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11 février 2021

Emmanuel le hardi, essai politique d'Alain Duhamel

 

Duhamel

A plus de 80 ans, Alain Duhamel (aucun lien de parenté avec le politologue) n’a plus rien à prouver, ni obtenir ni à craindre de personne.

Lui qui, journaliste, a rencontré tous les présidents de la Vème République. Avec cet essai d’une étincelante virtuosité, il continue son analyse – ou plutôt sa dissection – de l’épuisement du système politique français en brossant un portrait au scalpel d’Emmanuel Macron, élu – comme le déclare lui-même l’intéressé – « par effraction ».

La trajectoire aussi iconoclaste qu’inattendue d’un jeune homme sans parti, sans moyens financiers, sans expérience, sans attache partisane mais pas sans talent. Ainsi l’auteur souligne de nombreuses analogies avec la fulgurance de Bonaparte et quelques discrètes allusions avec le parcours réformateur du Général De gaulle. Mais surtout pour mettre en lumière, avec une certaine admiration, la singularité du personnage auquel il associe la hardiesse.

Nul ne sait aujourd’hui comment va se poursuivre l’aventure car les événements et les ressorts du personnage principal de cette réflexion restent de l’ordre du mystère. Les réformes inscrites dans le programme du candidat élu en 2017, quoique menées à la schlague, n’ont pas encore abouti – en particulier celle des retraites, de l’instillation d’un degré de scrutin proportionnel – et vont continuer à susciter de nouvelles violentes oppositions. Car réformer, c’est déranger, innover c’est bousculer.

Le macronisme réforme, innove et n’a pas peur de transgresser. Il est donc, par nature, par constitution la cible idéale des tireurs à vue de la presse, des médias et surtout des réseaux sociaux chargés de l’émotion brute et non de la réflexion. L’inexpérience – mais ça se soigne - du chef de l’Etat, ses provocations verbales, la crise sanitaire et sociale qui vient de nous tomber dessus ne font rien pour lui faciliter la tâche, d’autant plus dans un vieux pays de râleurs invétérés, pessimistes à l’extrême et totalement allergiques à tout compromis ou à toute forme de négociation. A la fin de l’année 1976, Alain Peyrefitte publiait déjà un ouvrage intitulé « Le Mal français » se demandant « pourquoi ce peuple vif, généreux, doué, fournit-il si souvent le spectacle de ses divisions et de son impuissance ». Malgré un score d’un million d’exemplaires vendus, le syndrome de la division et de l’échec perdure …

Comme le souligne Alain Duhamel, fin analyste de notre vie politique chaotique, la partie n’est pas jouée. Le chapitre sur l’énergie déployée par le Président au niveau international et plus spécialement au sein de l’Union Européenne est éclairant, même si ce domaine ne rencontre pas l’intérêt qu’il mérite auprès de futurs électeurs. La galerie des portraits des compétiteurs du combat de 2022 est savoureuse.

Alain Duhamel propose des pistes pour canaliser la démocratie d’opinion comme la tentation d’autocratie douce : un brin de proportionnelle, la suppression du poste de Premier ministre mais un Président privé du pouvoir de dissolution …

La hardiesse d’un jeune président qui apprend son métier sur le tas – et apprend vite – suffira-t-elle ? Dans tous les cas, le style d’Alain Duhamel, digne des ciselures d’un Benvenuto Cellini, est un régal de lecture.

 

Emmanuel le hardi, essai d’Alain Duhamel, publié aux éditions de l’Observatoire, 284 p., 20€

Posté par Bigmammy à 07:54 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Et c'est aussi un régal de l'écouter.

    Posté par Sylvie, 12 février 2021 à 12:16

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