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18 avril 2017

Premier arrêt après la mort, thriller de Jacques Attali

 

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J'ai connu Jacques Attali mieux inspiré. Quelle mouche lui a pris, après une telle carrière d'écrivain reconnu et de conseiller politique écouté de se lancer à 73 ans dans un genre déjà très encombré : le polar ? J'avoue que le bouquin a bien failli me tomber des mains dès les premiers chapitres, mais, avant d'en rédiger une critique objective, je me suis fait un devoir d'aller jusqu'au bout … espérant un sursaut que je n'ai hélas pas trouvé.

Ne devient pas Pierre Lemaître, Ingrid Desjours ou Olivier Norek qui veut … L'histoire ici racontée, qui se déroule en juillet 2018, est totalement invraisemblable. L'auteur mélange sa connaissance très approfondie des rouages de l'Etat au plus haut niveau, des aléas de la situation internationale, des risques d'attentats terroristes et les poncifs d'usage du genre thriller : un coupable insoupçonnable, qui tire les ficelles depuis le début et manipule les flics chargés de l'enquête.

Le personnage sympathique est une jeune et jolie commissaire : Fatima Hadj. C'est une brune aux yeux verts (attention : indice !) qui fait régulièrement des cauchemars où elle voit son père, libraire à Dunkerque, mourir dans les flammes. Elle a pour amant un conseiller du Président, qu'elle décide le quitter … le ministre de l'intérieur, un proche du Président, lui confie une affaire spectaculaire : dans différentes villes de France – qui s'avèrent avoir un rapport avec la carrière et la vie privée du Président – on retrouve les cadavres carbonisés d'hommes auxquels on a coupé la tête, les mains et les pieds. Onze en tout, avec, attachés à leurs bras, des vers d'un poète anglais mort dans les derniers jours de la guerre de 14. On voit que l'auteur ne recule pas devant le gore …

Bref, l'intrigue est mal ficelée, redondante, les dialogues indigents, les personnages foisonnants mais creux, les événements extérieurs non pertinents. Seule émerge la belle Fatima, qui pourrait être incarnée par Rachida Brakni qu'on a vue dans deux séries TV politiques récentes (« Les hommes de l'ombre » et « Silences d'Etat »), mais en réalité, à part tomber à nouveau amoureuse d'une barbouze inquiétante mais très bien informée, elle ne résout pas grand-chose. Le lecteur reste donc jusqu'au bout sur sa faim …
Une seconde lecture pourrait révéler une angoisse de l'auteur : cherche-t-il à conjurer l'impression d'avoir été manipulé par un homme auquel il aurait voué son destin et qui n'aurait été qu'un immonde salopard ?

Premier arrêt après la mort, thriller de Jacques Attali, publié chez Fayard, 297 p., 19€

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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