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11 juin 2017

Un président ne devrait pas dire ça, chronique de Gérard Davet et Fabrice Lhomme

 

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C’est à la fois – je dirais même plus « en même temps » - troublant et passionnant de lire cet important livre politique juste après l’élection triomphale d’un Président de la République quasiment inconnu du grand public il y a un an à peine. Et à n’en pas douter, ce livre a beaucoup fait pour son élection, bien qu’il n’en fut aucunement l’initiateur … et lui évitera sans doute bien des bévues.

Mais quelle étrange préoccupation que celle de laisser une trace de son quinquennat n’a-t-elle pas saisi François Hollande, dès son élection en 2012, en confiant à deux grands reporters du Monde, intraitables d’objectivité, mois après mois, ses états d’âme, de façon encore plus intime que jadis le firent Jean Froissart ou Philippe Commynes, célèbres chroniqueurs du Moyen-âge ?

Ainsi, chaque premier vendredi de chaque mois, 61 rendez-vous avec ces deux journalistes ont pu être dégagés sur l’agenda du Président, pour recueillir ses réflexion politiques sur tous les domaines de son action nationale et internationale ou tout simplement personnelle. Ce qui, en soi, représente une prouesse inouïe. D’autant que dès le départ, il était convenu entre les trois hommes que François Hollande était enregistré et ne pourrait pas relire ses propres citations.

Car les deux journalistes, qui écrivent fort bien, font montre d’une lucidité sans faille. Ils sont les premiers à être sidérés par l’homme qu’ils décortiquent ; et on ne peut pas dire qu’ils le ménagent. Pour eux, Hollande est l’homme qui ne ferme jamais une porte. Jaloux de sa liberté, Houdini de la politique, magicien de l’esquive, as de la conversation allusive, professionnel de l’escamotage, il n’aura en  définitive pas vu arriver le météore qui va l’abattre, complètement focalisé, jusqu’à l’obsession, sur le retour politique de Nicolas Sarkozy et ses réseaux supposés malfaisants.

Hélas, le souci de se justifier fait ressurgir les vieilles affaires que tout le monde était en passe d’oublier. Les actions positives comme l’opération au Mali, la libération des otages au Sahel, la rencontre entre Poutine et Porochenko et les accords de Minsk, le sauvetage financier de la Grèce, le mariage pour tous, le mouvement de ferveur nationale après les attentats, le succès de la COP21 n’eurent aucun impact sur la cote de popularité du président. En revanche, ce sont les couacs en série qui engendrèrent un rejet irrémédiable  : les affaires de cœur du président et de ses compagnes, le tweet assassin de Valérie puis sa brutale éviction, Florange, le fiasco de l’Ecotaxe, Sivens, Notre Dame des Landes et la mort de Rémi Fraisse, Léonarda, Cahuzac, Thevenoud, Morelle (et j’en passe …), la loi Travail et le 49.3, le fiasco de la déchéance de nationalité, l’effritement puis la cassure tragique de la majorité.

Valls, Royal, Taubira, Jouyet, Cazeneuve sont bien traités par le président lors de cet exercice d’introspection. Mais la technique consistant à miser sur l’enlisement des affaires n’a pas fonctionné. Pour Hollande en effet, il n’y aurait pas d’avenir en dehors des écuries partisanes traditionnelles, même s’il souhaite une réforme en profondeur du PS, qu’il ne réalisera pourtant pas. Pas plus qu’il n’imagine, jusqu’au bout, ne pas devoir se représenter … sauf sans doute après la parution de ce livre où il apparaît comme un homme honnête et raisonnable, pas intéressé par l’argent, un technocrate d’élite mais dépourvu de charisme. Le goût de la synthèse et de la conciliation ne paye plus. L’Histoire lui rendra-t-elle un jour justice ?

 

Un président ne devrait pas dire ça … , par Gérard Davet et Fabrice Lhomme chez Stock, collection Points, 821 p., 8,90 €

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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