Bigmammy en ligne

25 octobre 2016

Brunetti en trois actes, polar de Donna Leon

Brunetti3actes

Ce 24ème épisode des enquêtes de Guido Brunetti, commissaire fétiche de Donna Leon, est à classer parmi ses meilleurs depuis pas mal de temps. Pas tellement en raison de la sophistication de l’intrigue, finalement assez classique, mais parce qu’il décrit en détail l’angoisse d’une victime face à la traque d’un harceleur (en anglais : stalker).

L’héroïne est la cantatrice Flavia Petrelli, que nous avons déjà rencontrée dans le premier roman de la série « Mort à la Fenice », puis une nouvelle fois en tant que compagne d’une archéologue américaine dans « Entre deux eaux ». Elle tient le rôle-titre de « Tosca », l’opéra en trois actes de Puccini tiré d’une pièce de Victorien Sardou, créé en janvier 1900 à Rome, archétype du genre pour les amateurs de Bel Canto.

Nous voici donc plongés en pleine représentation, au milieu des chanteurs – pas tous du même niveau – avec un chef d’orchestre dédaigneux, une prima donna fatiguée et anxieuse, des machinistes qui menacent à tout moment de faire grève (tiens, à Venise aussi ?), les répétiteurs et leurs élèves, dans la loge où Flavia se démaquille au milieu des gerbes de roses jaunes qu’un admirateur inconnu lui envoie par brassées, les fans qui attendent à la sortie les artistes exténués pour « absorber » un peu de leur art et de leur air, leur faire signer des CD …

Comme dans « Tosca », le drame se joue ici en trois actes. D’abord la peur : qui est la personne assez folle pour s’introduire dans la loge, puis dans l’immeuble de la cantatrice et lui déposer ces brassées de fleurs et même un bijou de grand prix ? Pourquoi certains proches de Flavia sont-ils sauvagement molestés ?

On sent l’angoisse des victimes de harcèlement tellement présente qu’on se demande si cette sensation n’a pas été vécue par l’auteur elle-même. Après tout, les exemples de vedettes du showbizz ou du sport qui ont été maintes fois victimes de fans égarés ne sont pas si rares …

Il y a ensuite l’introspection, l’anamnèse qui permet au commissaire, à partir d’indices matériels et grâce – toujours – à l’ingéniosité de la signorina Elettra, de découvrir l’identité du criminel présumé. Le dernier acte, où tout se joue sur les toits du Castel Saint Ange, celui où la mort enveloppe les protagonistes de cet opéra qui met en scène justement une diva terriblement jalouse – Floria Tosca – un chef de la police secrète pervers – Scarpia – un amant assassiné – Mario – et un plongeon final dans les eaux tumultueuses du Tibre. Réalité et fiction s’entremêlent jusqu’ à la tombée du rideau !

Après un tel roman, qui commence en douceur pour se terminer dans la pure angoisse, on a du mal à revenir sur terre et à en entamer un autre … C’est sans doute un signe de sa valeur.

 

Brunetti en trois actes, polar de Donna Leon traduit par Gabriella Zimmermann, chez Calmann-Lévy, 337 p. , 21,50€

Posté par mpbernet à 00:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

Commentaires

  • Les aventures de Brunetti, les seuls polars que je lise, car en fait je les lis pour la psychologie des personnages & pour Venise, celui-çi je ne connais pas encore

    Posté par Martine, 25 octobre 2016 à 15:40

Poster un commentaire