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05 février 2018

Actualité des Arnaques Artistiques : l'affaire Aristophil

 

musée des lettres

 

manuscrit Titanic

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On dit que les Français ont un taux d’épargne trop élevé et qu’ils n’investissent pas suffisamment dans les valeurs utiles à la croissance. Ce n’est pas faux.

Alléchés par des rendements affichés en total décalage avec la réalité de taux d’intérêts historiquement bas, certains n’hésitent pas à risquer leur capital – parfois même tout leur avoir - dans des investissements dits « atypiques » promettant un rendement annuel exceptionnel et des garanties de rachat mirifiques. Et ce, malgré les mises en garde répétées des associations de consommateurs ou de l’Autorité des Marchés Financiers qui rappelle que ce type d’investissement ne rentre pas dans le cadre de la réglementation protectrice des instruments financiers.

Je ne vais cependant pas tomber dans le « victim blaming » mais je me sens moi aussi éclaboussée par le scandale de la société Aristophil et de son dirigeant Gérard Lhéritier (un patronyme qui ne s’invente pas), car j’ai conseillé jadis à mes lecteurs à plusieurs reprises d’intéressantes expositions organisées par le Musée parisien des Lettres et Manuscrits appartenant à cette organisation et fermé à présent.

L’objet de la société était pourtant louable et la formule d’investissement alléchante : sauvegarder le patrimoine littéraire et artistique en proposant aux particuliers d’investir dans des documents historiques – lettres autographes, manuscrits originaux, etc – que la société conservait et au besoin exposait pendant 5 ans avant de les racheter aux investisseurs moyennant un intérêt de 8% annuel.

Sauf que la société Aristophil pratiquait la cavalerie, les nouvelles souscriptions finançant les sorties de stock, tout en invitant les épargnants à réinvestir dans de nouveaux achats de documents, parfois sous la forme d’indivision (ce qui permettait de toucher de petits investisseurs).

Aristophil achetait un grand nombre de lots dans les ventes publiques et ainsi faisait grimper les enchères. Mais surtout : «Les investisseurs n'ont pas tant acheté des manuscrits que des actifs avec potentiel de plus-value», explique Me Philippe Julien. «Entre le prix d'acquisition lors des enchères (...) et la mise en indivision, la direction des fraudes a constaté un écart moyen de valorisation de l'ordre de 150%. Aristophil absorbait toute la plus-value dès le départ, lors de la mise en indivision. Il proposait ensuite 8% de rendement sur un actif surévalué sur lequel il avait déjà fait un gain moyen de 150%. C'est probablement grâce à cet effet de levier que la société a construit sa fortune».

En fait, les manuscrits aujourd’hui saisis vaudraient en moyenne, selon les experts, entre ¼ et 10% du prix auquel ils ont été vendus aux épargnants. Le résultat est une foule de 18000 victimes qui ne sont pas prêtes de retrouver leur investissement. La collection réunie par Aristophil représente en effet 130000 documents, de valeurs contrastées, qui seront progressivement vendus aux enchères pendant au moins 6 années et 300 vacations à Drouot.

A ceux que ces reliques intéressent, affaire à suivre ...Car parmi cette collection fantastique figurent des joyaux comme le rouleau de la Bastille, ce manuscrit des « Cent vingt jours de Sodome » écrit recto-verso sur 33 feuillets (12m de long) par le Marquis de Sade pendant son incarcération, ou le Manifeste du Surréalisme d’André Breton. Ces pièces ont été retirées de la vente et l’Etat se réserve de les acquérir comme « Trésors Nationaux » …

Les scandales et escroqueries dans le monde de l’art ne touchent pas que les grands collectionneurs à la fortune inentamable et qui ne savent pas comment employer leur argent.

Ceux-là, je ne les plains pas. Mais c’est tellement triste pour les autres … Un dernier conseil : quand vous notez que le taux d'intérêt pour un prêt à la consommation en dépasse pas 2%, ne comptez pas sur un taux d'intérêt de placement à 8% ... ça pue l'arnaque !


 

Posté par mpbernet à 08:00 - Coup de gueule - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

    Aristophil

    Bonjour,
    J'ai appris, mais peut-être est-ce une erreur, que l'hôtel particulier où était installé Aristophil était l'ancien hôtel particulier de la famille de la Salle de Rochemaure. Les armoiries seraient encore visibles en haut des portes...Avez-vous des informations à ce sujet ? Merci beaucoup.

    Posté par Gabrielle, 05 février 2018 à 08:29
    • Hélas non !

      Posté par mpbernet, 05 février 2018 à 09:57
  • ooh

    les arnaqueurs ne manquent pas d'inspiration...
    Merci pour cet article fort instructif

    Posté par Nikita, 05 février 2018 à 09:58

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