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16 octobre 2020

Géopolitique des empires, essai de Gérard Challiand et Jean-Pierre Rageau

 

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Résumer en moins de 250 pages de texte et 32 cartes en format de poche 6000 ans d’histoire du monde est une gageure …

Gérard Chaliand et Jean-Pierre Rageau, qui ont déjà produit ensemble une série impressionnante d’Atlas historiques, s’y emploient à travers les trajectoires des empires, depuis celui de Sargon (en Mésopotamie au 24ème siècle avant Jésus-Christ) jusqu’à l’avènement prochain de la Chine comme puissance prépondérante omniprésente.

Même si l’ouvrage date de 2015, il s’achève sur un brillant panorama des forces dominantes actuelles, de leurs antagonismes séculaires, des rapports de forces et de leur évolution à travers le temps.

Pour ma part, j’y ai découvert des notions nouvelles, permettant de comprendre les ressorts des conflits locaux qui éclosent ça et là dans le monde contemporain.

L’empire d’Alexandre, l’empire romain, l’empire byzantin, l’empire ottoman, l’empire perse, l’empire moghol qui fut le plus vaste empire jamais constitué, les empires coloniaux prolongements maritimes de l’Europe, leurs rivalités, la menace soviétique et son effondrement, la suprématie des Etats-Unis. Un florilège de violences …

La plupart de ces empires se sont constitués à l’initiative d’un chef charismatique, bénéficiant d’une position stratégique comme le fut la famille d’Osman en bordure de l’empire byzantin et/ou d’une avance technologique en matière de logistique, d’armement ou de technique de siège (poliorcétique : j’ai appris un mot nouveau, mais je sens que je vais avoir du mal à le replacer !), atteignent rapidement leur apogée avant de se désagréger plus ou moins vite face aux coulées nomades et invasions barbares, nationalismes  locaux ou parce que, tel les Moghol, ils se convertissent à la religion des vaincus.

En Europe, les empires sont brefs à l’exception des Habsbourg : Charlemagne, Napoléon, Hitler ne durent que quelques années. La grandeur de l’Europe sur le plan territorial est due à sa dimension maritime : Le Portugal, l’Espagne, la Hollande et surtout, la Grande Bretagne. Mais il importe de savoir que jusqu’au 15ème siècle, la mondialisation des échanges est les fait des musulmans et l’océan majeur est l’océan indien. Les européens viennent tard par rapport aux musulmans et aux chinois, mais dès 1511, en s’emparant du détroit de Malacca, ils leur ravissent la prééminence, avant que la découverte des Amériques n’inaugure une nouvelle mondialisation.

 

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A travers cet ouvrage ramassé, assorti de cartes éclairantes, on perçoit mieux les permanences ; l’histoire a son poids et les conflits actuels, les revendications territoriales ont souvent à leur source la nostalgie des périodes de plus grande prospérité : rémanence de l’empire perse en Iran, place de l’Afghanistan comme état tampon entre l’Iran et l’Inde, luttes au Caucase, sans oublier les clivages religieux (Sunnites versus Chiites).

Ne pas zapper la conclusion qui prédit de façon inquiétante l’évolution démographique de notre monde à venir … et le début de la fin de l’hégémonie absolue exercée par l’Occident depuis quelque trois siècles.

 

Géopolitique des empires, des Pharaons à l’empire américain, essai par Gérard Chaliand et Jean-Pierre Rageau, publié par Champs – essais – 256 p., 9€

Posté par Bigmammy à 08:14 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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