Bigmammy en ligne

09 mars 2019

A propos de la journée internationale des droits des femmes

 

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Vieillir présente au moins un avantage : avoir du recul.

Dépassons le ridicule de cette journée des femmes – il paraît que c’était hier … Quels progrès réalisés en un demi siècle, dans notre pays tout au moins ! 

Quand je me projette à l'époque de mes 17 ans, j’ai encore en mémoire mon projet de vie : trouver un garçon avec une « bonne situation » et l’épouser, comme l’avait fait ma sœur aînée à l’âge de 19 ans. Une bonne situation, c’était un métier qui permettait de vivre sur un seul salaire, madame élevant les enfants – l’idéal étant d’en avoir deux.

Il fallait bien choisir, les divorces étaient rares, la vie maritale absolument proscrite, comme les enfants hors mariage. Ma mère, qui avait travaillé jusqu’à ma naissance – soit plus de 15 ans – avait quitté son emploi pour élever ses deux filles. Je me suis toujours demandé quel fut son déchirement de quitter un emploi d'assistante d'un directeur au ministère des affaires étrangères. Elle ne s’en est jamais plainte.

Après le Bac, j’ai eu du bien mal à choisir une orientation. Ma place était pourtant réservée dans la classe de « lettres supérieures » tout juste ouverte dans mon lycée… Mon projet était de devenir assistante de direction : en cette fin des années 60, c’était un job prometteur ouvert aux jeunes filles (au moins jusqu’à leur mariage !), l’école la plus prestigieuse étant HEC JF (Jeunes filles). Une ambition modérée. Cependant, le fait que cette école soit « genrée » me déplaisait …et je n’avais aucune envie de devenir enseignante. Ma mère me recommandait de m’inscrire en faculté de droit …

Et puis j’ai rencontré le fils d'un ami de mes parents qui m’a fait visiter les locaux de la rue Saint Guillaume … et je me suis inscrite pour passer le concours d’entrée en première année de Sciences Po. J’y ai rencontré Claude. Nous nous sommes mariés et j'ai commencé à travailler en 1967. J'ai intégré une banque juste après avoir obtenu mon diplôme mais j’ai démissionné à la première mutation en province de mon mari. Dans notre liste de mariage, toute la panoplie pour organiser des dîners destinés à favoriser les contacts professionnels de mon gentil mari … Un matériel devenu depuis de nombreuses années tout à fait inutile. Qui organise des dîners en ville aujourd'hui ?

J’ai arrêté de travailler pendant 5 ans jusqu’à ce que la carrière de Claude nous ramène à Paris. J’ai repris un emploi, sans me douter que nous ne repartirions plus en province. Et que je commençais une carrière de 35 années. C’était une belle époque où on commençait à utiliser l’autre partie de l’humanité, les femmes, à d’autres fins que des emplois subalternes.

En revanche, nous n’étions pas assez nombreuses et trop jeunes pour peser sur les poncifs habituels : double mission de cadres et de mères, risque d'absences pour grossesses inopinées – on n’a jamais fait de reproche à un mec qui se casse une jambe au ski – pas aptes à manager des hommes. Donc, il convient de les affecter à des tâches transversales, au mieux à des jobs d’experts. Tout un tas de prétextes pour les payer 25% de moins que leurs homologues masculins et surtout ne pas leur permettre de percer le plafond de verre.

Aujourd’hui, l'écart salarial a légèrement diminué. Les femmes en font toujours plus que les autres, sont plus nombreuses que les garçons dans des filières particulièrement sélectives – comme les écoles vétérinaires – on reconnaît leur compétence et les lois sur la parité leur offrent une visibilité politique et médiatique plus forte. Leurs responsabilités sont celles de tout cadre – avec la charge mentale qui va avec mais avec en plus à supporter les comportements sexistes de leurs collègues.

J’admire les carrières de mes filles, dans un contexte de crise économique inconnu avant la crise de 2008. Ce sont des guerrières, des battantes, elles sont créatives, loyales, assidues, tendres mamans et jolies femmes, des exemples pour leurs enfants comme le fut ma mère jadis.

En retrouvant dans mes archives ses diplômes de l’école Pigier et son certificat d’édudes avec mention Très bien soulignée 3 fois, je mesure le chemin parcouru en trois générations, c’est ma fierté de fille, mère et grand-mère. Quand je pense à ma propre grand-mère qui ne savait ni lire, ni écrire et ne parlait pas le Français ...

Posté par mpbernet à 08:00 - Coup de coeur - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires

    Bravo à vous; que de chemin parcouru !
    Néanmoins, j'ai un doute sur le certificat d'études; il ne peut être à vous, car vous n'êtes tout de même pas née en 1913 ??? Dans ce cas, vous ne paraissez pas du tout votre âge ! Bon week-end

    Posté par Nikita, 09 mars 2019 à 15:19
  • Si on lit le post jusqu’au bout on voit qu’il s’agit bien de la mère de Bigmammy
    Je suis un peu plus jeune que bigmammy, j’ai aussi étudie à Sc Po. Dans l’ecole religieuse ou j’aI passé mon bac en 1972 ,il était souhaitable de passer un diplôme genre BTS en deux ans pour travailler rapidement et faire bouillir la marmite jusqu’à ce que le mari termine ses études et travaille . Ensuite madame pouvait se consacrer à sa famille et sa maison
    Mes parents ne m’ Ont pas incité à suivre cette voie

    Posté par Elleoj, 09 mars 2019 à 17:48
  • Ces souvenirs de votre maman sont très émouvants.

    Posté par Sylvie, 09 mars 2019 à 18:04
  • Une question, chère Marie-Pierre, comment, telle que je vous imagine, avez-vous tiré parti de vos 5 années d' inactivité professionnelle en une province inconnue de vous jusqu' alors?
    '

    Posté par Christine, 10 mars 2019 à 08:49
  • @Christine

    Eh bien, pendant ces 5 années où je ne "travaillais pas", j'étais aux côtés de mon mari sous-préfet et jouais le rôle de la jeune épouse qui organise des dîners, paraît en public, visite des hôpitaux, assiste la femme du préfet lors de la fête du Noël des enfants de personnel … puis comme la délicieuse épouse du président du Conseil Général me faisait remarquer que nous n'avions pas encore d'enfants après quatre années de mariage, nous en avons mis au monde deux ….En fait, j'ai beaucoup appris de la vie des vrais gens en province - moi qui n'avais jamais quitté Paris - et apprécié les paysages de l'ouest de la France : la Vendée, le Morbihan et l'Indre-et-Loire.

    Posté par Marie-Pierre, 10 mars 2019 à 10:42
  • Si cela vous intéresse
    L’histoire édifiante des femmes étudiantes à sc po
    https://www.sciencespo.fr/

    Posté par Elleoj, 11 mars 2019 à 21:39

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