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17 septembre 2016

La Bastille, par Jean-Christian Petitfils

 

Bastille

Avec toute la documentation qu’il a accumulée sur les rois de France, notre spécialiste national de l’Ancien Régime depuis Louis XIII ne pouvait pas manquer de nous narrer les vicissitudes de la forteresse qui représente pour la plupart d’entre nous le signe irrévocable de la Révolution.

Mais ce n’est pas tant l’anecdote, parfois savoureuse, que l’on apprécie le plus dans cet ouvrage très accessible – même si le lecteur se régale à l’évocation des multiples évasions du stupide Latude, ou apprend enfin l’identité du Masque de Fer ou comprend à la suite de quelles méprises et de la couardise du Gouverneur de Launey que fut investi l’édifice – mais le sens symbolique de cette prison et du système, inconcevable aujourd’hui à nos yeux, des lettres de cachet.

On a peine à imaginer en effet un système politique sans séparation des pouvoirs (si, si, je vous assure !), où toute justice ne procède que du monarque, et où il suffit d’avoir lâché un propos maladroit ou provoqué l’ire de sa famille par des mœurs dissolues pour se retrouver enfermé pour quelques semaines ou des années, ou même complètement oublié par une administration qui ne sait même plus pourquoi vous avez été mis à l’écart.

La vie dans les « chambres » n’est pas toujours affreuse : l’on y est bien traité, bien nourri. On peut en profiter pour écrire des ouvrages devenus célèbres (cf : le Marquis de Sade), faire venir des meubles, des livres, des vins fins, des visiteurs. Surtout si on est noble et qu’on en a les moyens. Cependant, le régime des bastillards évolue considérablement au XVIIème siècle. Relativement doux et libéral au début du règne de Louis XIV, parce qu’il concerne surtout des pensionnaires de marque, il se durcit à mesure que la forteresse se met à accueillir des individus de modeste condition.

La Bastille est le lieu où l’on enferme les espions, les suspects de crimes (ou de projets) de lèse-majesté, les pamphlétaires s’attaquant aux maîtresses royales, les empoisonneurs (et empoisonneuses), les conspirateurs, des protestants en relation avec des puissances étrangères : la notion de crime d’Etat prend bientôt une très forte extension dans la seconde partie du règne de Louis XIV. Cependant, à la fin du XVIIIème siècle, le régime pénitentiaire s’adoucit. En 1770, la Cour des Aides fait des remontrances contre l’arbitraire inadmissible des lettres de cachet, signées et délivrées par d’obscurs subordonnés, en dehors de tout contrôle royal. Et en plus, la prison revient très cher au roi, les locaux sont vétustes et mal adaptés, le budget de l’Etat est en perpétuelle recherche d’économies. En septembre 1782, la Bastille ne compte que 10 prisonniers, 7 en juillet 1789 … On établit déjà des plans pour la faire disparaître.

L’émeute qui voit la chute de la Bastille est l’aboutissement d’une crise particulièrement violente : une réaction nobiliaire qui veut, comme la bourgeoisie éclairée, en finir avec le despotisme, la crise de l’endettement et le refus des privilégiés de partager le poids de la fiscalité, la crise économique après des récoltes dramatiquement perturbées par une météo catastrophique affectant une population en forte croissance. Mais précisément, les hordes qui prirent la Bastille ne cherchaient pas à renverser le symbole du despotisme, mais à se procurer de la poudre après qu’ils eurent pillé les réserves d’armes aux Invalides. Il suffisait d’une étincelle …

La lecture de ce livre nous permet de suivre heure par heure le film de cet événement sanglant, dont la date fut choisie en 1880 pour célébrer notre Fête Nationale. Un regret : il manque un plan avec les noms des tours … l’éditeur aurait pu soigner un peu mieux l’iconographie.

La Bastille, mystères et secrets d’une prison d’Etat, par Jean-Christian Petitfils,  édité chez Tallandier, 398 p., 22,90 €

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