qu’ils vont ressusciter au jour du jugement dernier, c’est-à-dire dans la fleur de leur jeunesse et les yeux ouverts, la Renaissance les présente sous la forme de « transis », c’est à dire en phase de décomposition … Cependant, ce qui m’émeut bien davantage, ce sont les représentations de petits chiens ou de lions qui réchauffent les pieds de leurs propriétaires. Sans oublier de lever les yeux au ciel, vers la lumière colorée des verrières et des rosaces…
Il convient de commencer la visite par la crypte. La partie centrale abritait les sépultures des martyrs Denis, Rustique et Eleuthère. On y aperçoit encore des cercueils de pierre entassés ...
Le caveau des Bourbons renferme les restes de Louis XVI et Marie-Antoinette sous de sobres dalles de porphyre noir, un peu plus loin le cœur du petit Louis XVII et Louis XVIII, dernier roi inhumé dans la basilique en 1824.
Dans les transepts et le cœur, on s’arrête devant les seuls gisants faits de métal doré (deux des enfants de Saint-Louis), le gisant de Clovis 1er à côté de celui de Childebert son fils.
On remonte le temps des « Rois Maudits » : Louis X dit Le Hutin, sa seconde épouse Clémence de Hongrie, son fils Jean le Posthume. Changement de style pour les tombeaux à la Renaissance : François 1er et Claude de France, avec des bas-reliefs de marbre blanc retraçant la bataille de Marignan, Henri II et Catherine de Médicis, Louis XII et Anne de Bretagne.
Voilà une visite vraiment passionnante, un monument essentiel de l'histoire de France à livre ouvert, et pour laquelle on ne fait pas la queue car la basilique, à la différence de la Sainte-Chapelle ou Notre-Dame de Paris, n’attire pas les foules.
On se demande bien pourquoi ...
En attendant votre prochaine visite, quelques photos dans le petit diaporama à regarder en colonne de droite ....
Commentaires
La basilique a un goût particulier, car le mari de la **soeur de lait ** y travaillait en tant que sacristain, elle faisait la couture des habits sacerdotaux...avec de la soie.... & son locataire effectuait les foules.....C'est vrai que c'est peu connu , mais je me suis aperçue que c'était dans le circuit de certains enseignants de province....
La basilique souffre sans doute - très injustement - de la mauvaise réputation du département de la Seine-Saint-Denis... En tout cas, merci pour ce compte-rendu passionnant, qui me donne envie de retourner visiter ce lieu, ce que je n'ai fait qu'une fois lorsque j'étais collégienne, il y a près de 30 ans !
Il y a sans doute un peu de ça et c’est bien dommage. La basilique se trouve à cinq minutes après la sortie de la station de métro – glissée, elle, dans un environnement très “béton armé” des années 80, oppressant mais parfaitement sécurisé. Elle est “surveillée” par un massif Hôtel de Ville très IIIème République. A part ça, les Dionysiens sont des gens comme tout le monde, faut pas fantasmer sur le 9-3 qui va devenir une des régions les plus dynamiques du Grand Paris !
J'ai visité ce très beau monument il y a de nombreuses années un jour de décembre où il faisait un froid de canard. Les dalles glacées m'avaient fait attraper une bonne crève ainsi qu'un fort mal au ventre, mais j'avais quand même eu le temps de saluer le gisant (au nez retroussé) de Bertrand du Guesclin, une vieille connaissance ! La copie de se gisant se trouve à l'Habitarelle en Lozère, non loin du lieu où le Grand Connétable trouva la mort, un territoire où je me rend plusieurs fois par an.
Merci pour cette visite bien documentée qui m'en a appris beaucoup et me donne envie d'aller y faire une visite lors d'un prochain séjour dans la capitale.
Bises, bonne journée