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23 janvier 2021

Les guerres napoléoniennes, par Alexander Mikaberidze

Alexander Mikaberidze

2021 sera l’année Napoléon (15 août 1769 – 5 mai 1821). « Les guerres napoléoniennes, une histoire globale » est paru en novembre 2020. Et, comme le dit Thierry Lentz, Directeur de la Fondation Napoléon « Personne ne pourra comprendre cette époque sans avoir lu cet ouvrage. » Le propos de ce pavé de plus de 1000 pages est de démontrer comment et pourquoi les guerres napoléoniennes et ceux qui les ont conduites ont influé sur le cours de l’histoire dans le monde entier.

Né en 1978 en Géorgie, l’auteur enseigne l’histoire européenne à l’université de l’Etat de Louisiane. On ne peut donc le taxer de chauvinisme. Cependant, il ne cache pas sa fascination pour le personnage, ses qualités d’homme de guerre, d’administrateur, de fin manœuvrier, ses erreurs et son entêtement aussi … Autre point fort : la place prépondérante de l’Angleterre et de son empire colonial dans le monde du XIXème siècle.

C’est l’Assemblée législative qui vote la déclaration de guerre à l’Autriche en avril 1792, premier acte d’une conflagration de 23 ans qui va engloutir tous les pays européens et s’étendre outre-mer jusqu'aux Amériques, aux Antilles, à l’Afrique et jusqu’en Asie. Les guerres déclenchées par la France démontrent l’échec du projet de conciliation des idéaux républicains avec le colonialisme et l’expansion territoriale : nous mesurons mal aujourd’hui combien la France révolutionnaire, après sa victoire contre la 1ère Coalition (il y en aura 7 en tout) envisageait la poursuite de son expansion à travers ses militaires opportunistes, la conviction idéologique et les avantages économiques encourageant leur comportement agressif.

 

napoléon

Dans le processus révolutionnaire, les guerres jouent un rôle crucial : les journées les plus sanglantes sont toutes des réactions à des affaires étrangères. Elles ont produit aussi une génération nouvelle de chefs militaires qui se sont illustrés au combat et non désignés par la naissance, pressés de jouer un rôle politique. Le gouvernement civil, dépassé par les problèmes économiques hérités de l’Ancien régime, s’en remet aux militaires pour conserver son pouvoir. Bonaparte est l’homme de la situation.

George III d’Angleterre considère que les idées révolutionnaires finiraient par « détruire toute religion, loi et subordination, sans la moindre inclination – après cette destruction – à bâtir quoi que ce soit. » En 1802, la paix d’Amiens signe la fin des guerres révolutionnaires et consacre la suprématie de l’Angleterre sur les mers et la supériorité de la France sur le continent. La trêve durera 420 jours. La troisième Coalition voit le triomphe de Napoléon (Iena, Austerlitz, Friedland) qui domine l’Europe. Avec le blocus continental, il tente de résoudre l’impasse militaire par des moyens économiques.

Et c’est là que réside l’intérêt de ce livre : l’approche économique des guerres et leur impact sur les pays même lointains, la décision funeste d’envahir l’Espagne et le Portugal et l’explosion de leurs empires coloniaux, la lutte pour les bases de ravitaillement des flottes (Malte, Le cap, Ceylan, Maurice ...), la guerre de course, la conquête de l’Inde par la Compagnie anglaise, l’entrée en guerre de la Russie et son désir de s’implanter dans les Balkans aux dépens de l’empire ottoman. Le blocus continental, sorte d’auto-embargo destiné à étouffer le commerce extérieur anglais et promouvoir l’industrie intérieure européenne ne durera pas assez longtemps pour produire ses effets. Il provoque en revanche crise économique et retard technologique tandis que les profits dégagés par l’Angleterre sont investis dans sa révolution industrielle naissante.

La_bataille_d'Austerlitz

En 1811, Napoléon a 42 ans, son empire est à son apogée, la France compte 130 départements mais plus aucune colonie outre-mer. En 1814, après la retraite de Russie, la Sixième Coalition a pour objectif de le détrôner. Les quatre Grandes puissances - Angleterre, Russie, Autriche et Prusse - se réservent la reconstruction de l’Europe et proposent que la France en revienne à ses frontières de 1792. Une étonnante clémence vis-à-vis de la France. Puis il y aura les Cent jours et Waterloo. Tout sera réglé au Congrès de Vienne. Mais la France sera de nouveau gouvernée par les Bourbons.

Les pertes humaines sont considérables dans le monde entier (en Europe, environ 4 millions de personnes (dont 1,5 million de français, en grande partie de maladies, entre 1792 et 1815, soit 2,5% de la population), l’Europe est dévastée, des catastrophes climatiques provoquent des famines, une période de crise économique durable suit la levée du blocus continental qui conduit à des accords bilatéraux et à des barrières douanières.

De l’Amérique à l’Extrême-Orient, les guerres napoléoniennes ont eu des répercussions politiques, culturelles et militaires sur tous les continents, bouleversant l’histoire et redessinant la carte du monde.

 

Les guerres napoléoniennes, une approche globale, par Alexander Mika Beridze, traduit par Thierry Piélat, chez Flammarion, 1184 p. – dont 293 d’annexes, de nombreuses cartes intégrées au texte, 39€.

Posté par Bigmammy à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Bravo

    Je suis toujours sidérée par la variété et l’amplitude des sujets qui vous intéressent. Ce livre que vous commentez et résumez si bien m’ouvre bien des horizons.

    Posté par Françoise, 23 janvier 2021 à 09:38

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