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01 décembre 2018

Qui se souvient de Marcelin Albert ?

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Il fut le déclencheur de la révolte des vignerons de 1907, une violente colère sociale de la misère qui embrasa tout le Midi après plusieurs années de surproduction viticole et de pratiques de vins frelatés faisant chuter les cours.

Imaginons : en 1904 et 1905, la surproduction de vin est massive dans toute l’Europe : +96% en France, +48% en Espagne, +16% en Italie. Le prix de l’hectolitre chute de 24 F à 6 ou 7 F. Dans ces départements de monoculture (Aude, Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales …) c’est la misère.

Les députés de la région – Gaston Doumergue, Félix Aldy – ne parviennent pas à convaincre leurs collègues de l’Assemble d’adopter des mesures efficaces contre les vins frelatés.

En 1905, 10 000 personnes manifestent à Béziers. Le porte-parole des protestataires est un cafetier vigneron d’Argeliers, poète à ses heures, Marcelin Albert (1851 - 1921) ; en croisade contre le vin de fraude, Il a lancé une pétition pour demander la démission de tous les corps élus, prône la grève de l’impôt. Il a écrit à Georges Clémenceau, ministre de l’Intérieur.

Le signal de la révolte est donné le 18 mars 1907.

Les royalistes tentent de récupérer le mouvement, les régionalistes rêvent d’en faire un mouvement séparatiste, les Radicaux défilent dans les cortèges.

Le 24 mars, le premier meeting rassemble 300 personnes. Des rassemblements sont organisés tous les dimanches : le 31 avec 600 personnes, le 7 avril : 1000, le 14 : 5000, le 21 : de 10 à 15 000 à Capestang, le 28 entre 80 000 et 100 000 à Lézignan-Corbières, 150 000 à Béziers le 12 mai, 200 000 le 19 à Perpignan, le 26 mai, entre 200 et 250 000 à Carcassonne, 300 000 à Nîmes le 2 juin.

Près de 600 municipalités démissionnent.

Marcelin Albert lance un ultimatum au Gouvernement qui dépose un projet de loi contre la fraude et le sucrage des vins.

Pour maintenir l’ordre, l’Armée (25000 fantassins et 8000 cavaliers) sont dépêchés dans la région.

La violence s’étend : barricades, pillage et incendie de préfectures. A Narbonne, on a tiré sur la foule et il y a 5 morts dont une jeune fille qui passait par là par hasard. Ses obsèques donnent lieu à de nouvelle manifestations.

Le 20 juin, 600 soldats du 17ème régiment d’infanterie de ligne quittent leur casernement et fraternisent aves les manifestants à Béziers. On en fera une chanson révolutionnaire : « Salut, salut à vous, braves soldats du 17ème ! ». La police traque les meneurs …

Marcelin Albert s’enfuit à Paris, demande à être reçu à l’Assemblée Nationale qui l’éconduit. Mais Clemenceau accepte de le recevoir en audience. Il lui propose de retourner dans le Midi pour apaiser le jeu et en échange, il réprimera la fraude. Il lui paye son billet de retour et Marcelin Albert a la faiblesse de l’accepter. De retour parmi les siens, il est totalement déconsidéré et devra partir s’établir en Algérie où il mourra dans la misère …

Qu’ont obtenu les viticulteurs en colère ?

- Une loi pour réprimer la falsification des vins et le sucrage,

- Une exonération d’impôts pour les récoltes de 1904 à 1906,

- La création du service de la Répression des fraudes, un rouage de l’Etat particulièrement utile aujourd’hui.

- Une surtaxe sur le sucre.

Quant à la surproduction de vin, elle a trouvé sa solution avec les commandes de l’Intendance et les besoins des Poilus de la Grande Guerre ….

 

N.B. Toute ressemblance avec des événements contemporains est purement le fait du hasard ....

 

Posté par mpbernet à 08:00 - Actualité - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

    Toute ressemblance serait donc fortuite ? 😉🤔
    L’histoire est un eternel recommencement. A tout point de vue, en ce comprise la facon de gérer un mouvement, dont j’approuve le fond et desapprouve totalement la forme....

    Posté par Chantal, 01 décembre 2018 à 08:28
  • Quelle tristesse !

    Je suis devant ma télévision et je vois ce qui se passe près de l'Arc de Triomphe et je suis triste pour mon pays. Les revendications je peux les comprendre, mais ce type de violences non. Comment sortir de cette crise ? Où sont nos élus ? J'aime mon pays mais je n'aime pas ce que je vois.

    Posté par Martine, 01 décembre 2018 à 14:08
  • Cette révolte, pour certains anciens que j'ai côtoyés dans l'arrière-pays de Montpellier dans les années 70, était encore très vive dans les mémoires de certaines familles de vignerons.. Quand la parole n'est pas entendue, ne reste que la Violence comme dernier dialogue.. 2018, l'Etat devait s'y attendre.. Certains privilèges sont devenus insupportables.. Nous devrions nous inspirer de la monarchie parlementaire de la Norvège..très instructif !!

    Posté par monique, 01 décembre 2018 à 18:24

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