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22 décembre 2017

Honte à notre cécité collective ...

149 Grenelle

Une fois n'est pas coutume, je suis d'accord avec Anne Nivat*, la belle reporter de guerre - épouse de Jean-Jacques Bourdin. Elle relaye l'indignation de petites soeurs des pauvres qui "maraudent" pour soulager la détresse des sans-abris et migrants dans la cité d'Evreux La Madeleine.

On pourrait faire bien plus, collectivement, pour accueillir les sans-abris durant l'hiver, dans des tas de locaux inoccupés.

Oui, je sais, cela coûte cher, on ne veut pas créer d'"appel d'air", mais notre attitude, entre cécité et indifférence, voire hostilité, me révolte.

J'en veux pour preuve un immeuble que je connais particulièrement bien. C'était celui où j'ai travaillé pendant 19 ans ... J'ai pris ma retraite en mai 2007 et à l'époque j'y étais en charge, entre autres, des Services Généraux.

Je le connais donc sur toutes ses cloisons : 1650 m², des sanitaires impeccables, un système de chauffage parfaitement opérationnel et, même s'il est conditionné en bureaux, il peut offrir un gite pour des familles en transit vers l'occident ... Pour en faciliter la vente, nous avions réalisé un ravalement, et repeint la porte cochère dans une couleur passe-partout alors qu'elle était au préalable d'un bleu vif, notre couleur institutionnelle. 

Mais ça, c'était avant : l'immeuble a été déménagé en juin 2007. Et, depuis plus de dix ans, cet immeuble est vide, il commence à se dgrader. Déjà, on remarque des déprédations : la façade est terne, des vitres brisées ... Le plus paradoxal est qu'à une période de sa "carrière", l'immeuble fut le siège d'une organisation caritative internationale, "Care" chargée de venir en aide aux réfugiés ... 

N'était-il pas possible de se servir de ces locaux pour accueillir temporairement des réfugiés, n'aurait-on pas pu prendre l'attache d'une association sérieuse et solvable qui garantisse la restitution des locaux à toute requête, dans la perspectve d'un reconditionnement ...

10 ans de mise au rebut ! Pour de jeunes enfants, un hébergement de cette durée aurait pu leur offrir la perspective d'une éducation de très bonne qualité, dans un quartier où, je vous le garantis, la proportion de personnes non "souchiennes" n'est pas très élevée ... Autant d'occasions gâchées pour notre société, notre économie, notre tranquillité.

Bref, chaque fois que je passe devant cet immeuble où j'ai connu des joies et des peines professionnelles, cela me serre le coeur. Et je suis certaine que ceux de mes lecteurs qui ont partagé mon expérience se sentent tout autant concernés. Esprit de Noël, où es-tu ???

* Dans quelle France on vit, éditions pluriel, septembre 2017

Posté par mpbernet à 08:00 - Coup de gueule - Commentaires [8] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Je suis tellement d'accord avec vous. Il y a aussi toutes les casernes fermées...mais c est une question de volonté. Ici nous avons reçu de jeunes migrants mineurs et ça a été un tollé et pourtant nous avons de la place et des colonies de vacances fermées l'hiver. Je trouve ça tellement triste

    Posté par Joëlle, 22 décembre 2017 à 09:15
  • Celui-ci et tant d'autres... car des immeubles de bureaux vides, il en existe pas mal sur Paris. J'ai songé à ça, samedi, en zigzagant entre les sacs de couchage sur le parvis de Saint Lazare... Quelle belle image de Paris, me suis-je dit !

    Posté par Armelle, 22 décembre 2017 à 09:16
  • "On pourrait faire bien plus, collectivement, pour accueillir les sans-abris durant l'hiver, dans des tas de locaux inoccupés."

    Hélas tout est dit dans cette phrase... oui tant de locaux inoccupés dans nos villes, tant de villages fantômes dans notre belle campagne de France qui ne demandent qu'à revivre ! Tant de places vides et de plus en plus de gens dehors dont beaucoup ne demandent qu'une petite place pour essayer de survivre et de reconstruire leur vie au-delà de l'horreur qu'ils ont vécu, chacun à sa manière... chacun avec son histoire.

    Posté par Mairiuna, 22 décembre 2017 à 10:28
  • Entièrement d'accord !!!!

    Posté par bribriM, 22 décembre 2017 à 12:11
  • Je suis totalement d’accord avec vous et je crains que dans quelques années lesétudes fleurissent avec raison sur le thème
    : « Comment ont-ils pu ne rien faire et pourtant ils savaient ». Merci pour ce billet .

    Posté par Orel, 22 décembre 2017 à 12:25
  • Tout à fait d'accord avec vous : à Paris, comme ailleurs en France, la place ne manque pas... par contre la volonté.. .Merci pour votre billet.

    Posté par Anne, 22 décembre 2017 à 12:45
  • merci pour ce billet... à Montpellier, tout un ensemble immobilier (de moins de cinq ans) composé de bureaux et laboratoires de la Sanofi, jamais utilisés (changement d'objectifs...) viennent d'être rasés..

    Posté par monique, 22 décembre 2017 à 16:26
  • Chère Marie-Pierre, c'est vrai, et c'est un problème partagé dans beaucoup de villes - grandes ou petites-, qui connaissent la contraction des économies et démographique de notre culture capitaliste tardive. Un nouveau élan serait nécessaire, mais c'est trop long pour en parler dans ce commentaire. Seulement, pour tes lecteurs palermitains (y en a -t- il à part moi?!!!) je livre ici une bonne nouvelle. Dans cette ville qui est la mienne, si engagée dans l'accueil continu de vagues incéssant de migrants, : en plein centre ville, à Piazza Politeama, a ouvert "La boutique solidale". C'est une prèmière pour Palerme: les dames de la St. Egidio, opera pia Santa Lucia, oeuvrent depuis un an dans ce bel immeuble jadis inoccupè pour distribuer vetements, livres, jouets, soutien quotidiens aux familles en détresse et aux SDF (douche, coiffure, etc) dans un ambient amical et constructive.

    Posté par zeila, 24 décembre 2017 à 08:33

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