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11 février 2019

L'homme aux lèvres de saphir, thriller historique d'Hervé Le Corre

 

lèvres de saphir

Âmes sensibles, accrochez-vous, mais le roman en vaut la peine …

Voici le préquel du dernier livre d’Hervé Le Corre «Dans l'ombre du brasier» qui m'a fait découvrir récemment cet auteur majeur de polars noirs.

Henri Pujol, le géant à l’accent rocailleux de Toulouse, en est le principal personnage et fait le lien entre deux épisodes qui se situent à la toute fin du Second Empire, quelques mois avant le vote du dernier sénatus-consulte de mai 1870 qui consacre la transformation libérale et parlementaire du régime à bout de souffle de Napoléon III.

Un vieux monde en déliquescence, où les Messieurs très "comme il faut" vont finir leur soirée au bordel, les artisans et ouvriers épuisés s’affaler au comptoir de bistrots enfumés, où les argousins s’infiltrent dans les tavernes pour démasquer les adeptes de l’Internationale … il faut dire qu’à part les informations fournies par les indicateurs, la police n’a pas beaucoup d’outils fiables pour traquer les assassins.

Dans ce Paris des Impressionnistes et de Zola, un éventreur est à la manœuvre. Il tranche ses victimes de bas en haut, des jeunes hommes à l’ample chevelure blonde, les ouvrant du pubis au sternum, puis les scalpe et leur glisse au fond de la gorge un petit crabe mou ... Il met en scène de façon spectaculaire ces crimes atroces qui correspondent à l’œuvre d’un jeune poète inconnu dont il est éperdu d'amour et d'admiration : un certain Isidore Ducasse, rencontré à Bordeaux, et qui n’a pas encore publié son premier recueil de poèmes surréalistes et sanglants : Les chants de Maldoror.

Pour le Chef de la Sureté, cette série de meurtres effrayants commence à poser problème. Il compte sur la sagacité d’un jeune inspecteur plutôt moins corrompu que la plupart des argousins, François Latamendia. Et sur l’honnêteté d’Etienne, un jeune ouvrier tourangeau monté à Paris qui a aperçu l’effrayant criminel.

Dans un style étincelant, une langue imagée, avec la description haletante de luttes farouches, les décors fangeux des caniveaux glissants des bas-fonds, à travers le parfum suave mêlé de sueur du salon de la maison close, Hervé Le Corre ne cache pas son inclination pour la lutte sans pitié que se livrent les nantis et les exploités qui vont très bientôt se soulever dans l’épisode sanglant de la Commune.

C’est un combat qui, pour les survivants, débouchera sur l’institution de la République … mais pas vraiment sur l’allègement de la situation des travailleurs. Mais l’espoir fait vivre !

P. S. Une remarque : je n'ai pas bien compris la signification du titre ... mais quelque chose m'a peut-être échappé. Et surtout, merci à Michèle P. d'avoir retrouvé la référence pertinente dans le Chant 6 de l'oeuvre de Lautréamont, qui explique et le titre de ce roman et le truc du tourteau enfoncé dans la gorge des victimes. Ah, la culture, lorsqu'elle est partagée, quel trésor !!!!

 

L’homme aux lèvres de saphir, thriller de Hervé Le Corre, collection Rivages Noir, 503p., 9,15€

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Je pense que cet ouvrage va me plaire. Merci pour vos références bibliographiques.
    Bonne journée

    Posté par Jauneyris, 11 février 2019 à 11:09

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