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22 novembre 2017

La disparition de Josef Mengele, roman d'Olivier Guez (prix Renaudot 2017)

 

Disparition

On se demande si le plus pénible est de se replonger dans les horribles forfaits du fumeux médecin SS d’Auschwitz ou de suivre, mois après mois, sa cavale minable de bête traquée dans les terriers successifs qu’il occupe en Amérique du Sud …

Il est significatif - et positif - que le devoir de mémoire se révèle aujourd’hui aussi présent à travers les écrits de jeunes écrivains doués : les prix littéraires les plus recherchés, le Goncourt et le Renaudot, viennent d’être décernés à deux courts ouvrages traitant de la montée du nazisme et de ses dérives barbares les plus abjectes. Non, nous n’avons et ne voulons rien oublier car si « La Bête est morte » - c’est la première bande dessinée qu’il m’a été donné de lire – elle ne cesse de renaître parmi les âmes égarées obsédées par les théories apocalyptiques du complot contre la race blanche.

Ce livre est richement documenté, et fait revivre de façon réaliste ce personnage dément, ce scientifique dévoyé, psychopathe, inébranlable dans ses erreurs funestes, mais aussi lâche, égocentrique, paranoïaque, veule et sans envergure. Veut-on nous faire croire que ses années d’exil, malgré le soutien financier indéfectible de sa famille d’industriels bavarois soucieux de leur image de marque, ont représenté son enfer sur terre, sans doute pire que les années de prison qu’il aurait subies en se soumettant à la justice allemande ? Après tout, Albert Speer a bien fini par purger sa peine et sortir de prison …

C’est donc un excellent ouvrage, qui retrace de façon claire les vicissitudes géopolitiques ayant interrompu çà et là la traque du plus fameux criminel nazi au cours de l’après-guerre : les objectifs des dictateurs sud-américains soucieux de se constituer un vivier de scientifiques pour contrer les mouvements communistes (se reporter aux excellents thrillers de Philip Kerr qui place son personnage Bernie Gunther au milieu de cette "Nouvelle Germanie" de fugitifs), les préoccupations plus domestiques d’un Mossad pas toujours bien renseigné, les solidarités indéfectibles des anciens nazis en cavale, mais aussi l’acharnement du juge Bauer, des chasseurs de nazis Beate et Serge Klarsfeld, de Simon Wiesenthal … 

Pour Mengele, ils ont malheureusement fait chou-blanc : c'est grand, l'Amérique du sud ! L’homme est mort en 1979 à 68 ans, sans avoir jamais renié ses folles convictions, et sans avoir été trahi  par aucun des siens … à méditer !

 

La disparition de Josef Mengele, roman biographique d’Oliver Guez aux éditions Grasset, 238 p., 18,50€

 

Posté par mpbernet à 07:54 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • J'avais lu il y a quelques années un excellent roman **Wakolda** de Lucia Puenzo sur Mengele

    L'auteure est argentine elle traite d'un aspect de Mengele & aussi du recyclage des nazis en A mérique du Sud

    Posté par Martine, 22 novembre 2017 à 15:05

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