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15 septembre 2016

Jacques Chirac ou le dialogue des cultures, exposition au musée du Quai Branly

chirac-affiche

J’avoue : je n’ai jamais tellement apprécié le style de Jacques Chirac, même si, lors de sa seconde candidature à la présidence, j’ai naturellement voté pour lui.

Femme cuillere de giacometti

masque contemporain

L’exposition qui lui est consacrée au Musée du Quai Branly créé à son initiative – mais ce n’est pas la seule - à l’occasion de son dixième anniversaire m’a permis de mieux apprécier la constance de ses engagements fondamentaux non seulement en matière d’art mais surtout en faveur de l’universalité de l’homme, au-delà les époques, des cultures, des contrées lointaines. Un rappel forcément utile.

Le grand public avait découvert l’intérêt de Jacques Chirac pour les cultures d’«ailleurs » lors de l’inauguration, en 1994, de l’exposition « Taïnos » au Petit Palais. Jusque-là, l’homme avait toujours réussi à préserver le secret de son appétence pour les voyages et les civilisations lointaines : l’Asie au premier chef – jeune, il aimait visiter les trésors du musée Guimet -  les cultures précolombiennes et océaniques, l’art inuit, l’Afrique. A cette époque, ce n’était pas vraiment à la mode.

Ses responsabilités politiques – tant à la Mairie de Paris qu’à la Présidence – lui ont permis de mettre ses principes en actions. Au moins dans le domaine de la culture, ce qui n’était pas si évident … et au moins aussi efficace, sinon plus, que son prédécesseur, si choyé par les médias.

La mise en scène pleine de tendresse (le choix des photographies ...) de Jean-Jacques Aillagon, qui fut son ministre – met en lumière la constance de ses engagements. Elle souligne l’ouverture au monde, la curiosité intellectuelle et la culture étendue d’un humaniste pudique et tolérant. Je concède que cette rétrospective, malgré son côté forcément hagiographique, force le respect.

Le choix des œuvres et leur confrontation est éclairant : on a bien du mal à saisir la date de création des objets exposés, et leur origine. On perçoit les constantes de l’art humain, avec des similitudes saisissantes. Dès l’entrée de l’exposition, on remarque la grande cuillère cérémoniale baoulé face à la « femme-cuillère » de Giacometti.

masque japonais

omar_victor_diop

statues chinoises

raoni_chirac

Pour les personnes de notre génération particulièrement intéressées par la vie politique, le rappel de de l’action culturelle de l’ancien chef de l’Etat, jadis largement passée sous silence par les commentateurs, fait réfléchir : la tradition française de l’ouverture aux arts « premiers » ou dits « primitifs » fait avancer la culture universelle et la lutte contre le racisme ambiant. La reconnaissance d’une action pérenne en faveur de l’art des peuples lointains, ce plaidoyer inlassable pour la connaissance de l’altérité dans une époque marquée aujourd’hui par le rejet violent des « autres », de ceux que l’on craint et/ou méprise alors qu’on a renoncé à les soumettre, vaut la visite. Et, en plus, c’est une immersion dans la beauté.

Ce qui me ravit enfin, c’est de savoir que le musée du Quai Branly, qui porte désormais le nom de celui qui en a décidé la création, a rempli ses objectifs : les 300000 œuvres d’Afrique, d’Océanique et d’Asie ont attiré en 10 ans 15 millions de visiteurs, dont la moitié ne sont pas des primo-visiteurs. Ainsi a été renouvelée l’image d’un musée ethnographique que nous avons plaisir à visiter plusieurs fois par an.

Un bémol toutefois : cette exposition ressemble aussi, furieusement, à un enterrement vivant …

 

Jacques Chirac ou le dialogue des cultures, exposition au Musée du Quai Branly – mezzanine Est – jusqu’au 9 octobre – 37 quai Branly 75007 PARIS – Tous les jours sauf le lundi à partir de 11 heures.

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