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15 avril 2020

Mont-Oriol, roman de Guy de Maupassant

 

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Mont Oriol

Moins célèbre que Une Vie ou Bel-Ami, Mont-Oriol est le quatrième roman de l’auteur, publié en 1887.

Maupassant brosse ici une peinture grinçante de la société bourgeoise de sa « Belle Epoque », une analyse sans fard de la psychologique des élans du cœur dans une société corsetée et des stratégies de mariage des jeunes gandins.

Tout se déroule dans un environnement champêtre mais bien loin de la Normandie si chère à Maupassant : Enval, près de Châtel-Guyon, la merveilleuse région de la Limagne, l’Auvergne et sa chaîne des puys, les anciens cratères devenus des lacs circulaires, les prairies où paissent les vaches, les vignes … et sur une période de deux étés. Celui de la conquête et celui de l’abandon.

C’est la grande époque des stations thermales où l’on prétend soigner les rhumatismes, les maladies digestives, la stérilité des femmes, les maladies nerveuses … Il y a là une nuée de médecins cupides, des paysans enrichis et calculateurs, des estivants oisifs, des jeunes gens en recherche d’une héritière qui les entretiendra, des artistes de seconde zone qui animent des casinos …

 

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Christiane est mariée depuis deux ans à William Andermatt, un investisseur-né. Elle a cédé à l’influente pression du marquis de Ravenel, son père. Will est juif, certes, mais riche, malin, si gentil, si entreprenant, si habile. Il pourvoit à tout, tout ce qu’il touche se transforme en or … et généreux aussi : il ne cesse de venir en aide au frère impécunieux de Christiane, le jeune Gontran qui a emmené avec lui son ami Paul, exalté, qui vient d’être secoué par un nouvel amour déçu.

 

 

Paul est séduisant, plein de fougue, élégant … Christiane s’ennuie. Elle va tomber éperdument amoureuse. Will continue à faire des affaires : on découvre une source sur les terrains de la famille Oriol, il va se débrouiller pour négocier une association et fonder avec ces propriétaires une nouvelle station tout autour, avec établissement de bains, hôtels, chalets, casino ....

Une fresque bourgeoise qui montre l’extraordinaire système de troc des jeunes filles, échangées pour une dot, des espérances, contre un nom ou un titre.

Les élans du cœur masqués, les souffrances étouffées. Dans cet univers totalement codifié, les hommes ne font pas bonne figure, sauf sans doute le mari aimant et généreux de Christiane, qui restera dans l’ignorance … ou le déni.

 

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C’est le personnage le plus sympathique du roman. Une histoire totalement désuète  – cependant, je note le grand succès des romans policiers écrits aujourd'hui mais se déroulant à cette époque et si bien illustrés par les toiles de Jean Béraud ou James Tissot.

 

Mont-Oriol, roman de Guy de Maupassant (1887), pour moi dans une édition illustrée datant de 1901 de la Librairie Ollendorf, avec des dessins de F. Bac.

Posté par Bigmammy à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Mont-Oriol

    Merci pour ce roman de Maupassant.
    Prenez soin de vous.
    Bonne continuation.

    Posté par Yann, 15 avril 2020 à 10:34
  • Amusante coïncidence, je l’ai lu la semaine dernière, dans une édition des années 70, sans illustrations hélas.
    Ce qui m’a frappée et étonnée, c’est l’allusion fréquente à l’origine juive de Will Andermatt, même si ce n’est pas essentiel dans ce roman, il est vrai que cet état d’esprit est fréquent en cette fin 19ème.

    Posté par Brigitte, 15 avril 2020 à 10:57
    • Et vous avez remarqué comme moi que ce Will Andermatt est sans doute le plus sympathique personnage de cette histoire. Toujours est-il qu'en cette fin de siècle, l'antisémitisme bourgeois est particulièrement répandu. Sans doute une réaction devant la réussite spectaculaire de certaines familles d'investisseurs qui ont accompagné l'essort industriel du Second Empire : Péreire, Rotschild, Camundo, ... 
      J'avais été très étonnée de lire sous la plume de Zola, en 1891 et son roman "L'Argent", une violente diatribe contre les Juifs. Il avait bien changé son fusil d'épaule quand, en 1898, il publia sa céléèbre adresse "J'accuse" et prit fait et cause pour le Capitaine Dreyfus. Ce qui lui valut un procès, l'exil et sans doute son assassinat.
      Il y a encore fort à faire aujourd'hui pour combattre cette infamie.
       
       
       
       

      Posté par Bigmammy, 15 avril 2020 à 11:41
  • Oh ces illustrations !

    Je ne connaissais pas ce roman de Maupassant.

    Posté par Sylvie, 15 avril 2020 à 22:55

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