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13 février 2020

Apaiser Hitler, par Tim Bouverie

 

apaisement

Il y avait longtemps que je n’avais pas lu un ouvrage d’histoire qui se lise comme un thriller, et encore plus, lorsqu’on en connaît parfaitement la fin …

Bien entendu, comme toute personne intéressée par les guerres mondiales et leur processus de déclenchement, j’avais entendu parler de la politique d’apaisement largement pratiquée par les Britanniques et suivie par les Français vis-à-vis d’Hitler … Mais de là à entrer dans le détail des conversations, des échanges de courriers personnels des protagonistes, des comptes-rendus des émissaires et des conférences … C’est sidérant !

En Grande-Bretagne comme en France – les admirateurs anglais du nazisme sont plus nombreux, surtout dans la classe dirigeante – la grande majorité des peuples est pacifiste. La Grande guerre a laissé des traumatismes irréparables, et la crise économique des années 30 a saigné les économies.

Les dirigeants européens se bercent d’illusions : la Sécurité collective prônée par la Société des Nations, les accords de Locarno, le pacte Briand-Kellog qui condamne le recours à la guerre pour le règlement des différends internationaux. Pour les Allemands en revanche, le « Diktat » de Versailles est une souillure qu’il faut à tout prix anéantir. A partir de l’arrivée au pouvoir d’Hitler, l’Allemagne réarme …

Le principal tenant de la politique de négociation et d’indulgence vis-à-vis de l’Allemagne est le Premier ministre Neville Chamberlain, l'homme au parapluie. Il s’accroche à la chimère d’une Conférence de désarmement multilatéral car pour lui, l’idée d’une guerre préventive est inenvisageable.

Face à lui, au sein du parti conservateur largement majoritaire, Winston Churchill. Lui a lu "Mein Kampf". Ses mises en garde sur le thème de la production accélérée d’une aviation de guerre allemande bientôt plus performante que la RAF sont soupçonnées de cacher sa volonté de relancer sa carrière. En outre, face au bolchevisme, Hitler semble un moindre mal, surtout chez les possédants, sans parler du penchant pour le nazisme de l’éphémère roi Edouard 8.

Inlassablement, Neville Chamberlain qui remplace Baldwin après le couronnement de George 6, va tenter, jusqu’au dernier instant, de négocier avec Hitler en lui proposant des compensations coloniales, une non intervention après l’affaire des Sudètes, accepter d’abandonner les engagements pris auprès des Autrichiens, puis des Tchèques et des Polonais. Les Français, confiants en leur ligne Maginot, sont toujours à la remorque.

On note les divergences profondes au sein même du parti au pouvoir : Antony Eden est bientôt partisan de la fermeté envers les dictateurs et de l’accélération du réarmement. La fronde gagne du terrain mais personne n’accepte de « mourir pour Dantzig ».

Hitler ne respecte aucune de ses promesses. Chamberlain lui envoie de multiples émissaires occultes négocier des arrangements, tente de conclure un pacte avec l’Union soviétique qui, au dernier moment conclut un traité avec l’Allemagne pour s’emparer de la Pologne …Les ministres du Cabinet sont sur écoute .. 

La politique d’apaisement, décrite comme le fait de « gratter la tête d’un crocodile pour le faire ronronner » (Hugh Cecil) est une manifestation collective de l’aveuglement au désastre de Chamberlain qui sera, in fine, abandonné par les siens et laissera la place à Winston Churchill.

Les responsables du désastre sont hélas légion. Entre les députés travaillistes opposés au réarmement, les patrons de presse adents propagandistes de l’isolationnisme, l’entêtement naïf de Chamberlain … sans oublier la couardise de la France perpétuellement en période de crise ministérielle.

L’Empire britannique, les Etats-Unis et la France, s’ils avaient parlé d’une seule voix, auraient peut-être réussi à contrer Hitler. En tous cas, aucun de ces pays ne peut nier ou se soustraire à sa lourde responsabilité.

Un ouvrage à méditer face à certains dictateurs d’aujourd’hui …

 

Apaiser Hitler, par Tim Bouverie « Appeasing Hitler : Chamberlain, Churchill and the road to war », traduit par Séverine Weiss, édité par Flammarion, collection Au fil de l’histoire, 663 p., 29€

Posté par Bigmammy à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Merci pour cette référence bibliographique fort intéressante
    Bonne journée

    Posté par Jauneyris, 13 février 2020 à 10:17
  • Présentation très intéressante de ce livre.

    Posté par Lyllia, 13 février 2020 à 10:45

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