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17 septembre 2017

Le Redoutable, film de Michel Hazanavicius

Garrel et Martin

Remarquable !  Ce film est superbement interprété, d’une reconstitution historique très exacte, respectueux d'un personnage emblématique de son époque encore vivant et pourtant un film si ... irrévérencieux …

Nous pouvons en juger car nous aussi, nous avions 21 ans en 1967, quand le film commence, justement dans ce restaurant chinois où nous avions – et avons encore de temps en temps – nos habitudes : Au pays du Sourire, rue de Bièvre.

Mais, me direz-vous, qu’évoque aujourd’hui, pour la jeune génération, le personnage de Jean-Luc Godard ? Qui d’entre ces jeunes a vu « A bout de souffle », « Le mépris" ou " Pierrot le fou » ? Est à même de'apprécier ce qu'il a apporté de novation dans la façon de filmer les événements de son temps ?

Louis Garrel

Pour nous en revanche, cette extraordinaire explosion de pagaille de mai 68, ces manifestations dans le quartier latin, la grève générale avec l’absence d’essence, de transports, les prises de paroles spontanées et foutraques dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, l’interruption du Festival de Cannes : nous avons vécu tout cela en temps réel, en attendant que cette « chienlit » s’apaise avec la reprise en mains toute provisoire du vieux général et les Accords de Grenelle accordés par Georges Pompidou.

Jean-Luc Godard a révolutionné la manière de faire du cinéma, c’est admis. Mais en privé, c’est un personnage insupportable. Il épouse la petite-fille de François Mauriac, rencontrée sur le tournage de « La Chinoise ». Elle est jolie, cultivée, bourgeoise, bien plus jeune que lui. Il est amoureux, elle aussi, et l’admire. Mais il se montre odieux, égocentrique, jaloux, psychorigide, insupportable. Louis Garrel, grimé avec lunettes fumées et calvitie embroussaillée, a même réussi à capter le défaut de prononciation du réalisateur suisse. C’est proprement époustouflant. Et on retrouve avec bonheur à la fois la reconstitution méticuleuse des décors et costumes de cette époque propre à Hazanavicius (souvenons-nous des OSS 117 et de The Artist), et le comique de répétition (le bris régulier des lunettes du réalisateur, sans lesquelles il ne voit rien). Mais peut-être aussi avec, car ses conceptions philosophiques sont bien confuses …

mai68

Plein de contradictions et de morgue, Godard est vraiment un redoutable cuistre et montre que vivre aux côtés d’un génie n’est pas de tout repos. Mais le film, tiré du livre d’Anne Wiazemsky « Un an après » est drôle, même s’il est plein de moments de malaise.

Une réflexion aussi sur les thèses maoïstes, situationnistes et révolutionnaires de ceux qui étaient jeunes il y a 50 ans ... comme nous qui n'avons jamais cédé à ces idées subversives, agitées par de jeunes bourgeois, devenus aujourd'hui des retraités bien tranquilles ...

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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