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02 février 2020

Peter Holtz, autoportrait d'une vie heureuse, roman par Ingo Schulze

Peter Holtz

Il était une fois la réunification allemande …

En langage Pegida (Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident), les politiciens sont «des traîtres» et les partis «des flûtes à bec» (l’expression consacrée du temps du communisme pour dénigrer les partis officiels d’opposition tels que la CDU de l’Est), et la presse «mensongère».

Chez nous, un homme qualifié de «bonne pâte » est réputé être « du bois dont on fait les flûtes » … c’est-à-dire souple, facile à convaincre, discipliné, adaptable … Peter Holtz est de ceux- là.

Orphelin né en 1962 (comme l’auteur), il a été façonné dans l’idéologie communiste comme jadis le furent par les nazis les jeunesses hitlériennes. Mais lui, c’est un pur, un croyant : naïf, altruiste à l’extrême, souvent incompris, il rêve de la transformation de la société corrompue par l’argent, qui se prétend socialiste mais se protège par une police politique omniprésente, dernier avatar d'un système politique issu, selon lui, d’un christianisme mal assumé.

De son éducation socialiste, Peter prend tout à la lettre. Comme un certain nombre d’Ossies, pour lui, la chute du mur en 1989 va conduire la RFA à adopter les structures de la RDA, ce qui va transformer fondamentalement la république fédérale. Lorsque le mur s’écroule, Joachim Lefèvre (faux-nez de Lothar de Maizière) dit « Nous devons proposer des mesures, si les gens victimes de persécutions (à l’Ouest), des pauvres et des sans-abris veulent venir chez nous » …

Mais voilà, Peter va visiter Berlin Ouest … il fait des rencontres, se convertit au christianisme, s’adapte avec toute son énergie à son nouvel environnement, découvre l'art … Maçon, travailleur, généreux, sincère, il accepte de recevoir des immeubles de Berlin-Est en quasi ruine, les retape …et devient millionnaire !

Ce livre a rencontré un grand succès en Allemagne. On y retrouve l’ambiance des films « Good Bye Lenin » ou « La vie des autres » … Mais je ne cache pas que les longues explications sur la fonction de l’économie sociale de marché et la valeur de l’argent sont parfois « langweilig »*.

C’est une parabole qui tourne à la farce, avec une multitude de personnages complexes, qui décrit comment l’Allemagne de l’est s’est convertie au capitalisme … Mais sous cet aspect parfois clownesque, court une réflexion philosophique désabusée … une certaine nostalgie d’un monde où, du moment qu’on restait « dans les clous » de la direction politique, on pouvait vivre confortablement … sans avoir aucune idée de ce qui se passait dans le « monde libre ».

* ennuyeux

 

Peter Holtz, autoportrait d’une vie heureuse (Peter Holtz, sein Leben erzählt vomi hm selbst) traduit de l’allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, édité chez Fayard, 513 p., 24€.

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