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13 mai 2018

L'églantine et le muguet, essai de Danièle Sallenave - de l'Académie française

 

églantinemuguet

C’est la première fois que je prends en mains un livre de Danièle Sallenave – de l’Académie française – pour la bonne raison qu’il m’a été offert.

Bien des aspects de son engagement politique me sont en effet étrangers, même si nous avons de nombreux points communs : une même génération (elle a six ans de plus que moi), une origine familiale très modeste - un père ayant été premier de son canton lors du passage du Certificat d’Etudes (ma mère le fut aussi) et qui fut prisonnier de guerre comme le mien, la nécessité, au soir de la vie, de revenir aux souvenirs de l’enfance en évoquant le parcours et les valeurs de sa famille.

Ce pavé bourré de références (530 pages avec les annexes) raconte son pèlerinage, une sorte de pérégrination savante sur les routes du pays natal, ce territoire compris entre Segré, Angers-Trélazé et Cholet, si proche de la Vendée militaire au passé si prégnant encore aujourd’hui. Un pays où explose un catholicisme de combat, parsemé de laides églises reconstruites en plus grand au XIXème siècle et de châteaux nés de la rente foncière : autant de souffrance pour cette fille d’un couple d’instituteurs laïques et militants socialistes en pays profondément religieux.

Danièle Sallenave, pur produit de l'élitisme républicain, cherche à comprendre notamment comment s’est reformée l’alliance entre l’ancienne noblesse et les républicains face à l’hystérie des conquêtes coloniales et aux mouvements ouvriers. Son récit de la révolte des ouvriers des ardoisières de Trélazé en 1855, préfigurant la Commune, est riche d’enseignements. Comme le paradoxe des descendants des chefs chouans pleinement engagés dans la conquête de l’Algérie : aucun de ces nobles qui avaient défendu les armes à la main le droit des Vendéens d’être fidèles à leurs traditions et à leur Dieu n’imagine reconnaître ce droit aux Arabes …

Bref (mais c’est une antiphrase vu la longueur de ce texte-testament), il faut bien constater que la France est un pays difficilement amendable, même avec l'appui des vaillants hussards de la République. Ainsi que l’écrivait déjà François Guizot (1787 – 1874) : « La France a toujours renfermé deux situations, deux classes sociales, profondément diverses et inégales, qui ne se sont point amalgamées ni placées l’une envers l’autre dans un état d’union et de paix, qui n’ont enfin cessé de lutter, celle-ci pour conquérir le droit, celle-là pour retenir le privilège. C’est notre histoire. »

Danièle Sallenave continue son combat entre l’école catholique et l’école laïque, redoutant les résurgences actuelles de l’activisme religieux. Un paradoxe cependant puisque ceux qui prônent le libre arbitre, la liberté, contestent aux catholiques les valeurs de leur religion… C’est son combat et je le respecte. Elle écrit bien, c’est la seule raison qui m’a fait aller jusqu’au bout de ce livre de souvenirs et d’hommage à ses parents.

Un dernier élément pour en comprendre le titre : l’églantine rouge est la fleur de la fête du travail (qui sera plus tard transposée dans la rose du PS). Elle fut supplantée sous Vichy par le muguet, la fleur de la Vierge Marie …

 

L’églantine et le muguet, essai en forme autobiographique de Danièle Sallenave – de l’Académie française – Gallimard – 531 p., 22,50€

Posté par mpbernet à 07:49 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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