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01 octobre 2018

Piranhas, roman de Robert Saviano

 

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C’est une bande d’ados, ils n’ont pas plus de 16 ans … avec une famille avec des pères et des mères qui travaillent. Ils sont napolitains et biberonnés aux jeux video et à leurs consoles : Assassins’Creed, Call of Duty, Breaking Bad, et vont – occasionnellement – au lycée.

Parmi eux, un ange blond : Nicolas, dit Maharadja. Car tous arborent un surnom … qui leur restera toute leur vie. Sauf que ces jeunes vivent dans un chaudron où la violence camorriste quotidienne fait partie du décor, de la tradition, suinte des murs. A deux sur deux-roues pourraves, ils enfilent les ruelles en sens interdit, fondent sur les places de deal, rêvent d’égaler leurs aînés dont a plupart sont bouclés dans les prisons alentour comme à Poggioreale, l’enfer sur terre.

Depuis qu’il a dénoncé dans « Gomorra » les crimes de la Mafia, Roberto Saviano vit sous protection policière mais continue à décrire ce monde cruel, où l’on commence à entrer dès la sortie de l’enfance et parfois même avant.

La trajectoire de Nicolas, c’est la chronique d’une résistible ascension dans le cursus honorum du crime. Sous la fallacieuse tradition de la fraternité et de l’appartenance, de la soumission et de l’humiliation, de la punition et de la trahison, de la vengeance. Cet engrenage fatal va le conduire, parce qu’il est dans doute plus intelligent que ses copains et qu’il dégage un évidence charisme, à créer son gang personnel, sa paranza, la paranza des gamins, et à tailler des croupières aux caïds vieillissants de la drogue. Car personne ne se méfie de gamins, tout juste bons à s’entraîner à tirer dans les paraboles au-dessus des toîts … dans un premier temps.

 

Piranhas

Comme son jeune héros, Roberto Saviano « est doué ». Il a « une façon bien à lui de voir les choses et de les exprimer, il sait capter les bruits du monde et trouver une langue pour les raconter », comme le dit le professeur de Nicolas. Les paroles peuvent tuer, comme les textos ou les photos sur les portables et aussi les regards : soit vides pires que l’insulte et la rebellion, soit le regard comme un territoire : regarder quelqu’un, c’est comme entrer lui par effraction, l’envahir … Il n’en faut pas plus pour déclencher la pire des humiliation pour le vengeur, voire le meurtre. Une sorte d’obligation si l’on veut rester crédible, s’imposer comme chef …

A Naples, on ne grandit pas, on naît dans la réalité et on la découvre peu à peu. Et, comme dans la série télévisée qui ne manquera pas d’être tournée d’après ce récit initiatique, après les épreuves et les rites de passage, avec en filigrane la transformation progressive de la personnalité du héros, sa découverte de son nouveau pouvoir et de nouveaux plaisirs, ainsi que ses pires souffrances. Terrifiant.

 N.B. Pour ceux que le sujet intéresse, je recommande cet ouvrage publié en 2008 et très écairant : Cosa Nostra, histoire de la mafia sicilienne de 1860  à nos jours.

Piranhas, roman de Roberto Saviano, traduit de l’italien par Vincent Raynaud, publié par Gallimard, 353 p., 22€

Posté par mpbernet à 07:59 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

    Concordo con lei Marie Pierre!È terribile! Per fortuna Napoli non è solo questo...

    Posté par Olga, 01 octobre 2018 à 13:07

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