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17 novembre 2020

Sept jours, 17 - 23 juin 1789, par Emmanuel de Waresquiel

sept jours

Depuis que je me régale à la lecture des polars historiques de Jean-Christophe Portes, je m’intéresse aux événements déclencheurs de la Révolution, une époque maintes fois réécrite par différentes écoles d’historiens et dont j’ai, je l'avoue, presque tout oublié.

L’ouvrage d’Emmanuel de Waresquiel est d’autant plus pertinent qu’il se lit comme un thriller, dans un style plein d’humour, des chapitres courts, d’une grande facilité de lecture, une belle présentation (jolie typographie sur papier couleur maïs, notes reportées en fin d’ouvrage et illustrations judicieusement choisies). Un universitaire qui sait écrire, c’est tellement précieux !

C’est cette semaine extraordinaire du 17 au 23 juin 1789, qui ne fut pas sanglante à l’instar de celle de mai 1871, mais où s’est jouée toute la Révolution, en un brutal escamotage d’une souveraineté par une autre. En fait, la prise de la Bastille dont on a fait le symbole de la Révolution, n’en constitue qu’un événement périphérique. Cette folle semaine de juin fut celle du choc de deux légitimités : celle de la rue et celle de la tribune. Un affrontement que nous retrouvons tel quel aujourd’hui entre représentation parlementaire et manifestations de rues.

 

17 juin

La situation de la France est grave en ce printemps 1789. Aléas climatiques, mauvaises récoltes, émeutes de la faim se sont succedés en 1788, puis en mars et avril 89 à Paris et en province en raison de la hausse du prix du pain. Le trésor royal est au bord de la banqueroute, ce qui effraie avant tout les titulaires de rentes, essentiellement les bourgeois lettrés qui vont fournir la grande foule des députés du Tiers état. Des troupes sont cantonnées autour de la capitale, afin de surveiller les marchés et les approvisionnements.

Le roi se résout à convoquer les états généraux pour trouver de nouvelles ressources.

 

etats généraux

L’élection des députés s’est réalisée dans une grande pagaille. Le doublement du Tiers a été obtenu, et ce sont ainsi 590 députés roturiers qui vont venir siéger à Versailles, autant que ceux de la Noblesse et du Clergé, dans une magnifique salle des « Menus plaisirs » agrandie à cette fin mais où on ne voit pas grand-chose et où seuls quelques ténors vont se faire entendre. Parmi eux, le « parti des avocats » domine : maîtrise des techniques de propagande, manipulation des assemblées, ces délégués sont pétris des idées des Lumières et des groupes de pression que sont les clubs, les sociétés savantes et les loges maçonniques.

Le souverain souhaite des subsides pour boucler ses finances, mais il a un train de retard. Les députés du Tiers revendiquent la liberté de délibérations, le vote par tête et non par ordre, l’égalité des droits en matière fiscale et pour l’accès aux grades militaires. Le combat est entre le Tiers et les deux autres ordres, le mérite contre les privilèges de la naissance.

Tout bascule le 20 juin : l’Assemblée se proclame constituante, permanente, unanime et indivisible. C’est le fameux Serment du jeu de Paume – on avait fermé la salle des Menus plaisirs pour préparer la venue du roi, les députés se réunissent un peu plus loin et désormais les députés du Tiers jurent de rester fidèle au décret : « Partout où ses membres sont réunis, là est l’Assemblée nationale ». C’est l’appropriation unilatérale des pouvoirs du roi par les députés du Tiers état.

La peur et la violence entrent alors dans le processus de construction d’un nouvel ordre social, avec le mythe du complot aristocratique.

Louis XVI se rend à l’Assemblée le 23 juin pour énoncer ses propositions. C’est sa première apparition depuis l’ouverture des Etats généraux le 5 mai. Il lit trois discours. Un programme libéral mais qui maintient les trois ordres, accueilli avec un universel mécontentement. A la fin de son discours, il quitte la salle et on demande aux députés de sortir eux aussi. C’est là que Mirabeau déclare : « Il n’y a que les baïonnettes qui puissent nous faire sortir d’ici ! ».

Tout est dit : ce 23 juin, alors que seul le roi, oint du seigneur, était inviolable, l’Assemblée déclare que la personne de chaque député est inviolable et ce décret achève le transfert de souveraineté du roi à la Nation.

Voilà donc en un livre d’une parfaite clarté, le récit et l’analyse de cette semaine cruciale que je n’avais jamais réellement étudiée, et qui montre à quel point les travers de notre société divisée et effervescente n’ont pas beaucoup évolué au bout de plus de deux siècles.

 

Sept jours 17 – 23 juin 1789, la France entre en révolution, par Emmanuel de Waresquiel, chez Tallandier, 478 p., 22,90€

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