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30 juillet 2020

Le guerrier philosophe, roman historique de Jean-Paul Desprat

 

prince Eugène

Jean-Paul Desprat est un historien spécialiste des XVIIème et XVIIIème siècle, dont j’ai particulièrement apprécié la trilogie Bleu de PrusseJaune de NaplesRouge de Paris.

Je ne pouvais donc pas manquer ce gros pavé qui nous emmène au cœur des luttes incessantes qui opposèrent les puissances européennes dans ces temps de guerres interminables entre la France de Louis XIV, l’Empereur d’Autriche, les principautés et royaumes du Saint Empire romain germanique, les puissances maritimes – Angleterre, Provinces Unies, Portugal ….

Le procédé est original : l’auteur se glisse dans la peau du plus grand homme de guerre de ce temps, le prince Eugène de Savoie, qui rédige à l’attention de son dernier amour, 91 lettres qu’il lui destine à titre de testament, sentant sa mort imminente. Avec d’autant plus de facilité que l’auteur a justement – comme moi – l’âge du Prince …

Nul romancier n’aurait imaginé un tel destin … Mais année après année, campagne après campagne, nous revivons le parcours exceptionnel d’un homme surdoué auquel personne n’aurait imaginé qu’il fît une telle carrière militaire, diplomatique, philosophique et d’amateur d’art compulsif et éclairé.

Eugene_of_Savoy_(1663-1736)

Belvédère

Pourtant issu d’une prestigieuse lignée, ce cinquième fils d’un père absent et d’une mère indifférente, maigre et contrefait (il est rachitique et bossu), de santé apparemment fragile, Eugène est dès l’enfance destiné à devenir prêtre mais ne s’intéresse qu’aux batailles et à l’art militaire. Louis XIV lui refusant avec mépris un commandement dans ses armées, il rejoint à 20 ans l’empereur d’Autriche pour combattre contre les Ottomans déjà aux portes de Vienne.

Français, savoyard, donc totalement étranger, il arrive pour combattre sans aucune expérience militaire et sans parler la langue. Mais sa bravoure, son sens de la stratégie et de la tactique, sa science de l’organisation vont lui permettre de remporter d’éclatantes victoires, et bientôt une fortune colossale.

Il terminera président du Conseil de Guerre, général en chef des troupes impériales, fulminant contre la mauvaise organisation des services et l’incurie des finances impériales, vainqueur à plusieurs reprises des armées de la puissance majeure de l’Europe – la France – et du danger mortel que représentent les Turcs.

Vers la fin de sa vie, il caressera le rêve d’une alliance des puissances catholiques – Autriche et France – héréditairement ennemies.

C’est une part de notre histoire vue de l’autre côté, une explication parfois fastidieuse des campagnes sans fin des armées de Louis XIV, les guerres de successions – Espagne, Pologne – avec de grands capitaines – Marlborough, Villars, Catinat – des souverains stupides, parfois dégénérés, versatiles, des princes du sang criblés de dettes, des diplomates cauteleux, des éminences grises et des espions efficaces, des retournements de casaques … où l’on comprend pourquoi les Français n’ont pas laissé que de bons souvenirs en Allemagne et en Italie.

Eugène de Savoie-Carignan (1663 – 1736), petit-neveu du cardinal Mazarin et descendant des Bourbons, ne laisse pas de descendance. De toutes façons, il n’aimait pas les femmes … mais une série de palais époustouflants comme le palais du Belvédère à Vienne,  le château de Hof dans la plaine du Marchfeld, Rackeve en Hongrie, d’extraordinaires collections d’œuvres d’art et de livres …

Un homme exceptionnel qui a marqué son temps, sans jamais pouvoir revenir à Paris, un de ses regrets.

 

Le guerrier philosophe, Mémoires apocryphes du prince Eugène de Savoie, par Jean-Paul Desprat, édité au Seuil, 468 p., 21€

Posté par Bigmammy à 07:54 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Très intéressant. Que de pans de l' Histoire encore à fouiller. C'est enthousiasmant. Merci Marie-Pierre

    Posté par Christine, 30 juillet 2020 à 09:06

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