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09 janvier 2018

Couleurs de l'incendie, roman de Pierre Lemaitre

 

couleurs

Comme après la lecture d’« Au-revoir là-haut », il m’a fallu quelques jours pour « digérer » celle de la suite de cet extraordinaire roman de Pierre Lemaitre. Et contrairement à certaines suites moins enthousiasmantes que le premier épisode d’une trilogie, je trouve cet ouvrage aussi bon si ce n’est encore meilleur que le premier. Il ne s’agit pas d’une suite pourtant, mais simplement de la mise en lumière d’un des personnages très peu utilisé dans le premier opus.

L’héroïne en est Madeleine Péricourt, la sœur d’Edouard, ce soldat défiguré sauveur d’Albert Maillard, le comptable qu’il a ramené de l’enfer de la tranchée. De celui-ci, on n’a pas de nouvelles, ni davantage d’Henri d’Aulnay-Pradelle, l’aristocrate-escroc qui purge sa peine de prison et dont Madeleine a divorcé. Un autre personnage déjà entrevu autour de 1920 : l’ancien sergent-chef Dupré, l’adjoint d’Aulnay-Pradelle, devenu fervent communiste et qui s’avère bien utile à Madeleine.

C’est donc en 1927 que débute la nouvelle intrigue, le jour des obsèques quasiment officielles du banquier Marcel Péricourt, patriarche fondateur de la banque, qui a survécu 7 ans au suicide de son fils artiste estropié. Et je n’en dirai pas plus car la mécanique machiavélique de l’auteur commence dès le premier chapitre, avec une violence inouïe.

Bien entendu, on évoque l’influence des grands feuilletonistes du XIXème siècle : la référence immédiate est cette du Comte de Monte-Christo, mais on pense aussi à l’Argent de Zola et, plus récemment, à Maurice Druon et Les Grandes Familles. Et surtout au talent original de Pierre Lemaitre pour monter des mécanismes d’une complexité à la fois fantastique et inexorable. Dans cette période trouble de l’après première guerre mondiale et de montée des fascismes, les effets de la crise économique mondiale se conjuguent pour composer une fresque politique incroyablement addictive pour le lecteur. On retrouve aussi un thème cher à l’auteur : la grande intelligence d’un héros handicapé (le commissaire Camille Verhoven est ridiculement petit, Edouard est une gueule cassée, Paul  …)

Avec des personnages d’une vérité palpable … Madeleine et son fils Paul, sa camériste sublime et perverse Léonce, Gustave, le fondé de pouvoir de la banque Péricourt, le jeune journaliste ambitieux André, la nurse polonaise Vladi, l’énorme diva Solange, l’oncle député dispendieux et ses deux filles si laides … Une galerie de portraits tellement actuels, avec en toile de fond la corruption des élites, la division irrémissible du pays, ses tares congénitales … On perçoit pleinement aussi le travail de préparation et de construction du roman qui est, selon l’auteur lui-même : long, laborieux et ingrat.

Mais surtout, j’apprécie le style limpide, la construction aussi implacable que jubilatoire, et des réserves d’aventures pour le troisième roman de la trilogie … qui pourrait aussi comporter quatre épisodes, on l'a déjà vu chez Pierre Lemaitre !

Bref, un roman à dévorer – je l’ai lu en trois jours – et qui me poursuit encore et toujours …

Couleurs de l’incendie, roman de Pierre Lemaitre, chez Albin Michel,  535 p., 22,90 €

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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