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23 octobre 2015

Les Fauves, thriller d'Ingrid Desjours

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Avant de lire ce polar, j’avais acheté et apprécié « Potens », un précédent thriller de l’auteur. Cependant, je n’ai pas retrouvé dans ces « Fauves » le même plaisir de lecture.

L’intrigue est plongée dans l’actualité : celle du terrorisme radical, de l’embrigadement de jeunes à la dérive pour les envoyer se faire tuer en Syrie, de menaces contre ceux qui s’y opposent. On perçoit l’angoisse devant les islamistes radicaux de Daesh et aussi, mais de façon nettement moins appuyée, l’action tout aussi exécrable de fanatiques catholiques intégristes.

L’héroïne est une jeune journaliste issue d’une famille influente. Elle a fondé une association dont l’objectif est d’intercepter des jeunes sur le point de partir combattre en Syrie, afin de les déconditionner (une référence à l’action de Dounia Bouzar ?… mais je ne sais pas si l'anthropologue appréciera la comparaison). Sur son chemin, des opposants bien décidés à l’empêcher d’agir, à la déconsidérer auprès de l’opinion. Très intrusive, Katia, la mère de Haïko – qui tient de Christine Ockrent et d’Anne Sainclair - est en réalité sa grand-mère. Elle a élevé Haïko, devenue orpheline dans des circonstances particulièrement dramatiques, et elle continue à veiller sur elle en lui imposant une équipe de gardes du corps après qu’une fatwa ait été prononcée contre elle.

L’avocat de la famille, lui, est une copie conforme de feu Jacques Vergès. L’autre fauve de l’histoire, Lars, me fait penser à un Jean-Claude Vandamme qui serait devenu à la fois intelligent, post-traumatisé après un séjour forcé chez les Talibans et accro aux combats sans limites comme aux amphétamines : un peu cliché tout de même …Tout ça fait penser à un livre écrit sur l’instant, dans l’actualité brûlante, pile poil après les attentats de janvier, en réaction à la violence et à la cruauté des guerres de religion modernes.

L’étude psychologique est au cœur de l’intrigue comme dans les autres romans d’Ingrid Desjours, mais on y traite aussi de l’immédiateté de l’information, de la prégnance des rumeurs propagées par les réseaux sociaux, de la manipulation des foules par les médias avides de scoops, des jeunes adolescents mal informés, exclus de la société et d’autant plus crédules, de la fragilité de la vérité … Très convenu, tout ça. La qualité de l’écriture rend toutefois le livre agréable à parcourir, c’est du beau travail qui relève d’une technique maîtrisée de production d’un «page turner». On s’immerge dans des scènes de violence réaliste parfaitement visualisées : traque implacable, torture, combats de rue, étreintes, viol … comme si vous y étiez. Cependant, beaucoup de petits cailloux semés çà et là au cours du récit ne trouvent pas de réponse évidente. On ferme le livre avec un goût d’inachevé, celui d’une tâche un peu bâclée …

Bref, je n’ai pas appris grand’chose de neuf à une telle lecture, mais d’autres comprendront peut-être mieux grâce à elle la crise sociale que nous vivons aujourd’hui. J’ai aimé découvrir l’auteur mais ne suis pas totalement convaincue de son dernier opus.

Je devrai donc en lire un autre …

Les Fauves, thriller d’Ingrid Desjours, Publié par Robert Laffont, collection « La Bête noire », 440 p. , 20,50€

Posté par Bigmammy à 07:53 - Lu et vu pour vous - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Une déception.

    Depuis "Echo" et "Sa vie dans les yeux d'une poupée" ses deux meilleurs romans à ce jour, Ingrid Desjours "se cherche".
    Le thème "la folie expansionniste de l'Islam radical" méritait mieux que ce face à face entre une femme-enfant capricieuse et un ex-militaire cassé par les horreurs de la guerre.
    Quand on aborde un sujet aussi grave que celui-là, une bonne fiction mérite une bonne documentation où est-elle ?
    Et si Desjours excelle toujours aussi bien à développer le caractère psychologique de ses personnages, cela ne suffit pas à signer un bon roman.

    Posté par MIC, 08 novembre 2015 à 16:04
    • Je suis d’accord avec cette critique. Aussi vais-je lire les deux ouvrages que vous signalez avant de me faire une idée plus précise.
      Marie-Pierre

      Posté par Bigmammy, 08 novembre 2015 à 23:17
  • Seul l'habillage change

    Les romans d'Ingrid Desjours racontent tous la même histoire : une femme capricieuse veut s'envoyer en l'air avec une brute. Quand le contexte est sordide (Echos, Sa vie dans les yeux d'une poupée), il y a une certaine profondeur. Quand ce n'est pas le cas, l'auteur meuble avec des faits qui tombent un peu comme un cheveu sur la soupe et qui ne resservent pas au moment de la conclusion. D'ailleurs, une caractéristique des romans d'Ingrid Desjours est que la fin est souvent indépendante de toute la logique qui précède.

    Posté par MAC, 15 février 2016 à 13:21
    • Je vous trouve bien sévère avec cette très jeune auteure ... Il faut la laisser mâturer quelques romans de plus, mais elle a indéniablement du talent. La description de la scène de crime à l’ouverture de “Potens” m’a scotchée, avec les odeurs et les bruits du cadavre ... Bien plus fort qu’au cinéma. Elle en a encore sous le pied pour nous surprendre ...

      Posté par Bigmammy, 15 février 2016 à 14:51

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