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27 mars 2018

Le Maître du Talmud, thriller d'Eliette Abecassis

Disputation

 

Abecassis

Il est des livres qui vous rendent plus "intelligents" lorsque vous en tournez la dernière page. Au sens littéral de "mieux comprendre". Et de la connaissance vient la tolérance, et la paix. Hélas, l’inverse est tout aussi vrai.

La notion de palimpseste traverse toute l’œuvre d’Eliette Abécassis. Cette tradition des copistes du moyen-âge qui recyclaient des ouvrages considérés comme dépassés en copiant de nouveaux textes sur les parchemins (tellement chers à se procurer !) après en avoir raclé les lignes avec de la pierre ponce. Elle en a même fait le cœur d’un de ses précédents romans.

Avec Le Maître du Talmud, vous avez en mains un roman-palimpseste : entre les lignes d’un thriller angoissant, vous participez à une intense discussion sur les correspondances et oppositions entre les doctrines juive et chrétienne, entre l’immuabilité de la Loi écrite (la Torah) et la formidable richesse de son interprétation (Le Talmud), vous percevez les fondements de l’antisémitisme européen qui s’est propagé jusqu’à nos jours.

L’intrigue se déroule en 1240, entre la yeshiva dirigée par le célèbre Sire Vives (la maison d’études compte 300 étudiants), le rabbin Yehiel originaire de Meaux et la Cour royale toute proche (le chantier de la Sainte Chapelle est en cours) du pieux Louis IX et de sa mère Blanche de Castille. Elle met en scène un événement historique : la « disputatio » entre théologiens juifs et chrétiens connue sous le nom de « Procès du Talmud »  qui se termina en 1242 par l’autodafé en place de Grève de 24 charrettes de livres sacrés confisqués à la communauté à l’initiative d’un juif converti, Nicolas Donin.

Le roi, toujours en préparation d’une nouvelle croisade, n’est pas dénué d’arrière-pensées (aussi bien canoniques que financières) vis-à-vis des juifs, dont les savants sont eux-mêmes traversés de « courants irréconciliables ». Chacun se méfie de tout le monde et la découverte du cadavre d’un nouveau-né égorgé dans une rue du quartier juif jette le trouble parmi les autorités qui pourraient s’en servir de prétexte à un pogrom comme l’Europe en connaît périodiquement.

Pour ma part, j’ai trouvé dans ce dernier opus d'une écrivaine aussi belle que brillante une masse de notions bien expliquées sur l’essence de la pensée juive, la remise en cause perpétuelle de l’écriture sainte qui permet d’examiner les faits sous différents angles pour tenter d’approcher la vérité. J’ai été étonnée d’apprendre le rôle et les obligations de pureté des Cohen, ces descendants des prêtres du temple de Salomon dont les lignées se perpétuent à travers les siècles, le fait que la Torah ne considère pas l’aveu comme une preuve valable et qu’il est donc interdit de torturer pour l’obtenir puisque de toutes façon il ne vaut rien, le principe absolu du commandement « Tu ne tueras point » que chrétiens et juifs ont en partage, de même que le principe de Hillel : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », c’est-à-dire : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse ». Et aussi : Quand tu fais du bien à ton prochain, veille à ne pas lui faire du mal qui pourrait se tapir dans ce bien ! (p. 206)

J’ai aimé les beaux personnages féminins à la fois séduisants, courageux et intelligents et la complexité psychologique du narrateur. Un ouvrage avec différents niveaux de lecture, à décoder comme un palimpseste, sans modération.

 

Le Maître du Talmud, thriller religieux d’Eliette Abécassis, publié chez Albin Michel, 360 p., 22€

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

    Sérieusement ce livre ne vaut vraiment pas son prix.
    En plus c’est une catastrophe littéraire.
    C’est mal écrit et c’est lent mais lent... les personnages sont fades et sans relief...
    Je n’ai pas pu dépasser la moitié et j’ai du pour ça m’y reprendre à plus de 5 fois.
    Passez votre chemin.

    Posté par Mon_seigneur, 30 juillet 2018 à 10:14

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