Bigmammy en ligne

16 mars 2017

Pourquoi l'Allemagne a perdu la Grande Guerre, par François Cailleteau

Tout d'abord, je vais vous dire d'où me vient ma passion pour l'histoire et pour la politique. C'est mon père qui me l'a insufflée. Et je me souviens qu'à 10 ans, j'ai préparé un exposé sur la guerre de 14-18 et que les recherches que j'ai effectuées à ce moment de mon enfance, m'ont totalement orientée vers la connaissance de ces événements dont nous sommes encore aujourd'hui tributaires. Voici pourquoi je recommande cet ouvrage aujourd'hui :

Alleamgne guerre 14

Clarté des raisonnements, sérieux des sources, l’analyse de François Cailleteau sur l’histoire de la Grande Guerre est éblouissante, même pour un lecteur non spécialiste de la stratégie. Il faut dire que l'ancien patron du Contrôle général des armées puis Inspecteur général des finances, cumule les experiences. On en apprécie d’autant plus sa capacité à mettre son expertise à la portée de chacun.

Après avoir magistralement expliqué en 2008 comment les puissances de l’Entente ont réussi à « Gagner la Grande Guerre », ce  livre nous explique les ressorts de deux décisions prises par les dirigeants de l’Allemagne dans la conduite du conflit, qui se sont avérées funestes.

Deux décisions prises par l’état-major en 1914 : l’offensive contre la France en passant par la Belgique, selon le « plan Schlieffen » et en 1917 : la guerre sous-marine à outrance, qui ont eu pour conséquence l’entrée en guerre de deux grandes puissances qui n’avaient pas vraiment l’intention d’intervenir en Europe continentale : la Grande-Bretagne puis les Etats-Unis.

Menant une guerre sur deux fronts, les responsables allemands font à deux reprises un pari : au début de la guerre, se débarrasser au plus vite de la France, considérée comme puissance de seconde zone depuis sa défaite de 70, afin d’avoir les mains libres à l’est, quitte à violer la neutralité de la Belgique. Le faire assez vite afin que l’Angleterre, garante de la neutralité belge mais qui dispose d’une armée de métier à faible effectif, n’ait pas le temps de le mettre efficacement en œuvre. Ce premier pari est perdu dès l’automne 1914 car la France résiste et le front se fixe de la mer du Nord à la Suisse sans espoir de percée décisive d’un côté comme de l’autre.

En 1916, la situation intérieure de l’Allemagne est tendue. La guerre s'éternise, l'allié austro-hongrois est à la peine, l'Allemagne prend la direction des opérations sur tous les fronts. Les effets du blocus provoquent des restrictions alimentaires et la désorganisation de la production, les pertes s’alourdissent. Le haut commandement militaire qui exerce effectivement un pouvoir sans contrôle obtient la décision de la guerre sous-marine à outrance : en 6 mois, la flotte sous-marine allemande doit couler 40% de l’approvisionnement britannique et forcer le Royaume-Uni à demander la paix, avant que n’entrent en guerre les Etats-Unis. Nouveau pari perdu  car la faculté de résilience de la Grande-Bretagne a été largement sous-évaluée …

Au-delà des explications rationnelles de ces décisions funestes, ce qui est dramatique, c’est qu’en 1914, l’Allemagne domine l’Europe sur les plans démographique et industriel. Si elle ne règne pas sur les mers, elle le fait sur le commerce international, elle n’est en rien menacée. Cette situation aurait pu la conduire à tempérer les ardeurs de son allié austro-hongrois dans son litige avec la Serbie. Elle a choisi de faire la guerre à la Russie aux côtés de l’Autriche-Hongrie, avec la forte possibilité qu’il faudrait aussi la faire à la France.

Les raisons de cet entrainement fatal sont nombreuses : les institutions de l’Allemagne et leur cloisonnement, la faiblesse psychologique de l’empereur, le poids des nobles prussiens et leur esprit de caste, la très grande autonomie des militaires, leur sentiment de supériorité, la conception de la guerre comme une forme normale voire nécessaire de l’évolution des peuples (darwinisme social), le mépris des peuples latins – et surtout des Français – l’ombre portée de Bismarck : risque calculé, choix de l’audace, décision brutale.

Des dysfonctionnements similaires se retrouvent hélas aujourd’hui au cœur des récents conflits marqués par l’idéologie et l’incapacité à imposer une solution militaire puis des structures démocratiques dans des pays qui n'en veulent pas : Viet-Nam, Afganistan, Libye … On a beaucoup reproché au Président Obama de ne pas intervenir en Syrie … Sans doute a-t-il eu raison !

 

Pourquoi l’Allemagne a perdu la Grande Guerre, décisions funestes de 1914 et 1917, essai de François Cailleteau, publié chez Economica, 131 p 19€.

 

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Commentaires

Poster un commentaire