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16 mai 2019

Thermidor : la fin d'une époque ...

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Neufchateau,_François_de

 

Je lis à mon tour l’excellent ouvrage de Jean Tulard « Les Thermidoriens » publié en 2005 et critiqué par Claude en 2016 … et je me replonge dans cette période de l’histoire de France mal connue - pour moi, c'est uniquement le souvenir d'un style de mobilier de bois clair, décoré de losanges ... et mal aimée. Cette période troublée se situe entre août 1794 et décembre 1799, c’est-à-dire entre l’élimination de Robespierre et le coup d’Etat de Bonaparte …

Une lecture qui permet d’appréhender les permanences séculaires de la vie politique avec ses fractures, ses coups bas, ses idéologies irréconciliables : « La France est une terre de règlements de comptes que favorisent les changements de régime. » Rien ne change ...

A la différence notable qu’à l’époque de la Convention, un changement de majorité parlementaire s’accompagne de l’élimination physique des leaders perdants (comme les Girondins, Danton, Hébert, Saint-Just). Le 9 thermidor (27 juillet 1794), les vainqueurs de Robespierre n’ont pas conscience d’avoir accompli un coup d’Etat, mais veulent simplement sauver leur peau, accessoirement en évitant une dictature. Car la loi du 22 Prairial de l’an II (10 juin 1794) a accentué le contexte de la Terreur. Devant le Tribunal révolutionnaire, ni interrogatoire préalable, ni avocat, ni audition de témoins, un seul choix : l’acquittement ou la mort. On juge sur de simples présomptions morales.

Leur objectif est d’échapper à la Terreur, rétablir la stabilité politique en combattant deux menaces : les Jacobins qui tiennent la rue parisienne et les tentatives de restauration monarchique qui rétablirait les émigrés dans leurs anciens droits.

Dans une France minée par la misère, la faillite financière et l’inflation galopante, la corruption généralisée, le relâchement des mœurs et la guerre aux frontières, les Thermidoriens qui créent le Directoire ont cependant modelé une société et créé des institutions utiles et durables, reprises par Napoléon – on l’a souvent oublié – mais ils n’ont pas restauré l’Etat. La seule issue, après cinq années d’anarchie, est le recours à un homme providentiel issu de l’Armée. On cherche un général, on pense d’abord à Joubert, mais il se fait tuer à Novi. Ce sera Bonaparte, rentré en vitesse d’Egypte. Son pouvoir sera une dictature de salut public à la romaine, pour sauver les conquêtes de la Révolution : la destruction de la noblesse et de la féodalité et la reconnaissance de la vente des biens nationaux.

Nous avons retenu plusieurs noms de ces Thermidoriens : Barras, Tallien, Sieyès, Carnot … Mais ce qui me fascine, c’est la foule de noms qui m’étaient jusqu’ici totalement inconnus, mais qui fleurissent sur les plaques de rues de Paris. Une cohorte de députés, juristes, savants, artistes de cette époque troublée, souvent appartenant à la franc-maçonnerie et auxquels on a fait l’hommage public d’une voie de la capitale … En vrac : Boissy d’Anglas, Daunou, Cambacérès, Bourdon, Geoffroy Saint Hilaire, Duphot, Delambre, Legendre, Prony, Cassini, Berthollet, Fourcroy, Vauquelin, Lamarck, Daubenton, Cuvier, Pelletan, Volney, Cabanis, Sébastien Mercier …

Pour mémoire 60% des noms de voies de Paris sont donnés en mémoire de personnalités nées entre 1700 et 1850, et seulement 6% concernent des femmes …

Une personnalité à qui on doit beaucoup : François de Neufchâteau, poète et ministre de l’intérieur, excellent gestionnaire, inventeur du concept d’Exposition Universelle (la première fut installée au Champ de Mars en 1798), de l’annonce publicitaire, de la vente à prix fixe, créateur de la Caisse d’Escompte et de Commerce qui deviendra la Banque de France, initiateur de la statistique. Il a sa rue dans le 11ème arrondissement …

Lire un livre d'histoire est toujours un enrichissement !

Posté par mpbernet à 08:00 - Journal de bord - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Je souris en lisant la fin du billet car ayant habité aux Batignolles durant 20 ans, et en feuilletant l'excellent livre de Parigramme sur l'arrondissement, j'ai pu découvrir tous ces noms de rues que j ai arpenté car mon père travaillait rue de Prony & Méderic!

    Posté par Martine, 16 mai 2019 à 09:36

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