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07 février 2019

Il y a 85 ans et un jour, la République en danger ...

Le 7 février 1934, la France s'est réveillée avec une sacrée gueule de bois .... 

Colonel de La Roque

 

émeute Palais Bourbon

C'est curieux, mais je n'ai entendu, durant toute la journée d'hier, aucune allusion aux terribles émeutes qui secouèrent Paris en 1934 et faillirent renverser notre système parlementaire, après de violentes batailles de rues qui ressemblent très partiellement à ce qui se passe de nos jours ...

La mémoire de nos concitoyens flanche bien opportunément. Un rappel de ce qui se passa voici 85 ans, n'est peut-être pas inutile ...

Histoire aussi de nous rassurer !

Le 6 février 1934, Édouard Daladier présente à la Chambre des députés son nouveau gouvernement. Ce changement de gouvernement fait suite à la découverte, un mois plus tôt, du cadavre d'un escroc, Alexandre Stavisky. L'opinion publique, attisée par la Presse de droite et d'extrême droite (Gringoire  600 000 lecteurs, Candide : 300 000 lecteurs, Je suis partout :100 000 lecteurs), soupçonne des ministres et des députés d'avoir trempé dans ses combines.

La méfiance est exacerbée par l'annonce de la mutation du préfet de police, suspect d'indulgence à l'égard de l'extrême-droite. Depuis le 9 janvier, treize manifestations ont déjà eu lieu à Paris. Tandis que la droite tente d’utiliser l’affaire Stavisky pour remplacer la majorité issue des élections de 1932 remportées par le Cartel des gauches, l’extrême-droite exploite ses thèmes traditionnels : antisémitisme, xénophobie, hostilité à la franc-maçonnerie, antiparlementarisme. (rien de nouveau sous le soleil ...)

Le 6 février, plusieurs manifestations ont lieu simultanément.

Les ligues d’extrême-droite forment plusieurs cortèges. La plus ancienne est l’Action française. Fondée à la fin du siècle notamment par Charles Maurras (60 000 membres), elle a pour objectif affiché de renverser la République et restaurer la monarchie. Elle s’appuie sur les Camelots du Roi, qui, malgré des effectifs assez limités, sont très actifs dans la rue. De fondation plus récente (1924), les Jeunesses patriotes, comptent 90000 membres dont 1500 font partie de «groupes mobiles ». Créées par Pierre Taittinger, député de Paris, elles entretiennent des rapports étroits avec des hommes politiques de droite, et comptent dans leurs rangs plusieurs conseillers municipaux de la capitale. Quant à la Solidarité française, fondée en 1933 par le parfumeur François Coty, elle est dépourvue d’objectif politique précis et ses effectifs sont moins élevés.

L'association d’anciens combattants des Croix de Feu a élargi son recrutement à d’autres catégories sous l’impulsion de son chef, le colonel François de la Rocque. Les Croix-de-feu s’apparentent à une ligue, la première en nombre d’adhérents, dotée elle aussi de groupes de combat et de défense. La Fédération des contribuables, dont les dirigeants ont des objectifs politiques proches de ceux des ligues, appelle à manifester dès le mois de janvier. Les puissantes associations d’anciens combattants appellent à la mobilisation le 6 février. La plus importante d’entre elles, l'Union nationale des combattants (UNC), dont les idées sont proches de la droite compte 900 000 membres. Mais l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC), satellite officieux du Parti communiste français, appelle également ses troupes à défiler le 6 février, bien que sur des mots d’ordre différents.

Les ligues de droite et d’anciens combattants appellent donc à manifester le jour de l'investiture d’Edouard Daladier, place de la Concorde, en face de la Chambre des députés soit au total 30 000 manifestants. Ils crient : « À bas les voleurs ! » et réclament davantage de civisme, d'honnêteté. À l'appel du colonel de La Rocque (ici à droite), les Croix-de-feu se dispersent rapidement. Bien que proches du Palais-Bourbon, ils se refusent à occuper celui-ci. Leur dispersion rend vaine toute possibilité de renverser le régime par la force. Mais autour de la Concorde, la manifestation dégénère. Des milliers de militants en armes tentent de marcher sur le Palais Bourbon. La gendarmerie mobile tire. Les affrontements se prolongent pendant la nuit. Quinze manifestants et un policier sont tués. On compte 1435 blessés.

Édouard Daladier, porté au pouvoir par la majorité socialiste et radicale élue en 1932, doit céder la place à l'ancien président de la République Gaston Doumergue. Dans le nouveau gouvernement entrent Édouard Herriot et les chefs de la droite battus deux ans plus tôt. La gauche parlementaire dénonce dans la manifestation du 6 février une tentative de coup d'État fasciste. Elle appelle au rassemblement des forces progressistes. Trois jours plus tard, une contre-manifestation à laquelle participent les socialistes et les communistes dégénère à son tour et fait 4 morts et de nombreux blessés. Les militants poussent leurs chefs à s'unir pour faire front à la droite et gagner les prochaines élections législatives.

Daladier prend les premières mesures pour obtenir le rétablissement de l’ordre public (il envisage notamment d'instaurer l'état de siège). Ses consignes sont peu suivies par la justice et la police. De plus, il enregistre la défection de la plupart de ses ministres et de son parti. Il se résout finalement à démissionner. C’est la première fois qu’un gouvernement doit démissionner sous la pression de la rue. La crise se résout finalement avec la formation d’un nouveau gouvernement sous la présidence de l'ancien président de la République Gaston Doumergue rappelé par Albert Lebrun, ce dont les ligues semblent se contenter. Qualifié de gouvernement d’«union nationale», il regroupe surtout les principales figures de la droite parlementaire (André Tardieu, Louis Barthou, Louis Marin), plusieurs radicaux et le maréchal Pétain.

Le 12 février, la CGT (socialiste) et la CGTU (communiste) décident d’une journée de grève générale et la SFIO et le Parti communiste appellent à une manifestation parisienne qui n’a pas vocation à être commune mais voit pourtant les deux cortèges fusionner : un premier rapprochement entre socialistes et communistes, ennemis depuis 1920, qui va aboutir en 1936 au gouvernement de Front populaire, composé de radicaux et de socialistes avec le soutien communiste.

Février serait-il un mois propice aux émeutes et aux réconciliations ?

(Source : Hérodote.net)

Posté par mpbernet à 08:00 - Actualité - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

    Hasard?

    Hier le Président de la République recevait deux représentants symboliques l’une de l’extrême droite, l’autrès de l’extrême gauche.

    Posté par Brigitte, 07 février 2019 à 08:20
  • Merci de nous rafraîchir la mémoire !

    Posté par Marie-Laure, 07 février 2019 à 14:26
  • Merci pour ce rappel historique et le lien de la source

    Posté par Jauneyris, 08 février 2019 à 14:18

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