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27 février 2019

Après la guerre, roman noir d'Hervé Le Corre

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Le Corre

« Après la guerre, parfois, la guerre continue. Silencieuse, invisible … »

Bordeaux, fin des années cinquante, la belle endormie s’est fait une nouvelle virginité avec son maire issu de la Résistance (celui qui grimpe quatre à quatre les marches des palais ministériels … ) : ses rues bordées de fiers hôtels du XVIIIème siècle encore bien noirs, ses ruelles où s'alignent les échoppes, les quais brumeux, les pavés glissants ...

Seulement quinze ans après la fin de l’Occupation allemande dont les plaies sont loin d'être refermées, voici à nouveau la guerre, en Algérie …

Dans la Bordeaux vaseuse, liquide, boueuse, dans ses rades enfumés où des mecs pas très nets jouent avec leurs brêmes (cartes en argot, on en apprend beaucoup dans ce livre), tout en surveillant en loussedé leurs gagneuses et où la police vient aux renseignements, se joue une tragédie à trois personnages.

Albert Darlac est un commissaire de police pourri. Il a réussi à se faufiler du bon côté du manche en 44, n’hésite devant aucune violence pour avancer, il a fait des affaires avec les Allemands, monnayé chèrement son appui à des demi-sels, dénoncé des Juifs et des communistes. C’est un criminel endurci qui torture sa femme, rêve de sa belle-fille …

Dans l’ombre, un homme revient quinze ans après. Jean Delbos, qui a survécu à Buchenwald et a décidé de faire souffrir Darlac autant qu’il l’a fait souffrir. André - il s’est forgé une nouvelle identité – se faufile tel un fantôme rusé, échappant à toutes les recherches, pourtant touché lui aussi par la tentation du pardon. Et il ne reconnaît même pas son fils, Daniel, dans ce garage mal éclairé où il vient faire réparer sa moto.

Daniel, qui se rappelle la rafle qui a emporté son père et sa mère alors qu’il n’avait que 5 ans et en garde un souvenir flou, qui va partir pour l’Algérie …

C’est un roman plus que noir, où la psychologie des protagonistes compte plus que l’intrigue policière, pourtant haletante. Un style acéré, envoûtant, une construction impeccable, des scènes de violence plus réalistes qu’au cinéma – on croirait voir surgir Gabin d’une 403 – des descriptions de combats dans le djebel comme on en a rarement vues … une réflexion sur la transformation de l’homme pendant un conflit, quand les passions remontent à la surface, celles des héros comme celles des plus atroces criminels.

Hervé Le Corre est un grand écrivain.

 

Après la guerre, roman par Hervé Le Corre, publié chez Rivages/noir, 575 p., 8,50€

Posté par Bigmammy à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • je note cette référence bibliographique.
    Bonne journée

    Posté par Jauneyris, 27 février 2019 à 14:42

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