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13 août 2017

Les portes et les sons qu'elles font, roman par Jean-François Dion

Les portes

J’ai acquis cet ouvrage un peu par hasard. J’allais comme chaque jeudi acheter la presse chez le marchand de journaux de Monsempron-Libos où je remarquai un homme devant une petite table : un auteur présentant ses romans. Pensant à un littérateur régional et l’auteur me paraissant sympathique, j’ai choisi celui qui, en bandeau, indiquait qu’il avait récemment reçu un prix, de quelle académie, j’ai oublié …

Eh bien, il y a encore des romanciers qui savent écrire. Ce roman, bref mais dense, m’a tenue en haleine une grande journée … et m’a profondément émue. J’espère en tous cas qu’il n’est en aucune manière autobiographique.

Le narrateur – je n’ai pas trouvé son prénom mais Jean-Paul, son jumeau, le nomme Loulou – est un homme simple. Après s’être essayé dans le théâtre, il a repris avec son frère une fabrique d’abat-jour qu’ils ont développée. Ses deux parents sont morts et toute sa famille, tout son amour sont concentrés entre son épouse Françoise, et leur fils Julien, 16 ans, passionné de géographie. Et puis, un jour funeste, alors que Françoise accompagne Julien dans leur Twingo comme « tuteur » de conduite accompagnée, bien que Julien ait suivi toutes les procédures d’usage avant de tourner à gauche à un croisement, un chauffard ivre et sous psychotropes surgit à 140 à l’heure, dépasse la bétaillère qui suivait leur véhicule et se rabat sur la Twingo, écrabouillant les deux passagers.

Pour le père et mari orphelin de famille commence l’enfer : « On m’a volé ma vie en me prenant la leur. Je me suis emmené, j’ai fui, j’ai disparu, j’ai été seul. » Enfermé en lui-même, comme entre de hauts murs d’une solitude qu’il recherche dans un monastère où il écoute tous les sons, où, incroyant, il s’applique à suive tous les rites. C’est cette lente descente en lui même, où nul ne peut rien pour apaiser son chagrin, pas même sa réaction face au salopard qui s’est tiré de l’accident sans grand dommage …

J’ai apprécié le style, épuré mais non dénué d'un humour froid, la succession d’adjectifs qui précisent les images, les notations  évocatrices de sons et de la qualité du silence, l’écriture riche de réminiscences cinématographiques qui « parlent » aux lecteurs de ma génération – la bétaillère évoque naturellement « Les choses de la vie » de Claude Sautet, les références philosophiques bien choisies, les portraits des personnages secondaires tellement drôles, cruels, justes.

Car la vie ne l’est pas, elle, juste. Que peut-il arriver de pire que perdre la femme de sa vie et son enfant ?

L’homme choisit de s’enfermer pour se souvenir. Dans le silence des portes après qu’elles se sont refermées. On se dit qu’il est trop tard pour que la résilience l’atteigne, mais on l’espère très fort. Car il assume sa totale responsabilité et même sa vengeance ne l’a pas totalement apaisé. L’oubli est impossible, lui seul peut décider de la fin.

Jean-François_Dion

Jean-François Dion est un cinéaste, qui fut scénariste et réalisateur, directeur à Canal+, un professionnel de l’image. Depuis qu’il a pris sa retraite à Penne d’Agenais, à une portée de fusil d’ici, il a trois romans à son actif. J’espère qu’il va continuer. J’ai un immense respect pour ceux qui savent écrire des histoires, faire vivre des personnages, avec leurs problèmes et leurs bonheurs. A quand une suite ?

 

Les portes et les sons qu’elles font, roman de Jean-François Dion édité par az’art atelier éditions à Toulouse (une mention spéciale pour le graphisme élégant de leurs couvertures), 276 p., 20€

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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