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21 novembre 2018

Les vainqueurs, par Michel Goya

les vainqueurs

C'est encore le mois de la célébration de l’Armistice de 1918, et je continue à étudier les ressorts de cette période.

Le colonel et docteur en histoire contemporaine Michel Goya – dont j’ai déjà apprécié « L’invention de la Guerre moderne » - analyse ici la contribution réelle de l’armée française à la victoire.

Dans un style fluide et clair, il décrit à l’appui de nombreuses cartes, les options stratégiques, les tactiques, la manière dont les combats sont conjugués en opérations.

Ce qui frappe en premier lieu, c’est l’immensité des pertes, l’inconcevable (aujourd’hui) tolérance collective à la tuerie de masse. En novembre 1917 cependant, au moment où Georges Clemenceau devient Président du Conseil, après la désastreuse opération Nivelle, un profond découragement s’empare des soldats. Défiance vis-à-vis du commandement, lassitude de civils, grèves, appels à la « paix blanche » … Les Russes s’effondrent mais les Américains ne seront opérationnels qu’au printemps 1918.

On découvre l’optimisme de Joffre face à la prudence de Pétain. Ordres et contre-ordres se succèdent aussi entre le généralissime Foch et Pétain jusqu’à l’été 1918. L’apport de Pétain, ménager des hommes et du matériel, dans la victoire finale est indéniable. La mésentente chronique avec les Britanniques aussi.

Les tactiques évoluent au rythme des nouvelles technologies : les combats se développent dans la 3ème dimension (utilisation de l’aviation, rôle des transmissions avec la TSF, essor fantastique de l’industrie d’armement, progrès de la logistique : la vitesse de déplacement des divisions françaises par camions est supérieure à celle des Allemands, précision du renseignement et des techniques de décryptage…). En 1918, la logistique française est ainsi capable d’alimenter simultanément environ 70 divisions, dont chacune consomme 1000 tonnes par jour contre 150 en 1914.

Le changement de stratégie intervient au printemps 1918. On attaque désormais sans préparation massive d’artillerie (qui prive l’adversaire de tout effet de surprise), on utilise plus judicieusement des chars qui ont surtout un effet terrifiant, on bombarde les arrières allemands. Et puis il y a la grippe « espagnole » : 187000 soldats allemands meurent de maladie dans les derniers mois de la guerre. Ce sont les batailles défensives des Alliés qui préparent la victoire finale. Les soldats ont résisté et, jusqu’à la fin du conflit, le taux des réfractaires est très faible.

Le commandement allemand avait promis la victoire et la paix mais ne les a pas obtenues. La désillusion est grande, la nation allemande est à bout de forces. L’Empire s’effondre mais sauvegarde l’honneur de son armée.

Malheureusement, la France qui a gagné la guerre va bientôt se replier sur elle-même et perdre la paix. Les dettes intérieure et extérieure sont colossales alors que les besoins de la reconstruction sont immenses. Les états-majors sont encombrés de jeunes généraux victorieux peu enclins à remettre en cause leurs certitudes et à envisager la guerre moderne …Ce n’est qu’à partir de 1939 que l’on fournira un effort de réarmement  significatif – jusque-là absorbé par la construction de la ligne Maginot – face au dynamisme de l’armée allemande.

Un livre accessible au non-spécialiste, une histoire passionnante de courage et de souffrances qui éclaire aussi sur les pesanteurs typiquement françaises …

 

Les vainqueurs, comment la France a gagné la Grande Guerre – de Michel Goya – publié chez Tallandier – 348 p., 21,50€

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