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10 octobre 2019

L'histoire du monde se fait en Asie, par Pierre Grosser

 

Grosser

Pas question de résumer ici les 600 pages de cette somme géopolitique parcourant un peu plus d’un siècle de relations internationales entre les « Grands » de ce monde.

Claude et moi avons jadis suivi avec passion le cours du père de l’auteur, Alfred Grosser, LE spécialiste incontesté de l’Allemagne. Le fils suit les traces de son père à Sciences Po et c’est sans doute ici son œuvre maîtresse.

Un cours magistral, un ouvrage de référence qui se lit comme un roman. D’autant plus que cette histoire, notre génération en a connu des bribes durant les soixante dernières années, sans comprendre ce qui se passait si loin, à l’autre bout de la planète. Mais le monde a considérablement rétréci et l’Asie - et tout particulièrement la Chine - reprend, dans le temps long, la place prépondérante qu’elle avait occupée dans les siècles passés.

Ce livre permet de comprendre comment « La civilisation du XXIème siècle a glissé vers l’Asie » ainsi que le déclarait Gorbatchev. Tout commence avec la défaite russe de 1905 devant le Japon, puissance émergente et « non-blanche ». Un coup de tonnerre en Europe, qui va secouer l’empire tsariste et précipiter l’avènement du communisme. C’est l’époque des impérialismes : le Japon en Chine, les Anglais pour protéger la route des Indes, la Russie soviétique qui cherche sans cesse un port libre de glaces, la France en Indochine, les Etats-Unis : chacun tient à conserver ou étendre sa sphère d’influence. C’est un jeu de bascule où les alliances se nouent et se dénouent au gré des circonstances : des conflits régionaux, des échéances électorales, des routes commerciales.

C’est le « Grand Jeu ». Les Etats-Unis veulent empêcher l’expansion japonaise en Chine et en Sibérie mais partagent avec le Japon l’hostilité envers le communisme. Je Japon cherche à expulser les Etats-Unis de tout le Pacifique. L’Union soviétique est jugée dangereuse à la fois parce qu’elle veut propager la révolution et abattre les sociétés bourgeoises mais aussi parce qu’elle prétend soulever les masses de couleur contre les colonisateurs. Il ne faut pas négliger la composante raciste des antagonismes entre puissances.

La Guerre froide commence ainsi entre les deux guerres, avec les affrontements en Mandchourie considérée par le Japon comme le pilier de son autarcie future. C’est Georges Orwell qui le premier utilise ce terme, lui qui voit trois méga-empires invulnérables en Asie : Les USA, L’URSS et la Chine.

Guerre de Corée, guerre du Vietnam, conflit indo-pakistanais, sino-indien, sino-soviétique, « indépendance » de la Mongolie extérieure, agitation soviétique dans le Xinjiang, Tibet, guerre entre le Vietnam et le Cambodge, « punition » du Vietnam par la Chine. Alliances, coopérations économiques et conseillers militaires, livraison d’armes, positions à l’ONU … la période est riche en rebondissements. Le plus notable est l’émiettement du camp communiste à partir de 1978 – 1979 en Asie et son effondrement en 1989, secoué par les affirmations nationalistes, les rivalités historiques, la concurrence idéologique, la peur et la haine, le fiasco économique.

Des points de friction restent encore irrésolus : les Kouriles, Taïwan, le Cachemire, Hong Kong …

Pour la Chine réunifiée, il devient aujourd’hui plus rentable, pour devenir moderne et puissant, de rejoindre l’ordre international libéral plutôt que de le contester et de le combattre. Un exemple évident : Singapour …

Un livre – et il n’en est pas beaucoup – qui permet de comprendre le monde dans lequel nous vivons, et finalement avec une certaine dose d’optimisme.

 

L’histoire du monde se fait en Asie, une autre vision du XXème siècle – édition 2019 – par Pierre Grosser, chez Odile Jacob, 667p., 21,90€

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Merci !

    Je note de suite le titre de ce livre de Pierre Grosser.
    C'est une excellente idée de cadeau pour mon mari, passionné de géopolitique.
    Et si, en plus, il contient "une certaine dose d'optimisme", il va falloir que je le lise également. Car moi, je ne vois aucune raison d'être optimiste dans le monde actuel !

    Posté par Sylvie, 10 octobre 2019 à 10:37

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