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25 janvier 2019

L'anticléricalisme en France, de 1815 à nos jours, essai de René Rémond

 

Rémond

En ces temps d’agitation politique et de contestation violente de notre système représentatif, j’aurais tant aimé avoir le point de vue de mon vénéré professeur d’histoire politique René Rémond, dont j’ai lu avec grand intérêt la biographie par Charles Mercier.

Je me suis procurée l’un de ses ouvrages publié en 1976, réédité en 1996 et 1999, où il définit, analyse et documente les formes d’anticléricalisme, depuis la Restauration jusqu’à la période récente (hélas, il est mort en 2007 !). Histoire de répondre à cette question : pourquoi tant de haine ???

La réinstallation de Louis XVIII sur le trône de France correspond au retour en force du catholicisme et donc, naturellement et de façon symétrique, de l’anticléricalisme. Car c’est le cléricalisme qui crée l’anticléricalisme et évolue au gré de poussées cycliques.

Un des textes fondateurs de l’anticléricalisme est celui d’Ernest Renan, au lendemain du ralliement de l’Eglise à la Révolution de 1848 : l’Eglise peut donc être libérale.

Le livre décrit toutes les formes, récurrentes, de l’anticléricalisme : certaines sont « datées », d’autres évoquent des problèmes d’aujourd’hui. J’en cite quelques-unes, en vrac : la question Romaine, la tutelle de l’enseignement, le contrôle de la Presse, la haine des jésuites, l’immoralité et la cruauté des prêtres avec le thème du prêtre criminel (cf : les affaires Mortara, Maingrat, le curé d’Uruffe).

Même le « Ralliement » de Léon XIII qui commande aux catholiques de France de séparer leur cause de celle de l’antique monarchie ne convainc pas les anticléricaux … et l’affaire Dreyfus enrichit le répertoire de ces thèmes. On va relier le cléricalisme au militarisme et donc à l’antisémitisme.

En mai 1877, Gambetta déclare « le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » comme d’autres hommes politiques diront plus tard « la finance, voilà l’ennemie ».

L’épreuve de la guerre et l’Union Sacrée affaiblit pour un temps l’anticléricalisme qui ne connaîtra pas l’influence dont il a disposé entre 1815 et 1914. L’Eglise s’est désormais engagée de façon irréversible dans la répudiation de ses prétentions à régenter la société.  L’anticléricalisme apparaît donc aujourd’hui comme un préjugé suranné … Est-ce vraiment le cas ?

La Presse fait toujours ses choux gras des abominables affaires de prêtres pédophiles et se régale de voir au banc des accusés un évêque.

L’avatar d’aujourd’hui le plus visible de l’anticléricalisme est la défense sourcilleuse de la laïcité comme synthèse des dogmes et des églises : les obédiences maçonniques, le milieu enseignant, les sociétés de Libre Pensée ont pris le relais.

Car l’anticléricalisme n’est pas seulement une riposte au soupçon d’ingérence des catholiques sur la société. En dépit de ses dénégations, il comporte un élément d’hostilité irréductible à tout ce qui est religieux, même en l’absence de toute provocation radicale ou de toute aberration superstitieuse. Il est le fruit d’une culture qui refuse de faire sa part à une croyance ou qui ne l’admet que comme une forme inférieure de l’activité de l’esprit.

L’arrivée en masse de l’Islam ravive donc la conscience des anticléricaux, en particulier depuis la révolution fondamentaliste des ayatollahs en 1979, et l’apparition du terrorisme. L’anticléricalisme a tout simplement changé de cible … Sauf que l’Islam, et spécialement le sunnisme, ne comporte pas de clergé.

Un livre d’expert, destiné à des experts. Largement documenté, difficile à suivre. Utile aux chercheurs. Je préfère René Rémond à l’oral qu’à l’écrit.

 

L’anticléricalisme en France de 1815 à nos jours (1999), par René Rémond, Fayard, 411p. 25€

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Cet ouvrage me semble très intéressant.

    Posté par Jauneyris, 28 janvier 2019 à 15:04

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